TOME II
» et mourir pour eux. Il reviendra nous juger » selon nos œuvres K »
Constantin ouvrit en personne le concile le 19 juin, l'an 325. Jl étoit vêtu d'une pourpre ornée de pierreries : il parut sans gardes et seulement accompagné de quelques chrétiens. Il ne s'assit sur un petit trône d'or au fond de la salle, qu'après avoir ordonné aux Pères, qui s'étoieut levés à son entrée, de reprendre leurs sièges. 11 prononça une harangue en latin, sa langue naturelle et celle de l'empire; on l'expliquoit en grec. Le concile condamna la doctrine d'Arius malgré une vive opposition, promulgua vingt canons de discipline, et termina sa séance le vingt-cinquième d'août de cette même année 325.
Transportez- vous en pensée dans l'ancien monde pour vous faire une idée de ce qu'il dut
^ Dialecticiquibusdamsermonum pro'usionibus... sese
exercebant Laicus quidam , ex confessorum numéro ,
recto ac simplici prœditus sensu , cum dialecticis congreditur , hisque illos verbis compellavit. — Christus et apostoli non artem nobis dialecticam, nec inanem versutiam tradiderunt, sed apertam ac simplicem sententiam , quae lide bonisque actibus custoditur. Quaî cum dixisset omnes, qui aderant, admiratione perculsi , ei assenserunt. ( Socrat. , hist. eccles. , iib. i, cap. 8, pag. 19. )
éprouver, lorsqu'au milieu des hymnes obscènes, enfantines ou absurdes à Vénus, à Bacchus, à Mercure, à Cjbèle, il entendit des voix graves chantant au pied d'un autel nouveau : «0 Dieu! nous te louons I ô Seigneur, nous te » confessons! ô père éternel, toute la terre te » révère!» La prière latine composée pour les soldats n'étoit pas moins explicite que l'hymne de saint Ambroise et de saint Augustin \
L'esprit humain se dégagea de ses langes : la haute civilisation , la civilisation intellectuelle sortie du concile de Nicée, n'est plus retombée au-dessous de ce point de lumière. Le simple catéchisme de nos enfants renferme une philosophie plus savante et plus sublime que celle de Platon. L'unité d'un Dieu est devenue une croyance populaire : de cette seule vérité reconnue date une révolution radicale dans la lé-
^ Te solum agnoscimus Deum , te regein pi-cfitemur ; te adjutorem invocamus. Tui muneris est quôd victorias retulimus , quôd hostes superavimus : tibi ob praeterita jàna bona gratias agimus et futura à te speramus. Tibi omnes supplicamus, utque imperatorem nostrum Constantiuum, unà cn!n piissimis ejus liberis incolumen et victorem diutissimè nobis serves, rogamus.
Hoc die solis à militaribus numeris fieri, et haec verba interprecandum abiisproferripraecepit. (Euseb. Pamph., de vit. Const., lib. iv, p. 443. )
gislation européenne, long-temps faussée par le polythéisme qui posoit un mensonge pour fondement de l'édifice social.
Cependant (telle est la dilficulté de se tenir dans les régions de la pure intelligence!) tandis que le polythéisme et la religion corporelle tendoient à sortir des nations, ils y rentroient par une double voie : les philosophes , pour se rendre accessibles au vulgaire, inventoient les ^enies ; et les chrétiens, pour envelopper dans des signes sensibles la haute spiritualité , honoroient les saints et les reliques.
On a conservé le catalogue des prélats qui portèrent les décrets du concile aux diverses Eglises \ Les Germains et les Goths connoissoient la Foi , Frumence l'avoit semée en Ethiopie, une femme esclave l'avoit donnée aux Ibériens, et des marchands de rOsroëme à la Perse. Tiridate, roi d'Arménie, professa le christianisme avant les empereurs romains.
Au surplus Constantin se mêla trop des que-
^ Hosius episcopus Cordulae sanctis Dei ecclesiis quae Romae suntet in Italiâ et Hispaniâ totâ, et in reliquis ulteriiis nationibus usque ad Oceanum commorantibus, per eos qui cum ipso erant, romanos presbytères Yitonem et Vincentium. ( Gelaiii Cyziceni , act, concil. Nicaen. , lib. III, p. 807, in concil. gêner, eccl. cath. , tom. 1, Rom*, 1608.)
relies religieuses où l'entraînèrent quelques femmes de sa famille , et les obsessions des évêques des deux partis. Après avoir exilé Arius , il le rappela et bannit Atbanase qui remplaça Alexandre sur le siège d'Alexandrie. Arius expira tout à coup à Gonstantinople en rendant ses entrailles, lorsqu'Eusèbe de Nicomédie s'efibrçoit de le ramener triompbant \ Le vieil évêque, Alexandre, avoit demandé à Dieu sa propre mort ou celle de l'bérésiarque , selon quilétoit plus utile à la manifestation de la vérité ^.
Constantin défit successivement les Sarmates et les Gotbs , et reçut des députations des Blemmyes, des Indiens , des Ethiopiens et des Perses. Il se déclara l'auxiliaire des Sarmates dans une
^ Eusebianissateliitum instar eum stipantibus per mediam civitatem magnifiée incedebat. (Socrat. , hist. eccles.^ iib. I, cap. 38, p. 63.)
2 Cum orasset Alexander ac rogasset Dominum, ut
aut ipsum aufen-et Votum sancti i npletum est...
nam Arius... erepuit. (Epiphan., episcop. Constantiae , opus contra oetoginta haeresis, Iib. ii , p. 321 , Parisiis, 1564.)
Petitio Alexandri erat hujusmodi ; ut si quidem recta esset Arii sententia ipse diem disceptiopi praestitutum nusquàm videret, sin vera esset fides quàm ipse profiteretur ut Arius impietatis pœnas lueret. (Socrat., Iib. i, cap. 37, p. 61 . )
guerre que ceux-ci eurent à soutenir contre les Goths, puis il contracta une nouvelle alliance avec les derniers qui s'engaç^èrent à lui fournir quarante mille soldats ai)Tpe\ésJwderati, alliés ^ Les Sarmates avaient armé leurs esclaves; chassés par ces mêmes esclaves , ils sollicitèrent et obtinrent des terres dans l'empire ^.
Sapor II , alors assis sur le trône de la Perse , portoitun nom fatal aux empereurs romains. Son père , Hormisdas II , laissa en mourant sa femme enceinte. Les Mages déclarèrent qu'elle aceouijheroit d'un fils; ils mirent la thiare sur le ventre de cette reine , et l'embrjon roi, Sapor, fut couronné dans les entrailles de sa mère ^ Ce fut à ce prince que Constantin écrivit une lettre en faveur des chrétiens, lui rappe-
"• Nam et dum famosissimam et Romae aernuiatu in suo nomine conderet civitatem , Gothorum inlerfuit operatio, qui fœdere inito cum imperatore , xl suorum millia illi in solatia contra gentes varias obtulêre ; quorum et numerus, et millia usque ad praesens in republicâ nominantur, id est fœderati. (Amm., p. 476. Aur. V., p. 527. Jorn., de reb. get., p. 640, c. 221.)
2 Eus., vit. Const., p. 529; Amm., p. 476; Jorn., p. 641.
^ Qui cum responderent masculam prolem parituram, nihil ultra morati sunt , sed cidari utero impositâ, embryum regera pronuntiarunt. (Agathise scholast., lib. iv, p. 135, Paris, 1670.)
lant la catastrophe de Valérien puni pour les avoir persécutés. Sapor se put souvenir de cette lettre lorsque Julien marclia contre lui. Le monarque des Perses avoit un frère aîné exilé, Hormisdas , que vous retrouverez à Rome.
Constantin , heureux comme .monarque, n'échappa pas au malheur comme homme. Les calamités qui désolèrent la famille du premier Auguste païen, semblèrent se reproduire dans la famille du premier Auguste chrétien.
De Minervine, sa première femme, Constantin avoit eu Crispus, prince de valeur et de beauté, élevé par Lactance. Soit que le fils de Minervine inspirât une passion à Fausta, sa marâtre; soit que Fausta fût jalouse pour ses propres enfants des grandes qualités de Crispus, elle l'accusa auprès de son mari ' , et renouvela la tragique aventure de Phèdre. Constantin fit mourir son fils, ainsi que le jeune Licinius, son neveu , âgé de onze ans : Crispus eut la tête tranchée à Pôle, en Istrie ^ Bientôt instruit par sa mère, Hélène, de l'innocence de Crispus, et des moeurs
' Crispum filium Caesaris ornatura titulo quôd in suspicionem venisset quasi cum Fausta novercâ consuesceret, nullâ ratione juris naturalis habita sustulit. (Zoziua., lust., lib. u, p. 31, Basileae.)
' Hier. Chr. Eutr., p. 588 ; Amui., lib. xiv, p. 29
dépravées de Fausta , Constantin ordonna la mort de cette femme qui fut étouffée dans un bain chaud \ Les chrétiens et les gentils jugèrent diversement ces actions : Saint Chrysostome en conclut qu'il ne faut ni désirer la puissance, ni chercher d'autre féhcité que celle de la vertu et du ciel ^; le philosophe Sopàtre, consulté par Constantin , selon Zosime, déclara que la religion des Grecs n'avoit point d'expiation pour de pareils crimes ^ Cependant l'idolâtrie avoit trouvé des dieux indulgents pour Néron et Tibère.
Est-il vrai que Constantin se repentit, qu'il passa quarante jours dans les larmes , qu'il éleva
^ Nam cum balneum accendi supra modum jussisset eique Faustam inclusisset , mortuam inde extraxit. (Zozim., hist., lib. ii, p. 31 , Baàileae. )
^ AjtÔç Sô 6 vùv y.p'XTOi'j <i\)-/\ è'C, où tÔ Sty.rJyf^y. TrîpisBsTO iv Troyat; A)J.à o'jy^ r, pxaù.siy. roiaurv: twv oùpavwv.
Alter verô qui nunc rerum potitur, nonne ex quo diadema gestat peipetuô versatur in laboribus molestiis calamitatibus?.... At non hujusmodi cœlorum regnuin. (S. J. Chrysostom. ad Phelip., homel, 15, p. 319, t. 11.)
^ Ad flamines accedens , adniissorum lustrationes poscebat : illis respondentibus non esse traditum lustrationis modum qui tam fœda piacula posset eluerc. (Zozim-, hist., lib. 11, p. 31, Basileaî. )
à Grispus une statue d'argent à tête d'or, avec cette inscription : « A mon fils malheureux, mais » innocent ^ ? » L'autorité sur laquelle repose ce fait est suspecte. Dieu ne demandait point à Constantin une statue de Crispus ; il lui demanda le reste de sa famille.
Constantin ne reçut le baptême que peu d'instants avant sa mort à Achiron , près de Ni comédie. Il avait témoigné le désir d'être baptisé dans les eaux du Jourdain , comme le Christ ; le temps lui manqua. Dépouillé de la robe de pourpre pour quitter les royaumes de ia terre, et revêtu de la robe blanche pour solliciter les grandeurs du ciel , le premier empereur chrétien expira à midi , le jour de la Pentecôte. Trois cent trente-sept ans s'étoient écoulés , depuis que la religi )n chrétienne étoit née parmi des bergers dane une étable: Constantin la laissoit sur ce trône du monde dont elle n'avoit pas besoin.
"• Tandem permotus pœnitentiâ inteirros quadraginta dies illum luxit, tantâ animi aegritudine, ut nunquàm lavaret corpus nec lecto rccumberet. Praetereâ statuam ci posuit ex argento puro et c.\ parte inauratam praeter caput : quod ox puro pnto auro confectum erat : in- .scriplis in frontehis versibus : Filius meus injuria a (f'ectus {ô ■i:'Jiy.yiurjo; viot poO). ( Gcorg. Codin., de aiitiquita tibus cotîstantinopolitanis , p. 34, Parisiis , 1650.)
(.o«sT*«cE, Constantin avait eu trois frères de père, par