TOME II
)) dépêcha des évêques hérésiarques aux Visi- » goths, et fit de ces suppliants des sectateurs » d'Arius au lieu de disciples de Jésus-Christ. )) Les Visigoths communiquèrent le venin aux » Gépides leurs hôtes , aux Ostrogoths leurs f'rè- » res ; ils se répandirent dans la Dacie , la Thrace , M la Mœsic supérieure, et tous lesGothsse trou- » vèrent ariens \ »
L'historien se trompe : tous les Goths sans doute n étoient pas encore chrétiens en 3^6 , mais ils avoient déjà reçu les semences de la foi. Théophile, au concile deNicée, est appelé l'évêque des Goths ^; ceux-ci avoient un petit sanctuaire catholique à Constantinople. Vers l'an 325, Audius, chef d'un schisme, fut banni par Constantin en Scythie; il pénétra chez les Goths, y prêcha l'Evangile et établit dans leurs
"i Et ut fides uberior illis haberetur, promittunt, se, si doctoies lini^uae siiae donaverit, fieri christianos. . . .
Sic quoque Vesegothae à Yalente irapera-
tore ariani potiùs quàm christiani effecti. De caîtero, tam Ostrogothis quàm Gepidisparentibus suis, per affectionis evatiam evangelizantes, hujus perlîdiae cultui'am edocentes , omnem ubique linguae liujus nationem ad cultiiram huius sectae invitavêre. Ipsi quoque (ut dictum est) Danubium transmeantes Daciam Ripensem Maesiam , Thraciasque perraissu principis ins|edere. (Jorn., c. 25.)
- Socr.j lib. II , cap, 41 .
pays des vierges, des ascètes et des monastères ^. Les Gotlis mêmes avoient exercé de grandes cruautés dans la persécution arienne de 3^2 , et ce fut le célèbre évêque CJlphilas , que ce peuple fugitif députa, en 376, k Constantinople ^.
Freitigern et Alavivus commandoient les Visigoths qui tendoient les mains à Vaîens : Athanaric , suivi de quelques compagnons , ne voulut point paroître sur les terres de l'empire en qualité de parjure ou de suppliant, et se retira dans les forêts de la Transilvanie.
Valens , bigot sectaire, se croyoit un profond politique; il acquiesça à la demande des Visigoths; il se félicitoit de cantonner sur les frontières de ses états des guerriers qui promettoient de le défendre et de se faire ariens. Il les voulut tous, même ceux qui pouvoient être attaqués d'une maladie mortelle ^ ;mai3 il attacha deux conditions à son bienfait: les Visigoths eurent ordre de livrer leurs enfans et leurs armes ; leurs
1 Sulp. Sev. , Ilb. XVI , n. 42 ; Epiph. , hcer. 70 , n. 9, 14.
'^ Sozo., lib. VI, cap. 37.
^ Et navabatur opéra diligens , ne qui romanam rem eversurus derelinqueretur vcl quassatus morbo Ictali. (Amm. Marcell., lib. xxxi , cap. 4.)
enfans , comme otages, leurs armes comme vaincus. Et Valeiis prétendoit que ces bras désarmés se lèveroient pour protéger sa tête! Les Visigoths se soumirent.
Le Danube étoit enflé par des pluies. On assembla une multitude de barques, de radeaux , de troncs d'arbces creusés, et l'on vit, par la permission de Dieu , les Romains occupés nuit et jour ù transporter dans l'empire les destructeurs de Veiiipire. Des commissaires désignés à cet effet , essayèrent de compter les Barbares à leur passage d'une rive du Danube à l'autre , mais ils furent obligés de renoncer au dénombrement \ Ammien Marcellin , citant deux vers de Virgile , prétend qu'on auroit plutôt compté les sables que le vsnt du midi soulève sur les rivages de la Libye. Une évaluation moins poétique porte l'émigration des Visigoths à un million d'individus.
^ Proindè | eraiissu impeiatoris transeundi Danubium topiam colendique adepti Thraciae partes, transfretabantur in dies et noctes, navibus ratibusque et cavatis
arborum alveis agminatim impositi Ità
turbido instantium studio orbis romani pernicies ducebatur lUud sanè neque obscurum est neque incertum , infaustos transvehendi barbarani plebem ministros nuinerum ejus coniprehendere calculo saepè tentantes, conquievisse frustratos. (Id,, ibid. )
Les enfans mâles des familles les plus distinguées furent séparés de leurs pères ; on les distribua dans différentes provinces : les habitans de ces provinces étoient étonnés des brillantes parures et de la beauté martiale des jeunes exilés.
Quant aux armes elles ne furent point livrées; les Visigoths arrivoient avec les tributs qu'ils avoient jadis reçus , et les anciennes richesses qu'ils avoient enlevées aux Romains ; on les crut opulens parce qu'ils étoient cliargés de dépouilles; pour garder du fer ils soûlèrent la cupidité des officiers de Valens avec des tapis, des tissus précieux , des esclaves et des troupeaux. A ceux qui préférèrent un autre lucre, ils prostituèrent leurs filles^ ; ils vendirent leur honneur pour acheter un empire , sûrs qu'avec leurs épées ils feroient bientôt passer les fdles des Césars dans le lit des Goths.
Les Ostrogoths conduits par Saphrax et Alatheus qui avoient sauvé Witheric , se présentèrent à leur tour sur la rive septentrionale du Danube, et sollicitèrent inutilement la faveur obtenue par leurs compatriotes : la peur commençoit chez les Romains.
Les Visigoths s'avancèrent dans les Thraces.
^ Zosim.
On s*étoit chargé de les nourrir ; on ne les nourrit point : on leur fournit de la chair infecte de chien, et d'autres animaux morts de maladie; un pain coûtoit un esclave, un agneau six livres d'argent. Après leurs esclaves ils n'eurent plus à livrer que le reste de leurs enfans \ On fit ( parce qu'enfin Rome devoit périr) d'un million d'alhés un million d'opprimés : la reconnoissance finit où l'injustice commence.
Les Ostrogoths, cessant de prier, passèrent le Danube , et se trouvèrent ennemis et indépendants sur le territoire romain. Fritigern, chef des Visigoths, forma des liaisons secrètes avec les nouveaux émigrants, et s'efforça de réunir les Goths dans le même intérêt.
Maxime et Lupicinus, généraux de Valens, avoient alors le commandement dans les Thraces: ils étoient, par leur avarice et leur foiblesse, la première cause de tous ces malheurs. La discorde éclate à Marcianopolis, capitale de la Basse-Mœsie, à soixante-dix milles du Danube : Lupicinus avoit invité les chefs des Goths à un
^ Gneperunt duces ( avaritiâ compellente ) non solùm ovium , boumque carnes , verura etiam canum , et immundorum animalium , morticina eis pro raagno contradere : adeo, ut quodlibet mancipium in unum panem aut decem libias in unam carnem mercarentur. (Jorn., cap. 26. )
repas, dans le dessein de les faire assassiner; les gardes de ces chefs, restés aux portes de la ville, se prirent de querelle avec les soldats romains ; leurs clameurs pénétrèrent jusqu'à la salle du festin. Fritigern et ses amis tirent leurs épées, s'ouvrent un passage à travers la foule, sortent de la ville et ont le bonheur ^ d'échapper, « Ce jour -là, dit Jornandès , ôta M la faim aux Goths et la sûreté aux Romains : >i les premiers ne se regardèrent plus comme M des vagabonds et des étrangers, mais comme » des citoyens et comme les seigneurs de Fem- » pire ^. »
Lupicinus, se fiant à la discipline des légions et à la supériorité de leurs armes , attaqua les Goths : ceux-ci, déployant leur bannière, firent entendre le lamentable son de cette corne , célèbre dans le récit de leurs combats , et à la ronflée de laquelle devoit s'éerouler le Capitole ^ ; les Romains furent vaincus.
? Amm. IMarcell., lib. xxxi ; Jorn,, cap. 26,
^ nia nanique dies Gothorum famem, Romanorum-
que securitatem ademit : cœperuntque Gothi jam non ut
advenac et peregriiii, sed ut cives et doniini possessoribus
imperare. (Jorn., cap. 26. )
•* Rauca cornua. (Claudian. , in Ruf. ) Auditisquc
triste sonantibus. (Amm. Marcell., lib. xxxi.)
Une troupe de Goths, avant la migration générale de ces peuples , étoit entrée au service de Valens, sous la conduite de Suerid et de Colias ; attaquée par les habitans mutinés d'Andrinople, elle les repoussa et alla rejoindre le grand corps de ses compatriotes. Fritigern fra ncliit l'Hémus, et mit le siège devant Andrinople qu'il ne put prendre. Les ouvriers employés aux mines du Rliodope se révoltent, se réfugient chez les Barbares, et leur servent ensuite de guides aux réduits les plus secrets des Romains. Les Gotbs délivrent leurs enfants captifs ^ qui leur racontent ce qu'ils ont eu à souffrir de la lubricité et de la cruauté de leurs maîtres. Une partie des Huns et des Alains font alliance avec les Gotlis.
Alors Valens songe à porter remède au mal qu'il avoit fait ; il retire les légions d'Arménie, (3t demande des secours au jeune empereur Gratien qui venoit de succéder h Valenlinien , son père: Richomer, comte des domestiques, est dépêché à Valens avec les légions gauloises. Une première armée romaine , sous les ordres
^ Eo maxime adjumento prœter genuinam erecti fiduciam, quod confluebat ad eos in dies ex eâdem gente mullitudo, dudîim à mercatoi'ibus venumdati, adjectis plurimis quos primo transgressa necati inediâ , vino exili vel panis frustis miitavêre vilissimis. (Amra. Marcel!., lib. XXXI , cap. 6. )
de Trajan et Profuturus, s'approcha des Visisçoths campés vers l'embouchure méridionale du Danube, à soixante milles au nord de Tome, exil d'un poëte : Fritigern fait élever des feux pour rappeler ses bandes répandues dans le plat pajs. Les Visigoths se lient d'un serment terrible , et entonnent les chants à la gloire de leurs aïeux; les Romains y répondirent par le barritus , cri militaire commencé presqu'à voix basse , allant toujours grossissant , et finissant par une explosion effroyable \ La bataille de Salices , qui a pris son nom des arbres paisibles sous lesquels elle fut donnée, dura la journée entière, et la victoire resta indécise. Les Visigoths rentrèrent dans leur camp. Les Romains n'osèrent renouveler le combat et résolurent d'enfermer les Barbares dans ce coin de terre entre le Danube, la mer Noire et le mont Hémus. Les Ostrogotlis et le parti des Huns et des Alains, avec lequel Fritigern s'étoit ménagé une alliance, le dégagèrent.
Valens, Suspendant sa guerre contre les moines, partit enfin d'Antioche avec une seconde
^ Et Romani quideni voci undique martia concinentes, à minore solita ad majorem protolli , quam gentilitate appellant barritum, vires validas erigebant. (Amm. Marcell., lib. xxxi, cap. 7.)
armée. Arrivé à Constantinople, il maltraita le général Trajan , ami de saint Basile. Au bout de quelques jours , il sortit de la capitale de l'Orient , chassé par le mépris populaire et les clameurs de la foule qui le pressoit de marcher à d'autres ennemis ^.
Le moine Isaac sort de sa cellule voisine des chemins où passoit l'empereur; il s'avance audevant de lui et lui crie : « Où vas-tu? Tu as » fait la guerre à Dieu, il n'est plus pour toi. » Cesse ton impiété, ou ni toi ni ton armée ne M reviendront. » L'empereur dit : « Qu'on le )) mette en prison. Faux prophète, je revien- » drai et je te ferai mourir. » Isaac répondit : « Fais -moi mourir si tu me trouves en men- » songe. )) Le moine ^ chrétien remplaçoit le philosophe cynique : il n'en différoit que par les mœurs.
^ Venit Constantinopolim , ubi moratus paucissimos dies , seditione popularium pulsatus , etc. ( Anim. , lib. XXXI, p. 639, Parisiis, 1677.)
^ Quô pergis imperator qui Deo bellum intulisti nec
eum habes adjutoiem. Desine ergo bellum inferre ei
JNam neque reverteiùs et exercitum prœtereà amittes
Ad haec imperator ira percitus :
Revertar, inquit, teque interfîciam et falsi vaticinii pœnas à te exigam.
Tum ille minas neiitiquam reformidans , interfice , in
Les Gotîis, après avoir encore une fois saccagé la Thrace el franchi l'Hémus , inondoient les environs d'Andrinople. Frigerid , général de Gratien, avoit défait quelques alliés desGotîis, entre autres les Taïfales, barbares débauchés dont les prisonniers furent transportés sur les terres abandonnées de Parme et de Modène ^ Sébastien, maître général de l'infanterie de Valens, s'étoit occupé à rétablir la discipline dans un corps particulier; ce corps avoit eu l'avantage sur un nombreux parti d'ennemis. Enivré de ces succès, Valens s'apprête à triompher des peuples gothiques , et s'établit dans un camp fortifié sous les murs d'Andrinople.
Richomer, accouru de l'Occident , vient annoncer à Valens que son neveu , vainqueur des Allamans , s'avance pour le soutenir.
En même temps un évêque envoyé par Fritigern, politique aussi rusé que général habile, se présente chargé d'humbles paroles et de soumissions. Il proteste publiquement de la
quit, si in verbis meis mendacium fuerit deprehensum. (Theodor. episcop.; Cyr., eccles. hist., lib, iv, p. 195, Parisiis, 1673.)
^ Ciim trucidasset omnes ad unum vivos omnes
circa Mutinam Regiumque et Parmam, itaUca oppida , rura cultures extenninavit. (Amm. Marcell., lib. xxxi , cap. 9. )
fidélité des Goths qui, selon lui, ne demandent qu'à paître leurs troupeaux dans la Thrace déserte; mais, par des lettres secrètes, Fritigern presse l'empereur de marcher \ l'assurant que la seule terreur de son nom obligera lef) Goths à se soumettre. Valens , jaloux de la renommée de Gratien , ne veut point attendre un jeune prince qui pourroit ravir ou partager l'honneur de la victoire : il lève son camp le 9*. d'août l'an 3^8. Le trésor militaire et les ornements impériaux furent laissés dans Andrinople.
A huit milles de cette ville on découvrit rangés en cercle les chariots des Barbares. Les Romains firent tristement leurs dispositions militaires, aux lugubres clameurs des Goths ^ : les Goths, pareillement étonnés du bruit des armes et du retentissement des boucliers que frappoient les légionnaires, envoyèrent proposer la paix; leur cavalerie , sous la conduite d'Alathéus et de Saphrax, n'étoit point encore arrivée. Valens s'obstine à ne vouloir entendre que des négociateurs d'un rang élevé : le soldat romain s'épuise sous
^ Arum. Marcell., lib. xxxi, cap. 12.
'^ Atque ut mos est ululante barbarâ plèbe ferum et triste, Romani duces aciem striixêre. (Amm. Marcel!., lib. XXXI , cap. 12. ) ,
la chaleur du jour qu'augmentoit un vaste embrasement : le feu avoit été mis aux herbes et aux bois desséchés des campagnes ^ Fritigern demande à son tour pour traiter un homme de distinction; Ri chômer s'offre , et part du consentement de Valens à qui le cœur commençoit à faillir. A peine approchoit-il des retranchements ennemis , que les sagittaires et les scutaires engagent le combat. La cavalerie des Goths revenoit alors renforcée d'un corps d'Alains : sans laisser le temps à Richomer de remplir sa mission , elle se précipite sur les troupes impériales.
Les deux armées se choquèrent ainsi que des proues de vaisseaux , dit Ammieu ". L'aile gauche des légions poussa jusqu'aux chariots; mais, abandonnée de sa cavalerie, elle fut accablée sous le nombre des Barbares qui tombèrent sur elle comme un énorme éboulement de terre \ Les soldats romains s'arrêtent ; serrés les uns
^ Miles fervore calefactus aestivo, siccis faucibus commarceret relucente amplitudine camponim incendiis, quos lignis nutiimentisque aridis snbditis , ut hoc fieret, iidem hostes urebant. (Amm. Marcell., lib. xxxi, c. 12.)
^ Deindè coHisae in modum rostrorum navium acies. (Id., cap. 13. )
^ Sicut ruina a^geris magni oppressum atque dejectura est. (Id. , ibid. )
contre les autres ils manquent d'espace pour tirer l'épée: jamais plus grand danger ne menaça leurs têtes sous un ciel où la splendeur du jour étoit éteinte \
Dans ce chaos, Valens, saisi de frayeur, saute par-dessus des monceaux de morts et se réfugie dans les rangs des lanciers et des matiaires qui se défendoient encore. Les généraux Trajan et Victor cherchent vainement la réserve formée des soldats bataves : les chemins étoient obstrués des cadavres des chevaux et des hommes. L'empereur à l'approche de la nuit , fut tué d'une flèche ; d'autres disent qu'il fut porté blessé avec quelques eunuques dans la maison d'un paysan. Les Goths survinrent ; trouvant cette maison barricadée , et ignorant qui elle renfermoit, ils l'incendièrent ". Valens périt au milieu des flammes. « Il fut brûlé avec une pompe royale , dit Jornandès, par ceux qui lui avoient demandé la vraie foi, et qu'il avoit trompés, leur
^ Diremit haec inimquam pensabilia damna ( quae magno rébus stetere Romanis) nullo splendore lunari nox fulgens. (Id., ibid. )
- Unde quidam de candidatis per fenestram lapsus, captusque à Barbaris prodidit factum, et eos mœrore afflixit, magna gloriâ defraudatos quod Romanse rei rectorem non cepêre superstitem. (Amm. Marcel)., lib. xxxi, cap. 13. )
donnant le feu de la géhenne au lieu du feu de la charité \ »
Les deux généraux Trajan et Sébastien; Yalérien, grand-écuyer; Equitius, maire du palais; Potentius, tribun des Promus; trente-cinq autres tribuns et les deux tiers de l'armée romaine restèrent sur la place. Selon l'auteur déjà cité, l'histoire n'offre point de bataille où le carnage ait été aussi grand, excepté celle de Cannes ".
Les Goths livrèrent l'assaut à Andrinople qu'ils manquèrent: descendus jusqu'à Constantinople, ils admirèrent les édiiices pyramidant au-dessus des murailles qui mettoient la ville à l'abri : leur destin fut de voir Constantinople et de prendre Rome ; entre ces deux bornes le monde civilisé étoit la lice ouverte à leurs courses. Épouvantés de l'action d'un Sarrazin % ils rebroussèrent vers 1 Hémus , forcèrent le pas de Suques et se répandirent sur un pays ferlile jusqu'au pied des Alpes Juliennes. Les lieux d'où s'étoit écoulé cette multitude n'offrirent plus
^ Cum régal i pompa crematus est, haut! secùs quam Dei prorsùs judicio, ut ab ipsis igné comhureretur, quos ipse veram fidem patentes in perfidiam declinasset et ignem charitatis ad gehennac ignem detorsisset. (Jorn., cap. 26.)
^ Ainm. Marcell., ib.
^ J'en parlerai ailleurs.
que l'aspect d'une grève déserte et ravagée, quand le flux , qui avoit apporté des tempêtes et des vaisseaux , s'est retiré.
Libanius composa l'oraison funèbre de Valens et de son armée : « Les pluies du ciel ont effacé M le sang de nos soldats , mais leurs ossements » blanchis sont restés, témoins plus durables de )) leur courage. L'empereur lui-même tomba à la » tête des Romains. N'imputons pas la victoire » aux Barbares ; la colère des dieux est la seule » cause de nos malheurs. » Libanius se souvenoit de Julien.
Ammien, qui termine son ouvrage à la mort de Valens, cherche à rassurer les Romains sur les succès des Goths : il rappelle les différentes invasions des Barbares depuis celle des Cimbres , afin de prouver qu'elles n'ont jamais réussi: cette digression de l'historien montie mieux que tout ce que je vous pourrois dire la frayeur des peuples, et les pressentiments de l'avenir.
Ce même Ammien raconte ( et ce sont presque les dernières lignes de ce soldat grec de la ville d'Antioche, qui écrivoit en latin ses souvenirs dans la ville de Rome), ce même Ammien raconte que le duc Julien, commandant au-delà du Taurus, ordonna, par lettres secrètes, de massacrer à jour fixe et heure marquée les Goths dispersés dans les provinces de l'Asie. « Par ce prudent
» artifice , l'Orient fut délivré sans bruit et sans combat d'un grand danger ^ » La leçon venoit de Mitliridate : elle ne profita ni au royaume de Pont, ni à l'empire romain. Gratien vengea mieux Valeus, en élevant à la pourpre Théodose.
'• Quo consilio prudenti sine strepitu vel morâ completo, orientales pi'ovinciae discriminibus ereptaf; sunt magnis. (Amm. Marcell., lib. xxxi , cap. 16.)