‹ Études; ou, Discours historiques sur la chute de l'Empire romain; la naissance et les progrès du christianisme, et l'invasion des barbares; suivis d'une Analyse raisonnée de l'histoire de France (volume 2)Chapitre 3 sur 59 · ARCHIVES FRANÇOISES · texte numérisé non relu

ARCHIVES FRANÇOISES

Parlons de ce qui nous appartient et indi- ([uons nos propres richesses. Rendons d ahord un éclatant hommage à cette école des Bénédictins que rien ne remplacera jamais. Si je n'étois maintenant un étranger sur Je sol qui m'a vu naître ; si j'avois le droit de proposer quelque chose, j'oserois solliciter le rétablissement d'un ordre qui a si bien mérité des lettres. Je voudrois voir revivre la cono-réffation de Saint-Maur et de Saint- Vannes dans l'abbatial de Saint-Denis , à l'ombre de l'église de Dagobert, auprès de ces tombeaux dont les cendres ont été jetées au vent au moment où l'on disy)ersoit la poussière du Trésor des Chartes : il ne falloit aux enfants d'une liberté sans loi , et conséquemment sans mère , que des bibliothèques et des sépulcres vides.

Des entreprises littéraires qui dévoient durer des siècles demandoient une société d'hommes consacrés à la solitude, dégagés des embarras matériels de l'existence, nourrissant au milieu d'eux les jeunes élèves héritiers de leur robe et de leur savoir. Ces doctes générations enchaînées au pied des autels, abdiquoient à ces autels les- passions du monde, renferinoientavec candeur toute leur vie dans leurs études^

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semblables à ces ouvriers ensevelis au fond des raines dor, qui envoient à la terre des richesses dont ils ne jouiront pas. Gloire à ces Mabillon, à ces Montfaucoû , à ces Martène, à ces Ruinart, à ces Bouquet, à ces Dachery, à ces Vaissette, à ces Lobineau , à ces Galmet, à ces Ceillier, à ces Labat, à ces Clémencet et à leurs révérends confrères, dont les œuvres sont encore l'intarissable fontaine où nous puisons tous tant que nous sommes , nous qui affectons de les dédaigner ! Il n'y a pas de frère lai, déterrant dans un obituaire le diplôme poudreux que lui indiquoit Don Bouquet ou Don Mabillon, qui ne fût mille fois plus instruit que la plupart de ceux qui s'avisent aujourd hui , comme moi , d écrire sur 1 histoire, de mesurer du haut de leur ignorance ces larges cervelles qui embrassoient tout , ces espèces de contemporains des Pères de l'Eglise, ces hommes du passé gothique et des vieilles abbayes, qui sembloient avoir écrit eux-mêmes les cbartes qu'ils déchiffroient. Où en est la collection des historiens de France? Que sont devenus tant d'autres travaux gigantesques! Qui achèvera ces monuments autour desquels on n'aperçoit plus que les restes vermoulus des échafauds où les ouvriers ont disparu? Les Bénédictins n'étoient pas le seul corps savant qui s'occupât de nos antiquités ; dans les autres sociétés religieuses ils avoient des émules et des rivaux. On doit aux jésuites la collection des Hagiographes , laquelle a pris son nom de l'érudit qui l'a commencée. Le père Hardouin, mon compatriote, ignoroit-il quelque chose, esprit un peu singulier toutefois? Le père Labbe doit être

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noté pour avoir fourni le plan et la liste dès-auteurs de la collection de ^a Byzantine et pour avoir publié les liuit premiers volumes de l'édition des Conciles. Le père Petau est devenu l'oracle de la chronoloffie. Le père Sirmond a mis au jour la Notice des dignités des Gaules et les ouvrages de Sidoine Apollinaire, etc. , etc.

Les prêtres de l'Oratoire comptent dans leur ordre Charles Lecointe, auteur des annales Ecclesiastici Francorum ^ continuées par Gérard Dubois et par Julien Loriot, ses confrères. Nous devons à Jacques le Long la Bibliothèque historique de la France^ corrigée et augmentée par Fevret de Fontette, etc., etc.

La magistrature parlementaire , le chancelier à sa tête , étoit elle-même un corps lettré qui commandoit des travaux et ne dédaignoit pas d'y porter la main. On le verra quand j'indiquerai les manuscrits à consulter, et les entreprises arrêtées par l'action révolutionnaire.

L'Académie des Inscriptions travailloit de son côté aux fouilles de nos anciens monuments : je n'ai pas compté dans ses Mémoires moins de 257 articles sur tous les points litigieux de notre archéologie. On trouve les membres de cette illustre académie chargés de la direction de plusieurs grands travaux qui s'exécutoientavecle concours des lumières de diverses Sociétés, sous le patronage du gouvernement. Plus heureuse que la congrégation de Saint -Maur, l'Académie des Inscriptions existe encore ; elle voit encore à sa tête ses chefs vénérables , les Dacier, les Sacy, les Quatremère de Quincy, , savants de race, comme les Bignon , les Valois , les Sainte-Marthe ,

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et dont les confrères continuent détre parmi nous les fidèles interprètes de l'antiquité.

Auprès de ces trois grands corps des Bénédictins . des Magistrats et des Académiciens , se trouvoient des hommes isolés, comme les Ducange , les Bergier,les LeLœuf , les BuUet, les Decamps et tan' d'autres : leurs dissertations consciencieuses ont jeté la plus vive lumière sur les points obscurs de nos origines. Il est inutile d indiquer ce qu'il faut choisir dans ces auteurs. Quel puits de science que Ducange ! on en est presque épouvanté.

Je recommande surtout à nos Historiens futurs une lecture sérieuse des Conciles, des Annales particulières des provinces, et des Coutumes de ces provinces , tant latines que gauloises : c'est là qu'avec les Vies des saints pour les huit premiers siècles de notre monarchie, se trouve la véritîible histoire de France.

Et néanmoins ces matériaux imprimés , dont le nombre écrase 1 imagination , ne sont qu'une partie des documents à consulter. Les Archives, le Cabinet ouïe Trésor des Chartes, les rôles et les registres du Parlement , les manuscrits de la Bibliothèque publique et des autres bibliothèques, doivent appeler l'attention. Ce nest i^as tout que de chercher les faits dans des éditions commodes, il faut voir de ses propres yeux, ce qu^on peut nommer la physionomie des temps, les diplômes que la main de Charlemagne et celle de saintLouisont touchés, la forme extérieure des Chartes, le papyrus, le parchemin, l'encre, l'écriture , les sceaux , les vignettes -, il faut enfin manier les siècles et respirer leur poussière. Alors, comme un voyageur à des régions inconnues , on revient

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avec son journai écrit sur les lieux, et un portefeuille rempli de dessins d'.iprès nature.

Dans une note substantielle, M. Gharapollion- Figeac a donné des renseignements que je me fais un devoir de reproduire.

« On se proposa , il y a déjà long-temps , de réu- » nir en une seule collection générale tous les docu- » ments authentiques relatifs à l'histoire de France. n Colbert et d'Aguesseau jetèrent les premiers fon- » déments de cette collection. L'établissement , » en 1759, du Dépôt de législation , assemblage » méthodique de toutes les lois du royaume, qui » fut porté à plus de trois cent mille pièces, et qui » doit exister encore, soit à la chancellerie, soit aux » archives royales , amenoit , comme une de ses » dépendances naturelles, la réunion de tous les mo- » numents historiques qu'il étoit possible dedécou- » vriç, et Louis XV ordonna cette réunion en 1 762, » sous le ministère f\e M. Bertin. Des arrêts du » conseil, 8 octobre 1763 et 18 janvier 1764, ré- » glèrent l'ordre du travail , celui des dépenses , » appelèrent le zèle et le concours de tous les sa- » vants vers ce grand but d'utilité publique ; établi- » rent, en 1779, des conférences très-propres à » régulariser tant d'honorables efforts , les excitèrent » de plus en plus par de nouvelles dispositions ajou- )■> tées aux précédentes , en 1781, sous le ministère » de M. de Maurepas , et augmentèrent, en 1783, » par l'influence de M. d'Ormesson, les fonds des- » tinés aux dépenses du cabinet. M. de Galonné » proposa , en 1 785 , de nouveaux moyens d'émula- » tion qui furent généralement utiles, et le clergé i> s'y associa en 1786, en ajoutant aux fonds accor-

PREFACE xKHj

» dés par le roi , un supplément pris sur les dé-

» penses qu'il alFecloit à l'histoire de l'Eglise. Les

» états des provinces imitèrent ce généreux exem-

» pie ; les ordres de M. de Galonné procurèrent , en

» 1 787 , le concours de tous les intendants ; et l'or-

» ganisation du travail, sagement centralisée dans

» les mains de l'historiographe de France , Moreau ,

» sous l'autorité du ministère , rendit tous ces efforts

» propices et fructueux. Les hommes instruits de

» tous les pays recherchoient l'honneur d'y con-

» courir ; le roi honoroit leur empressement , et ré-

» compensoit leurs plus notables services par des

» irrâces de tout cenre. La conoréiiation de Saintes C O t-

» Maur et celle de Saint- Vannes avaient échelonné » leurs plus habiles ouvriers sur tous les points de » la France où quelque recherche étoit à faire. Les » documents arrivoient en abondance , tout sembloit » assurer la prochaine publication du Rymer fran- » çois , mieux conçu , plus utile que celui d'An- » gleterre ; un arrêt du conseil , du 10 octobre 1788, » assuroit de plus en plus ce précieux résultat à » l'histoire de France , et l'impression du premier » volume, contenant les instruments delà première » race , avançoit rapidement , quand la révolution » survint. Un décret du 14 août 1790 ordonna le » transport de tous les documents historiques à la » Bibliothèque royale; bientôt on querella, et on » supprima ensuite les fonds spéciaux qui leur » étoient affectés , et il fallut oublier, durant treute- " six ans , ces vénérables archives de la monarchie » Françoise.

» Les travaux des Baluzc, Ducange , Dupuy , » d'Achéry , Martène et Mabillon , avoient assez

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» prouvé qu'il existoit , hors du Trésor des Chartes » de la couronne , une foule de documents d'un » grand intérêt, quelquefois d'une grande impor- )) tance, pour l'histoire et le droit public du » royaume. On comprit dès lors l'insuffisance rela- » tive des deux grands ouvrages entrepris par ordre » du roi , le Recueil des Ordonnances et celui des » Historiens de France. Ce dernier , d'après son » plan sagement conçu , étoit purement historique, » n'admettoit pas les actes d'administration gé- » nérale émanés de 1 autorité royale , et le premier » n'emhrasscit que les ordonnances des rois de la » troisième race. Il y avoit donc , malgré les Capi- » tulaires de Baluze, des lacunes immenses pour >) les temps écoulés depuis l'origine de la monarchie » jusqu'à l'avènement des Capétiens. Elles ne pou- » voient être comblées que par cette foule de chartes » et d'actes de toute espèce déposés , ou plus géné- » ralement oubliés , dans les nombreux chartriers » des villes, des églises, des monastères, des » compagnies judiciaires et des grandes maisons. Il » s'agissoit de reconstruire par leur témoignage les » annales véridiques et complètes de la France, et, » parleur réunion en un dépôt commun, de créer » un centre perpétuel pour toutes les recherches » ordonnées par le gouvernement ou entreprises >^ par des particuliers.

» Ce plan n'eiiraya point, jjar son étendue, ceux » qui l'avoient conçu, ni l'autorité qui devoit en » assurer l'accomplissement. Mais le travail sur les » chartes et diplômes de l'histoire de France cora- )) prenoit deux parties distinctes, quoique étroi- » tement liées entre elles . i". la Table générale

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