‹ Études; ou, Discours historiques sur la chute de l'Empire romain; la naissance et les progrès du christianisme, et l'invasion des barbares; suivis d'une Analyse raisonnée de l'histoire de France (volume 2)Chapitre 34 sur 59 · II.» 1er. , Théodora , helle- fille de Maximien - Hercule · texte numérisé non relu

II.» 1er. , Théodora , helle- fille de Maximien - Hercule

„ lT-\. savoir : Dalmatius , Jules Constance, Anni-

lit 338 a 3bi. ' '

balien.

Dalmatius mourut et laissa un fils de son nom , fait césar, et im autre fils, Claudius Annibalien, nommé roi du Pont et de l'Arménie.

Jules Constance eut de Galla , sa première femme, Gallus , et de Basiline , sa seconde femme , Julien. On ignore la postérité d'Annibalien , ou Ton n'en sait rien de précis.

Les frères , les neveux et les principaux officiers de Constantin furent massacrés après sa mort , à l'exception des deux fils de Jules Constance. Les causes de cette conspiration spontanée de l'armée et du palais, que rien n'avoit semblé présager, ne sont pas clairement expliquées : l'authenticité de l'écrit posthume de Constantin , et dans lequel il déclaroit à ses trois fils avoir été empoisonné par ses deux frères, est à bon droit suspecte. Constance immola-t-il à la seule fureur de son ambition ses deux oncles, sept de ses cousins, le patricien Optatus et le préfet Ablavius? Mais il restoit à Constance des frères qui n'étoient pas alors en sa puissance. Julien, saint Athanase , saint Jérôme, Zosime, Socrate, autorités si contraires, se réunissent néanmoins pour charger sa mé-

moire \ Il est probable que ces meurtres furent le fruit de diverses passions combinées avec la politique du despote, qui enseigne à chercher le repos dans le crime. Le paganisme , l'hérésie, la turbulence militaire trouvèrent des satisfactions et des vengeances dans cette extermination de la famille impériale.

L'empire demeura partagé entre les trois fils de Constantin ; Constantin , Constance et Constant. Constantin et Constant prirent les armes l'un contre l'autre; Constantin périt auprès d'Aquilée ^ , dès la première campagne; Constant, seul maître de l'Occident, fut attaqué par les Franks , et Libanius nous a laissé , à l'occasion de cette guerre , quelques détails sur les mœurs et le caractère de nos ancêtres \

Magnence, barbare d'origine et chef des Joviens et des Herculéens, salué auguste par ses amis, obligea Constant à prendre la fuite et le fit assassiner au pied des Pyrénées. Ce prince ne trouva qu'un seul homme qui voulût s'associer à sa mauvaise fortune : c'étoit un Frank

^ Julian. ad Athen , Ath. ad Solit., vit. Agent., t. 1, p. 856 ; Hier. Chr. Zoz., hist., p. 692 ; Socr., hist. eccl., lib. III , cap. 1, p. 165.)

^ Eutr., Aur. Vie. Epit.

^ Liban., orat. 3, p. 138.

nommé Laniogaise \ plus fidèle au malheur des rois qu'à leur autorité.

L'unique fils de Constantin qui restât alors, Constance, après avoir mal combattu les Perses, après avoir dépouillé Vetranion, usurpateur de la pourpre en Illyrie , après avoir refusé de traiter avec Magnence, vainquit celui-ci àMurza^: bientôt après il le réduisit à se tuer.

Avant d'obtenir ce succès, une faute avoit été commise ; elle montre le degré de faiblesse et de misère auquel l'empire étoit déjà descendu : retenu en Orient par des affaires graves , Constance, lorsqu'il apprit la révolte des Gaules, invita les Allamans à passer le Rhin , afin d'arrêter les forces de Magnence. Les Allamans obéirent, et, depuis la source du Rhin jusqu'à son embouchure, ils occupèrent trente lieues de pays en largeur, sans compter celui qu'ils ravageoient.

Les panégyristes affirment que Constance , héritier de tous les états de son père, usa bien

^ Zos., lib. 2, p. 693; Yict., epit. ; Eutr. ; Hieron., chro. ; Idac. , chio., an. 350^ Aiiini., lib. xv , cap. 5.

Laniogaiso solum adfuisse morituro Constanti suprà

retulimus.

^ Il resta cinquante mille hommes sur le champ de bataille , selon Victor, et il prétend que les Romains ne se relevèrent jamais de cette perte.

de sa victoire; les historiens assurent qu'il ne put porter sa fortune. Durant ces discordes , on voit des capitaines franks et des corps franks servir difFérens partis, des évêques aller d'un camp à l'autre en qualité d'ambassadeurs; à la bataille de Murza , l'empereur se retire dans une église pour prier; il eut mieux fait de combattre : ce n'est déjà plus le monde antique.

On fixe au règne de Constance le règne des Eunuques jusqu'alors abymés sous le poids des édits. Ces hommes ( excepté trois ou quatre doués du génie militaire) en butte au mépris public , se réfugièrent dans les sentines du palais : trop dégradés pour les affaires publiques, ils s'enfoncèrent aux intrigues de cour, et se dédommagèrent par la virilité de leurs vices de l'impuissance de leurs vertus. Eusèbe, eunuque, chambellan , et favori de Constance, dans son triple état de bassesse , fit prononcer la sentence de mort de Gallus.

Gallus et Julien , neveux de Constantin et cousin de Constance, avoient le premier douze ans et le second six , quand arriva le massacre delà famille impériale. Marc , évêque d'Aréthuse, avait sauvé Julien qui fut caché dans le sanctuaire d'une église V Gallus, épargné comme ma-

1 Naz., orat. 3, n. 90; Roll., 22; Mart. pr., pai^. 16.

lade et près de mourir , ne sembla pas valoir la peine d'être tué.

L'enfance de ces deux princes fut environnée de soupçons et de périls; ils demeurèrent six ans enfermés dans la forteresse de Macellum , ancien palais des rois de Gappadoce. Gallusà vingt-cinq ans, honoré du titre de César par Constance, épousa la princesse Constantina, fille de Constantin le Grand, et veuve d'Annibalien , roi du Pont et de l'Arménie. Il établit sa résidence à Antioche, d'où il gouverna ce qu'on appeloit alors les cinq diocèses de la préfecture orientale.

Passé de la solitude à la puissance, Gallus transporta l'inquiétude et l'a prêté de la première dans la placidité et la modération nécessaires à la seconde : il devint un tyran bas éternel, livré aux espions, espion lui-même. Il s'en alloit déguisé dans les lieux publics : son travestissement ne l'empêchoit pas d'être reconnu , car Antioche étoit éclairée la nuit d'une si grande quantité de lumières , qu'on y voyoit comme en plein jour ' , ce qui rappelle

"" Ubi pernoctantiuni luminum claritudo dierum solet imitari fulgorem. (Amm.^ lib. xiv, cl.) De quelle manière Antioche étoit-elle éclairée ? Le texte de l'historien ne l'explique pas. Ammien Marcellin, qui décrit mi-

la police des villes modernes. Coiistantina , femme de Gallus, étoit encore plus que lui altérée de sang et de rapine; on l'accusoit de prendre en secret le titre à^augusta \ dans l'intention de donner publiquement celui d'auguste à son mari.

Mandé à la cour de Milan après le massacre de deux ministres que lui avoit envoyés l'empereur, Gallus eut l'imprudence d'obéir ^, La lettre qui l'appeloit étoit pleine de protestations, d'amitié et de services. Il fut arrêté à Pettau , conduit à Flone en Istrie, dépouillé de la chaussure des césars, interrogé par l'eunuque Eusèbe, condamné à mort et exécuté non loin de Pôle où vingt-huit ans aupara-

nutieusement les machines de guerre , n'a pas cru devoir entrer dans le détail d'un usage journalier. Comme il est sujet à l'enflure du style , il ne faut pas prendre trop à la lettre la grande clarté dont il fait ici mention. Saint Jérôme ( Epist. 14) parle des feux qu'on allumoit sur les places publiques, à la lueur desquels on se rassembloit , et l'on disputoit sur les intérêts du moment. Dum audientiam et circulum luniina jani in plateis accensa soldèrent, et inconditam disputationem nox interrumpere.t.

^ Phitostorg., hist. eccl., lib. m, cap. 222.

^ Constantina mourut en route à Cène , village de Bvthinie.

vant Crispus avoit été décapité \ Que de tètes, l'efFroi des peuples, furent abattues par le bourreau ^ !

Les Isaures et les Sarrasins désoloient l'Asie ^; les Franks et les autres Germains continuoient leurs courses transrhénanes; Rome se soulevoit pour du vin au milieu de ses débauches et de ses spectacles ^*. Constantin et Constance sincjulièrement attachés aux Barbares , et les ayant promus à presque toutes les charges de l'état , il se trouva que Silvain , fils de Bonit , chef franlc , commandoit l'infanterie romaine dans les Gaules : c'étoit un homme doux et de mœurs polies, quoique né d'un père barbare; il s ai^ oit même souffrir, dit l'histoire en parlant de lui. On l'accusa d'aspirer à la pourpre et il étoit fidèle; la calomnie en fit un traître : il prit l'empire comme un abri. Vingt-huit jours après son usurpation , obligé de chercher un plus sûr asile, il n'eut pas le temps d'y entrer : il fut tué par ses compagnons , lorsqu'il essayoit de se réfugier dans une église ^

■" Amrn., lib. xiv, cap. 11.

- Quot capita , quœ horruere gentes ,Juncsli carnijîees abscidcrunt !

5 Amm., 1. XIV, p. 3 et sequent.

* Id., ibid.

^ Id., 1. XV, cap, 5j Aur. Vie, epit. Eutr., Hier-

Alors les Franks, les Allamàiis, les Saxous, se précipitèrent de nouveau sur les Gaules , dévastèrent quarante villes le long du Rhin, se saisirent de Cologne et la ruinèrent \ Les Quades et les Sarmates pilloientla Pannonie et la Haute- Mœsie^; les généraux de Sapor troubloient la Mésopotamie et l'Arménie : ce fut l'époque de l'élévation de Julien.

Jusqu'à l'âge de quinze ans Julien reçut sa première éducation d'Eusèbe , évéque. de Nicomédie, qui menoit à la cour l'intrigue arienne, et de l'eunuque Mardonius, personnage grave, Scythe de nation , grand admirateur d'Hésiode et d'Homère. Le futur apostat fut ensuite réuni à Gallus dans la forteresse de Marcellum : il apprit de bonne heure à se contraindre et se parut plaire aux vérités de la foi. Lorsque Gallus eut été nommé césar, Julien obtint la permission de suivre ses études 'i Constantinople, sous la surveillance d'Hérébole, d'abord

chr. Selon Ammien , Silvain s'étoit déjà retiré dans une petite chapelle chrétienne ; on l'en arracha tout tremblant , pour le massacrer. Sihanum exlractum csdiculd. quo examinatus coufugerat , ad coTH>enticuluni ritûs christ iani tendenteni , densis gladiorum iclibus trucidârunt.

^ Zos., lib. m. p. 702: Anim., lih. xv.

' Zosim., il).

tomf: il. 3

chrétien , puis infidèle avec son élève , puis chrétien encore après la mort de celui-ci \ Julien visita les écoles de Tlonie : Constance même favorisoit les exercices de son cousin , dans l'espoir que les livres lui feroient oublier l'empire; mais bientôt la supériorité de l'écolier, même dans les lettres, l'alarma.

Après la mort de Gallus, Julien , conduit à Milan, étroitement gardé pendant sept mois, fut enfin relégué à Athènes. Il y rencontra, avec saint Basile et saint Grégoire deJNazianze, une foule de rhéteurs qui achevèrent de le gagner à leurs doctrines : il prit toutes les allures du philosophe. Universellement instruit, sa mémoire égaîoit sou intelligence : il pensoit et il écrivoit en grec , mais il se servoit aussi du latin ^. Les Gaules étant désolées par les Franks et les Allamans, l'impératrice Eusébie décida Constance à créer Julien césar, à fin de l'opposer aux Barbares. Le disciple de Platon reçut la lettre qui l'appeloit au rang suprême comme un arrêt de mort : il leva les mains vers ce Temple dont les admirables ruines ne semblent avoir été conservées , qu'à fin d'attester

^ Amœ., lib. xv, cap. 12.

^ Ep. IX, LYI, or. III ; Eutrop., lib. xv ; Eunap,, vit. Max., lih. or. 10; Socr., lib. m-

ia beauté de l'ancienne liberté grecque à cette liberté renaissante. Julien monte à la citadelle , embrasse les colonnes du Parthénon , les mouille de ses larmes , implore la protection de la Déesse. Il s'éloi2;ne ensuite de Timmortelle cité où des déclamateurs et des sophistes fouloient les cendres de Démosthènes et de Socrate, mais où Minerve régnoit encore par le génie de Phidias et de Périclès.

Arrivé à Milan , il traça ces mots pour l'impératrice : « Puisse-tu avoir des en fans ! que » Dieu t'accorde ce bonheur et d'autres prospé- )> rites; mais, je t'en conjure, laisse-moi retour- » ner à mes foyers \ » G'étoit ainsi que Julien appel oit la Grèce. Le billet écrit il n'osa l'envoyer, arrêté qu'il fut, dit-il, parles menaces des dieux : l'apostat prit la voix de l'ambition pour l'ordre du ciel.

Les officiers du palais s'emparèrent de l'étudiant d'Athènes , le dépouillèrent du manteau et de la barbe du philosophe , et le revêtirent de l'habit du soldat. Il a peint lui-même sa gaucherie dans ce nouvel accoutrement, son embarras à la cour et les railleries des eunuques^. La dernière partie de l'éducation de Julien

1 Ad Ath.

- Julian., ad Ath.

avoit été populaire ; il assistoit aux cours des rhéteurs à Constantinople , comme les autres élèves : en se plongeant dans les mœurs publiques, il y puisa des enseignemens qui manquent à l'éducation privée des princes.

Constance, le sixième jour de novembre, l'an de Jésus-Christ 335 , ayant assemblé à Milan les légions, proclama Julien césar. L'orphelin dans la pourpre, au milieu des meurtriers de sa famille , répétoit tout bas un vers d'Homère : (c La mort pourprée et son invincible destin » l'enlevèrent. »

Après avoir épousé Hélène , sœur de l'empereur, Julien partit pour son gouvernement des Gaules, auquel on avoit ajouté la Grande-Bretagne et peut-être l'Espagne \ Eusébie lui donna des livres ses conseillers, Constance, des valets ses maîtres^. Tenu dans une tutelle jalouse, il ne pouvoit ni prendre seul une résolution , ni intimer un ordre, ni changer un domestique; tout étoit réglé dans son intérieur par les ordres de Constance , jusqu'aux mets de sa table; aucune lettre ne lui parvenoit qu'elle n'eût été lue : il se sevroit de la compagnie de ses amis dans la crainte de les compromettre et de s'exposer lui-

^ Amm., lib. xx-; Zos., lib. m.

- Julian., ad Ath., -or. 3.

même à sa perte. A peine mit-on k sa disposition quelques soldats ^ Sa seule consolation, en entrant dans le pays ravagé que l'on confioit à son inexpérience, fut de rencontrer une vieille femme aveugle, qui le salua du nom de restaurateur des temples ^.

Durant les cinq années que Julien gouverna les Gaules, il courut d'une ville à l'autre, d'Autun à Auxerre , d'Auxerre à Troyes, de Troyes à Cologne , de Cologne à Trêves , de Trêves à Lyon : on le voit iissiégé dans la ville de Sens; on le voit passant le Rhin cinq fois, gagnant la bataille de Strasbourg sur les Allamans , faisant prisonnier Chrodomaire le plus puissant de leurs rois, rétablissant les cités, punissant les exacteurs, diminuant les impôts, et enfin , ce qui nous intéresse par les liens du sang , soumettant les Camaves et les Franks- Saliens : on commence à vivre avec les Franks au milieu de la future France. Julien avoit écrit ses guerres des Gaules : cet ouvrage, que l'on mettoit auprès des Commentaires de César, est

^ Ammo, lib. xvij , xx , xxi , xxii; Zosim., !ib. ni; Liban.. oi\ 12; Julian. ad Ath.

^ Tune anus quaedam orba luminibus , cùm percontando quinam esset ingrcssus, Julianum Caesarem comperîsset, exclainavit , hunr deoriim lempla rcpatatmuîu.

malheureusement perdu ; il auroit jeté une vive lumière sur l'histoire ohscure de nos aïeux au quatrième siècle.

Julien passa au moins à Lutèce les deux hivers de 358 et de SSg. Il aimoit cette bourgade qu'il appel oit sa chère Lutèce ' , et où il avoit rassemblé , autant qu'il avoit pu au milieu de ses entreprises militaires , des sa vans et des philosophes. Oribase le médecin , dont il nous reste quelques travaux , y rédigea son Abrégé de Gallien : c'est le premier ouvrage publié dans une ville qui devoit enrichir les lettres de tant de chefs-d'œuvre.

On se plaît à rechercher l'origine des grandes cités, comme à remonter à la source des grands fleuves : vous serez bien aise de relire le propre texte de Julien.

« Je me trouvois, pendant un hiver, à ma chère » Lutèce ^ ( c'est ainsi qu'on appelle dans les )) Gaules la ville des Parisii). Elle occupe une » île au milieu d'une rivière; des ponts de bois )j la joignent aux deux bords. Rarement la ri- » vière croît ou diminue; telle elle est en été, » telle elle demeure en hiver : ou en boit volon-

^ ^'ùcfi-i Ai-oYîxij.-j. Caram Lutetiam.

^ Mnonnrp.N h aîvtioxikoï. Julian., op., p. 3iO. I>. Lipsiae, 1696.

M tiers l'eau très-pure et très-riante h la vue\ w Comme les Parisii habitent une île , il leur se- » roit difficile de se procurer d'autre eau. La tem- » pérature de l'hiver est peu rigoureuse, k cause, » disent les gens du pays, de la chaleur de 10- » céan, qui n'étant éloigné que de neuf cents » stades, envoie un air tiède jusqu'à Lutèce : » l'eau de mer est en effet moins froide que l'eau » douce. Par cette raison, ou par une autre que » j'ignore , les choses sont ainsi ^. L'hiver est donc » fort doux aux habitants de cette terre ; le sol

^ Tout cela s'accorde peu avec ce que nous voyons aujourd'hui, excepté ce qui concerne la salubrité de l'eau. Même à l'époque dont parle Julien, les débordements de la Seine étoient assez fréquents. Si Julien étoit né à Rome, ou même s'il eût jamais vu le Tibre, la Seine auroit pu lui paroître limpide en comparaison de ce fleuve {flavus Tiberinus). Il est vrai que , dans rionie, Julien n'a\oit rencontré que l'Hermus [turbidus Hermus) ; il n'avoit trouvé à Athènes que deux ruisseaux; et l'Eridan , dans la Loœbardie, laissoit encore 'avantage à la Seine pour la clarté de l'eau. Mais enfin Julien avoit habité les rives du lac de Cosme, il avoit vu les autres fleuves de la Gaule , les rivières de la Cappadoce ; il écrivoit le Misopogon aux bords de l'Oronte , et bientôt ses cendres dévoient reposer sur ceux duCydnus ; comment donc la Seine lui paroissoit-elle si limpide? La Marne , comme on l'a cru , couloit-cile au-dessous de Paris ?

^ L'observation des Gaulois -Romains étoit juste : les

» porte de bonnes vignes; les Parisii ont méi^e » l'art d'élever des figuiers ^ en les enveloppant » de paille de blé comme d'un vêtement, et )) en employant les autres moyens dont on se )) sert pour mettre les arbres à l'abri de rintem- » périe des saisons.

M Or, il arriva que l'hiver que je passois à » Lutèce , fut d'une violence inaccoutumée : la » rivière charrioit des glaçons comme des car- » reaux de marbre : vous connoissez les pierres )) de Phrygie ? tels étoient , par leur blan- » cheur, ces glaçons brutes, larges, se pressant » les uns les autres, jusqu'à ce que, venant à » s'agglomérer, ils formassent un pont ^. Plus » dur à moi-même, et plus rustique que jamais, » je ne voulus point souffrir que l'on échauffât

hivers sont plus humides , mais moins froids aux bords de la mer que dans l'intérieur des terres.

^ On voit que le climat de Paris n'a guère changé. Il y a long-temps que l'on cultive la vigne à Surêne. Julien ne se piquoit pas de se connoîtreen bon vin ; ilpréféroit, dit-il, les Nymphes à Bacchus. Quant aux figuiers , on les enterre et on les empaille encore à Ai-genteuil.

- Julien peint très-bien ce que nous avons vu ces derniers hivers. Les glaçons que la Seine laisse sur ses bords après la débâcle pourroient être pris pour de» blocs de marbre.

» à la manière du pays , avec dps fourneaux, la » chambre où je couchois ^ »

Julien raconte qu'il permit enfin de porter dans sa chambre quelques charbons dont la vapeur faillit l'étouffer.

Il y avoit k Lutèce des thermes construits sur le modèle de ceux de Dioclétien à Eome : on croit que Julien et Valentinien I". y demeurèrent; Ammien en parle assez souvent. Il est probable que ces thermes étoient bâtis avant l'arrivée de Julien dans les Gaules, peut-être du temps de Constantin ou de Constance Chlore. D'autres ont pensé , mal à propos , que Julien occupoit dans nie un palais élevé sur le terrain où fut construit depuis le palais de nos rois. On voyoit encore à Lutèce un champ de Mars et des arènes : celles-ci dévoient se trouver du côté de la porte Saint- Victor : c'est ce qui résulte de quel-

^ Ces fourneaux étoient apparemment des poêles. Il faudroit aussi conclure du charbon que Julien fît porter dans sa chambre , que l'on n'échaufFoit pas les appartements avec du bois, soit qu'il fût rare dans les environs d^ Paris , ou qu'on préférât l'usage des fourneaux. Les r.omains, comme on peut s'en assurer par ce qui nous reste de leurs constructions domestiques, avoient porté l'art d'échauffer leurs maisons au plus haut degré de raffinement.

ques litres du treizième siècle ^ La flotte chargée de garder la Seine étoit stationnée chez les Parisii ; elle avoit vraisemblablement pour bassin l'espace que couvre aujourd'hui la nef gothique de ISotre-Dame ^.

Tandis que Julien habitoit la petite et naissante Lutèce, Constance visitoit la grande et mourante Rome que n'avoit jamais vue cet empereur des Romains.

Il existoit sans doute à Rome quelque vieillard à qui , dans son enfance, son aïeul avoit raconté l'entrée d'un prêtre de Syrie , Elagabale , sautant avec la pourpre au milieu des eunuques et des danseuses, devant une pierre triangulaire consacrée au soleil : voici venir dans une pompe triomphale pour un succès obtenu sur des Romains ^, voici venir une espèce d'idole chrétienne,

^ D.-T. du Pies., nouv. ann. de Paris; Breul, ant. de Paris.

- Prcefectus classis Andericianc^um Parisiis. Notit. Imper. -Mézera i , dont la lecture et la critique doivent être suivies avec précaution, conjecture que cette flotte se tenoit à Andresy^ vers le confluent de l'Oise et de la Seine , parce que les ma'telots qui inontoient cette flotte sont nommés dans la notice Andèriciens. On jugera de la force de l'argument. Hist. de Fr. av. Clovis , liv. la. J'ai suivi l'opinion de l'abbé Dubos.

* La défaite de Magnence.

Constance, pareillement environné d'eunuques, mais immobile sur un haut char éclatant de pierreries, les yeux fixes, ne se remuant ni pour cracher, ni pour se moucher, ni pour s'essujer le front ; baissant seulement quelquefois sa courte stature afin de passer sous de hautes portes ^ Autour de lui flottoient, au bout de longues piques dorées, des étendards de pourpre découpés en forme de dragons, dont les queues effilées siffloient dans les vents. Des gardes superbement armés, des cavaliers couverts de fer ressemblant non à des hommes, mais à des statues polies par la main de Praxitèle^, l'environnoient. En approchant de Rome, Constance rencontra les patriciens, le sénat qu'il ne prit pas comme Cinéas pour une assemblée de rois, mais pour le conseil du monde ^; il crut, en voyant

'' Corpus perhuniile curçabat portas ingrediens celsas , et velut collo inunito rectani aciem lurninuni tendens, nec dextrd vultum , neo lœvâjlectebat , tamquam figinentiun honùnis .- non cuni rota concutcret nutaiis , nec spucns , aut os aut nasiini tergens t-el fricans , manunwe agitans t^isus est nunquùm. Amm., lib. xvi , cap. 10.

^ Liinbis ferreis cincti , ut Praxitelis manu polit a crederes siniulacra , non i'iros. Id., ibid,

^ Non ut Cineas ille Pjrrlii legatus in unum coactam multitudinem reguni , sed asjluni mundi tolius adesse existaniabat, Id., ibid.

les flots de la foule , que le genre humain étoit accouru à Rome \

Lorsqu'il eut pénétré jusqu'aux Rostres, il demeura stupéfait au souvenir de l'ancienne puissance du Forum ^. De là l'auguste oriental alla descendre à l'ancien palais d'Octave, qui n'avoit ni marbre, ni colonne, et dans lequel le fondateur de l'empire, l'ami d'Horace, habita quarante ans la même chambre hiver et été *.

Ammien Marcellin, dont ces détails sont empruntés, nous peint ensuite deux choses considérables : une partie des édifices de Rome tels qu'ils existoient de son temps, et l'étonnement

^ Stupebat quâ celeritate oninc quod ubique est honiinum genus confluxerit Romam. Id., ibid.

^ Proinde Romam ingressus , imperii virtutumque omnium, larem , ciim t>enisset ad Rostra , perspecdssi mumpriscœ potentiœ Forum ohstupuit. Amm., lib. xvi, cap. 10.

^ Ammien a seulement in palatium, receptus. Je me range à l'opinion de Gibbon qui veut que ce soit l'ancien palais d'Auguste, dont Suétone dit :

iEdibus modicis neque laxitate neque cultu conspicuis ut in quibus porticus brèves essent, albanarum coluranarum et sine marmoie ullo , aut insigni paviniento conclavia ac pcr annos amplius quadragintaeodem cubiculo hiemc et aestate mansit. ( G. Sueton. Tranq Octav., p. 109, Antu~eri)ia;. )

HISTORIQLES. 4j

de Constance h la vue de ces édifices. Que d'événemens étoient survenus, que de jours s'étoient écoulés, poui que le maître de l'empire romain ne fût qu'un étranger dans la capitale de cet empire 1 pour qu'il demeurât iTiuet d'admiration au milieu des ouvrages de tant de génies, de tant de fortunes , de tant de siècles, de tant de liberté et d'esclavage, comme un voyageur qui rencontreroit aujourd'hui Rome tout entière dans un désert! Mais ces monumens des mœurs vivantes d'un peuple ne vivent point eux-mêmes; leurs masses insensibles ne purent s'émerveiller de la petitesse de Constance, comme il s'ébahissoit de leur grandeur.

Il est un certain travail du temps qui donne aux choses humaines le principe d'existence qu'elles n'ont point en soi ; les hommes cessent, et ne sont rien par eux-mêmes, mais leurs vies mises bout à bout, leurs tombeaux rangés à la file , forment une chaîne dont la force augmente en raison de la longueur : de ces néants réunis , se compose l'immortalité des empires. Le nom de Rome étoit la seule puissance qui restât à vaincre aux Barbares : Rome , quoique habitée d'une foule innombrable, n étoit plus réellement défendue que par les souvenirs de quelques vieux morts. Constance visita curieusement cette cité dont il empruntoit l'autorité

qu'on vouloit bien encore passer à sa pourpre. Il harangua le sénat et le peuple : qu'eût répondu Marins s'il eût mis la tête hors de sa tombe ?

En parcourant les sept collines couvertes de monumens sur leurs pentes et sommets, l'empereur se figuroit à chaque pas que l'objet qu'il venoit de voir, étoit inférieur à celui qu'il voyoit ^ : le temple de Jupiter-Tarpéien, les bains pareils à des villes de provinces, la masse de l'amphithéâtre bâti de pierres tiburtines et dont les regards se fatiguoient à mesurer la hauteur, la voûte du Panthéon suspendue comme le ciel , les colonnes couronnées des statues des empereurs et dans lesquelles on montoit par des degrés , la place et le temple de la Paix, le théâtre de Pompée, l'Odéon , le Stade; magnifiques ornements de la ville éternelle ^.

"• Deinde intra septem rtiontium culmina , per acclivitates planitiemque posita urbis membra collustrans et suburbana, quidquid viderai prirnùm, id eminere inter alia cuncta sperabat. ( Amm. )

2 Jovis Tarpei délabra , quantum lerrenis divina prcecellunt .- lavacra in modurn proç>inciarum exstructa : amphitheatri molem solidatam lapidis tiburtini compage , ad cujus summitatem œgre visio humana conscendit -. Pantheum i>elut regionem teretem, speciosd celsitudine ^fornicntam j elatosque i'ertices qui

Mais au forum de Trajan, Constance s'arrêta confondu . promenant ses regards sur ces constructions gigantesques que dans leur ineffable beauté l'historien déclare ne pouvoir décrire ^

Le grand roi , le monarque légitime de la Perse, le frère aîné de ce Sapor II si funeste k Julien et k l'empire romain, Hormisdas étoit réfugié dans cet empire : il accompagnoit Constance dans sa visite de Rome. L'empereur se tournant vers son hôte, lui dit : « Si je ne puis )) reproduire en entier ce forum , j'espère du » moins faire imiter le cheval de la statue » équestre du prince : » — « Tu le peux, dit » Hormisdas, mais bâtis d'abord une semblable » écurie, afin que ton cheval j soit à l'aise comme » celui que nous voyons ^. »

* «Ce même exilé interrogé sur ce qu'il pen- » soit de Rome: Ce qui m'y plaît, répondit-il ,

scansili suggestu consurgunl , priorutn principum imitamenta portantes , et urbis templum ,Jbrumque Pacis, et Pompei theatrum , et Odeiim , et Stadium, aliaque inter hœc décora urbis ceternœ. (Amm., lib. ivi, cap. 10.)

^ Ut opinamur... nec relata inejjabiles , nec riirsiis mortalibus appetendos. (Id., ibid.)

^ Ante imperator stabidum taie coiidi jubeto , si vales : equus quem fabricare disponis , ità late succédât, ut iste quem videmus. (Amm., lib. xvi , cap. 10.)

» c'est que les hommes y meurent comme )) ailleurs ^ »

Hormisdas suivit Julien dans son expédition contre les Perses, et s'entendit appeler traître par un oflicier de Sapor, lequel Sapor occupoit, contre le droit , le trône de son frère. Hormisdas vit mourir Julien; il avoit vu passer Constantin et Constance : il laissa un /ils, que Théodose P'. chargea de conduire une troupe de Goths en Egypte. Le dernier successeur du héros macédonien qui renversa l'ancien empire de Cyrus, Persée détrôné vi'it mourir greffier parmi ses vainqueurs ; l'héritier du nouvel empire des Perses rétabli suf les ruines de celui d'Alexandre, vint chercher un abri dans les palais croulants des Césars. Au lieu d'assister à l'histoire de son propre pays , Hormisdas fut un témoin des Parthes , envoyé pour assister à l'iriveritaifé des monuments romains mis à Tencan des nations, et pour certifier véritable la chute de Rome. Vous ne savez pas tout : Hormisdas nourri par les Mages, étoit chrétien. Ainsi vont les choses et les hommes dans l'enchaînement des conseils éternels ^.

'' Id tantîim sibiplacuisse qiiod didicisset ibi qiioque hôYnines mori. ( Id'. , ibidi )

"^ J'ai suivi particulièrpineiît Zosinie pour l'histoire

Constance déclara que ]a renommée coutuniière de mensonge, de malignité, et toujours d'exagération , étoit restée, dans ce qu'elle racontoit de Rome, fort au-dessous de la vérité \ Il y voulut laisser quelques traces de son passage; mais, sentant sa propre impuissance, il emprunta à la terre des tombeaux une parure funèbre pour la reine expirante du monde : l'obélisque du temple dHéliopolis, que Constantin avoit projeté de transporter à Constantinople, fut convoyé du Nil au Tibre, et élevé à Rome dans le grand Cirque. Depuis, Sixte-Quint en décora la place de Saint- Jean-de-Latran. On peut voir encore aujourd'hui debout ce monument d'un Pharaon , d'un empereur et d'un pape également tombés ^.

d'Hormisdas , mais Zonare, Agathias et All^ufarage {ex arabico latine reddita historia) diffèrent de Zosime en plusieurs points.

■^ Tmperator de famâ querebatur ut iru>alida uel maligna , quod augens omnia semper in majus , erqa hœc explicanda quœ Roniœ sunt obsolescit. ( Amm., lib. XVI, cap. 10.)

2 Constance avoit voulu faire transporter à Constanti nople un autre obélisque ; Julien reprit ce projet ; il en écrivit aux Alexandrins, leur proposant en échange de l'obélisque une statue colossale qui venoit d'être achevée, et qui vraisemblablement étoit la sienne. Julien ajoute que des solitaires se tenoient sur la pointe de cet TOME v. 4

Goiistance auquel il manquoit, selon Llbauius, le cœur d'un prince et la tête d'un capitaine; ce souverain qui passa son règne dans les transes des discordes civiles et d'une guerre peureuse contre Sapor, se donnoit encore l'embarras des querelles ecclésiastiques. Sa cour ctoit arienne : dans les conciles de Séleucie et de Riniini, il embrassa lui-même le parti des ariens. A la sollicitation de Constant , son frère, il avoit d'abord rappelé Atlianase de son premier exil; il le maintint encore sur son siège, après la déposition prononcée au concile arien d'Antioche, mais il l'abandonna au troisième concile de Milan. Il y eut des évêqaes bannis, intrus, catholiques, ariens, semi- ariens. Le premier concile de Paris ou de Lutèce se tint

obélisque , que d'autres personnes y dormoient au milieu des immondices, et y commettoient des infamies. Il veut donc, dit-il, détruire à la fois cette superstition et cette honte : il .prétend que les Alexandrins auront un grand plaisir à reconnoître de loin, en arrivant à Constantinople , le présent dont ils auront embelli la ville natale de l'Apostat. On croit que cet obélisque, transporté à Constantinople par .Tulien ou par Yalens , fut élevé par Théodose dans l'Hippodrome. L'édition allemande dont je me sers n'a point la fin de cette lettre aux Alexandrins sous le n°. 58. Cette fin , retrouvée par Muratori , a été transportée àc^ Anecdotas grecques dans la Bibliothèque grecque <lc Eabricius. .

alors ^ et se déclara calliolique sous la protection de Julien qui raéditoit au même lieu le rétablissement du paganisme. Saint Hilaire de Poitiers, exilé en Orient, trouva les mêmes désordres en rentrant dans son église. Il écrivit contre l'empereur Constance: « Vous saluez les évoques du » baiser par lequel Jésus-Christ fut trahi ; vous •» courbez la tête pour recevoir leur bénédiction, )) et vous foulez aux pieds leur foi. » Lucifer de Caliari , plus hardi encore, menace du glaive de Matathiaset de Phinées Constance infidèle. Saint Martin , qui commençoit à paroître, servit d'abord comme soldat dans les troupes de l'apostat, et donna naissance au premier monastère des Gaules, Lugugiacum ou Ligugé, à deux lieues de Poitiers. Pacôme, Hilarion , Macaire avoient succédé à saint Antoine et à saint Paul, et saint Basile méditoit déjà la règle qui devoit gouverner dans l'Orient un peuple de solitaires.

La turbulence et la légèreté de Constance ruinoient l'empire en convocations de conciles, transports d'évêques par les voitures et les chevaux des postes impériales ^. Ses profusions augmentoient sa convoitise; il portoit des sentences

' Hier., de scriptor. eccles.; Rufin. pvo Orig. ; Hilarii fragmenta à Pithœo. Ed.

^ Amm. Marcell., lib, xxi, cap. 16.

injustes, et la torture arraclioit des mensonges qu'il trausformoit en vérités ^ Au lieu d'employer son autorité à éteindre les disputes religieuses, il les enflammoit par sa manie d'argumenter et par les rêveries mystiques des femmes et des eunuques.

Les papes Jules et Libère s'étoient déclarés successivement à Rome pour saint Athanase , bien que Libère eût d'abord été foible et que saint Hilaire l'eut anathématisé. Libère, persécuté, se cacha dans les cimetières autour de la ville, fut enlevé , conduit à Milan où l'empereur l'interrogea. 11 défendit Athanase et répondit à Constance qui l'accusoit de soutenir seul un impie :« Quand je serois seul , la foi ne succombe- )) roit pas ^. » Exilé à Bérée dans la Thrace, il refusa l'argent que l'empereur, l'impératrice et l'eunuque Eusèbe lui ofFroient. « Tu as rendu dé- » sertes les égHses du monde, dit-il au dernier, » et tu m'offres une aumône comme à un crimi-

1 Id., ibid.

2 Imperator Liberio dixit : Quota pars es orbis terrarum , ut tu solus homini impio sufFragari velis?.... Liberius dixit : Etiamsi solus sim, fidei causa non idcircô minuitur. (Parisiis, 1683 ; Theodor., hist. eccl., lib. u . cai). 16, p. 94. )

» nel ' ! )) Félix , archi-diacre de l'Eglise romaine, devint l'anti-pape arien.

Le séjour de Constance à Rome eut lieu à l'époque de la plus grande chaleur des partis attachés à Félix et à Libère. Les matrones romaines catholiques se présentèrent à l'empereur dans la magnificence accoutumée de leur parure, le suppliant de rendre au troupeau le pasteur absent. L'empereur consentit à rappeler Libère, pourvu qu'il gouvernât l'Eglise en commun avec Félix. Cette résolution fut lue dans le Cirque au peuple assemblé : les deux factions païennes qui se distinguoient par leurs couleurs, dirent, en se moquant, qu'elles auroient chacune leur pasteur; puis la foule chrétienne fit entendre cette acclamation : Un Dieu 1 un Christ ! un évêque^ 1 Naguère cette même foule s'écrioit : Les chrétiens aux bêtes î

Au milieu de cette confusion Constance , retourné en Orient^ et devenu jaloux des triomphes

^ Ecclesias orbis terrarum vacuas ac désertas fecisti, et rnihi tanquam noxio eleetnosynam adfers. (Id., p. 95.)

^ Unus Deus, unus Christiis, unus episcopus. (Theodoret., lib. ii , p. 96.)

^ Je ne parle point île l'autel de la Victoire que Constance fit oter du sénat, et (jui y fut replacé vraisemblablement par Julien. Il en sera question sous Théodose I•^

de Julien, songea à l'afibiblir, en luideniandant la plus grande partie de son armée sous le prétexte de continuer la guerre contre Sapor. Julien pressa ses troupes ou feignit de les presser de partir. Cest la première grande scène militaire dont Paris ait été témoin.

Assis sur un tribunal élevé aux portes de Lutèce, Julien invite les soldats à obéir aux ordres d'Auguste : les soldats gardent un si- Jence morne et se retirent à leur camp. Julien caresse les officiers, leur témoigne le regret de se séparer de ses compagnons d'armes sans les pouvoir récompenser dignement.

A minuit les légions se soulèvent, sortent en tumulte du banquet donné pour leur départ , environnent le palais et , tirant leurs épées à la lueur des flambeaux , s'écrient : Julien auguste ^ !

Il avoit ordonné de barricader les portes; elles furent forcées au point du jour. Les soldats se saisissent du césar, le portent à son tribunal, aux cris mille fois répétés d^ Julien auguste ! Julien prioit, conjuroit, menaçoit ses violents amis qui à leur tour lui déclarèrent qu'il s'agissoit de la mort ou de l'empire : il céda. Une acclamation.

"^ Augualum Julianiun horrciidia clcunoribus concrepnbant. ( Amni., lib. xx , cap. 4. )

le salua maître ou compétiteur tlu monde. 11 lut élevé sur un bouclier ^ comme un roi frank, et couronné comme un despote asiatique : le collier militaire d'un liastaire^ lui servit de diadème, car il refusa d'user à cette fin (étant chose de mauvais augure), d'un collier de femme ^ ou d'un ornement de cheval que lui présentoient les soldats.

Afin qu'il ne manquât rien d'extraordinaire à l'avènement du restaurateur de l'idolâtrie, Julien écrivit au peuple et au sénat athéniens {Àd S. P. Q. ydth.) la relation de ce qui s'étoit passé à Lutèce. Il adressa des lettres explicatives à Constance , lui demandant la confirmation du titre d'auguste : pour trouver un second exemple d'un empereur proclamé à Paris , il faut passer de Julien à Napoléon. Après des négociations inutiles, Constance rejeta les prières de son rival; il lui enjoignit de quitter la pourpre, non sans le traiter d'ingrat : « Rappele-toi que » je t'ai protégé alors que tu étois orphelin. »

^ Impositusque scuto pedestri (Id., ibid.). Libanius s écrie : O fclix scuturn , in quo solemnis inaugurationis mos peractus est , omni tibi tribunali convenientius !

^ li se nomiiioit jMaurus.

^ Le texte parle aussi en particulier d'une parure de ttte de sa femme : Uxoris colli ^'e/ capitis.

«Orphelin! dit Julien dans sa réponse à Con- M stance; le meurtrier de ma famille me re- » proche d'avoir été orphelin ^ ! »

Julien rassemble h Lutèce le peuple et l'armée , leur communique les messages venus d'Orient , et leur demande s'il doit abdiquer le titre d'auguste. Un grand bruit s'élève avec ces paroles : « Sans Julien auguste la puissance est » perdue pour les provinces, les soldats et la » république ". »

Le questeur Léonas fut chargé de porter la réponse publique à son maître , avec une lettre particulière remplie de la colère et du mépris de Julien.

Décidé à marcher sur fOrient , Julien part avec trois mille soldats; il étoit à peine suivi de trente mille autres. Tout s'épouvante : Taurus, préfet d'Italie, s'enfuit; Florent, préfet de rillyrie, s'enfuit : Nébridius, préfet du prétoire en Occident , demeure seul fidèle à Constance ; il perd une main d'un coup d'épée, et Julien refuse de serrer la noble main qui reste à Nébridius \

^ Julian., orat. ad. S. P. Q. Athen.; Liban,, orat. paient.; Zonar., lib. xiii.

2 Auguste Juliane ut provincialis , et miles , et reip. decrevit auctoritas . (Apini., lib. xx , cap. 11.)

* Amui., lib. XXI; Liban-, orat. parent.

Le nouvel auguste descend le Danube, tantôt côtoyant ses bords , tantôt s'abandonnant h son cours. Sirmiuni , capitale de l'Illyrie occidentale, le reçoit; k] se saisit du pas de Suques, entrée de la la Thrace, et s'arrête pour attendre son armée \

Il tourne alors le visage au passé et le dos à l'avenir, et, se préparant la triste gloire d'avoir été le premier prince apostat , il abjure publiquement le christianisme ; il déclare qu'il confie sa vie et sa cause aux dieux immortels , fait rouvrir à grand bruit les portes des temples , efface l'eau du baptême par la cérémonie du taurobole: une seule des divinités évoquées apparut un moment à la fumée des sacrifices de Julien , la Victoire.

Les soldats qui l'accompagnoient brandissant leurs épées au-dessus de leurs têtes, ou tournant la pointe de ces épées contre leurs poitrines, avoieutjuré de mourir pour lui : cependant plusieurs d'entre eux étoient chrétiens ; mais Julien les avoit trompés. Avant de quitter les Gaules, il étoit entré le jour de l'Epiphanie, dans l'église dé Vienne et y avoit fait sa prière, iimmien Marcellin affirme qu'en ce moment même il professoit

' Mamert , paneg. ; Liban., orat.

secrètement le paganisme ^ : qu'est-ce donc que le parjure avoitdit h Vienne au Dieu des chrétiens?

Constance se préparoit à repousser l'invasion :

il meurt à Mopsucrène en Silicie , après avoir

été baptisé parEuzoïus delà communion arienne.

Le sénat de la nouvelle capitale se range du

.iiLiEN, côté de la fortune; Julien entre dans sa ville

Dumas, natale que Constance, dit-il , aimoit comme sa

Dï3G2 à 363. sœur, et que lui Julien aimoit comme sa mère ^.

Constantinople chrétienne reçoit l'idolâtrie ainsi

que Rome païenne avoit reçu l'Evangile.

Une commission établie à Calcédoine jugea les ministres de Constance : Paul , A podème et l'eunuque Eusèbe furent justement punis; d'autres subirent injustement la mort et l'exil.

La cour éprouva une réforme totale : on congédia des milliers de cuisiniers et de barbiers. Un de ces derniers se présente superbement vêtu pour couper les cheveux du successeur de Constance. « Je n'ai pas demandé un trésorier, dit » Julien, mais un barbier \ » Les agents, au

■• Adhœrere cullui Christiano fingehat à quo jampridem occulte desciverat. (Lib. xx. )

^ O fièv yào aMTr,-^ w; ù'Jîl'fr,-J iyM §£ cô; artzérj-y. (fù.d. ( Julian., epist. 58,)

^ Ego non rationalem jussi , sed tonsorem accin.

HISTORIQUES. 5f)

nombre de plus de dix mille, furent réduits à dix-sept; les curieux , autres espions, abolis.

Maintenant il convient de connoître plus intimement l'homme qui a pris dans l'histoire une place tout à part, en opposant son génie et sa puissance à la transformation sociale dont les peuples modernes sont sortis.

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ÉTUDE SECONDE

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