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et écrites .ivec impartialité. M. Guizot est remplacé dans sa chaire par un des jeunes écrivains de notre époque , qui s'annonce avec le plus d'éclat à la France , M. Saint-Marc Girardin ; tant cette France est inépuisable en talents.
M. Sismondi, connu par son Histoire des républiques italiennes^ est un étranger de mérite qui s'est consacré avec un dévouement honorable pour nous à notre histoire. Trop préoccupé, peut-être, des idées modernes , il a trop jugé le passé d'après le présent ; un peu d'humeur philosophique , bien naturelle sans doute, lui a fait traiter sévèrement quelques hommes et quelques règnes ; mais il a vu , un des premiers, le parti que les peuples pouvoient tirer même de leurs crimes. Les élucubrations de ce savant annaliste doivent être lues avec précaution , mais étudiées avec fruit.
D'accord avec les écrivains que je viens de nommer, sur presque tous les faits qu'ils ont redressés flans nos historiens de l'ancienne école , tels que la ressemblance que ces historiens établissoient entre les Francs et les François, le prétendu affranchissement des Communes par Louis le Gros, etc. , il y a pourtant quelques points où je suis forcé de différer de ces maîtres.
L'inexorable histoire repousse les systèmes les plus ingénieux, lorsqu'ils ne sont pas appuyés sur des documents authentiques.
On ])arle comme de la plus grande découverte de l'école moderne d'une seconde invasion des Francs , c'est-à-dire, dune in.vasion des Francs d'Austrasie dans le royaume des Francs de Neustrie; inva-
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sion qui seroit devenue la cause de l'élévation de la seconde race.
Pour avancer une pareille nouveauté , il faut , ce me semble, autre chose que des conjectures. Produit-on des passages inédits, des chartes, des diplômes inconnus jusqu'ici ? Non; rien de positif n'est cité au soutien d'une assertion dont les preuves changeroient les trois première siècles de notre histoire. On est réduit à chercher sur quelle apparence de vérité est appuyé un fait dont toutes les chroniques devroient retentir. Quoi ! une seconde invasion des Francs auroit été tout à coup découverte au dix-neuvième siècle, sans que personne en eût entendu parler auparavant ? Ni les Bénédictins , ni les savants de l'Académie des Inscriptions , ni des hommes comme du Tillet , Duchesne, Baluze, Bignon , Adrien de Valois, ni tous les historiens de France, quelle qu'ait été la diversité de leurs opinions et de leurs doctrines, ni des critiques tels que Scaliger,DuPlessis,Bullet,Bayle, Secousse, Gibert, Fréret, Le Bœuf, ni des publicistes tels que Bodin , Mably , Montesquieu , n'auroient rien vu? cela seul me feroit douter , moi qui ne puis avoir aucune assurance en mes lumières. Il y a cependant trente ans que je lis, la plume à la main, les documents de notre histoire, et je n'ai aperçu aucune trace de l'événement qui auroit produit une si grande révolution.
Toujours prêt à reconnoître la supériorité des autres et ma propre foiblesse , cédant peut-être trop vite aux conseils et aux critiques, je me suis débattu contre moi-même, afin de me convaincre d'une chose que les faits me dénioient. Peppin
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de Hérislal , duc d'Austrasie , conduisant i'armée austrasienne , défait Tierry III, roi de Neustrie, et s'empare de toute l'autorité sous le nom de maire du palais , vers l'an 690. Est-ce cela qu'on auroit qualifié de seconde invasion des Francs ?
Mais depuis l'établissement des Francs dans les Gaules, depuis Kblovigh jusqu'à Peppin, chef de la seconde race , les royaumes des Franks avoient été sans cesse en hostilité les uns contre les autres; effet inévitable du partage de la succession royale, qui se reproduisit sous les descendants de Cliarlemagne. Ainsi s'étoient formés et avoient disparu tour à tour les royaumes de Metz , de Soissons , d'Orléans, de Paris, de Bourgogne, d'Aquitaine. J'ai bien peur qu'on n'ait pris pour une nouvelle invasion des Franks une guerre civile de plus entre les tribus frankes.
Il ne me paroît pas démontré davantage que les Franks d'Austrasie fussent plus nombreux, et eussent mieux conservé le caractère salique que les Franks neustriens. Les Franks de la Neustrie ne s'étendoient guères outre Loire ; le pays au delà de ce fleuve reconnoissoit à peine leur autorité, et ils étoient obligés d'y porter leurs armes : M.Thierry lui-même cite un exemple des ravages passagers qu'ils y commettoient. Qu'avoient , pour le courage et les mœurs des Franks, les cités gallo-romaines situées entre la Somme, la Seine et la Loire, de plus amollissant que celles qui couvroient les rives de la Meuse , de la Moselle et du Rhin ? Paris étoit im misérable village", tandis que Cologne, Trêves , Mayence, Spire, Strasbourg, WormS;, étoient des
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cités fameuses par les monuments dont leurs anciens maîtres les avoient ornées. D'après M. Guizot, les Franks devinrent propriétaires plus promptement dans l'Austrasie que dans la Neustrie ; c'est là que l'on trouve , selon lui , les plus considérables de ces liabitations qui devinrent des châteaux. La remarque est juste; mais ces châteaux n'étoient point Fouvrage des Francks. Les derniers empereurs avoient permis aux sujets et aux citoyens romains de fortifier leurs demeures particulières ; les habitations fortifiées de l'Austrasie , n'étoient que des propriétés anciennement données aux vétérans légionnaires chargés de la défense des rives du Rhin , de ,1a Meuse et de la Moselle , d'où leur étoit venu le nom de Ripuaires . Les Franks neustriens n'étoient ni plus énervés , ni moins braves que leurs compatriotes ; on n'aperçoit dans l'histoire aucune différence entre un Frank de Soissons , de Paris et d'Orléans , et un Frank de Metz , de Mayence et Cologne. Ce furent des Franks neustriens comme des Franks austrasiens qui vainquirent les Arabes à Tours et les Saxons en Germanie, sous les Peppin et sous Charles le Martel. Les rois ou chefs de la JNeustrie parloient le langage germanique comme les rois ou chefs de l'Austrasie ; leurs peuples seuls différoient de langage.
Remarquez enfin que Charles , duc de la Basse- Lorraine, oncle de Louis V, ayant fait hommage à l'empereur Othon de son duché , fut déclaré indigne de régner sur les Franks ; et Charles étoit de la race de Charlemagne. Ce seroit donc les Franks austrasiens qui auroient renié la race qu'ils avoient élevée sur le pavois ; ils auroient choisi un roi
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parmi les Franksneustriens vaincus, pour le mettre à la place d'un chef sorti des Franks austrasiens vainqueurs.
Tels sont nries doutes ; ils expliqueront pourquoi, en admettant relativement aux deux premières races la plupart des opinions de l'école moderne , j'ai rejeté la seconde invasion des Franks. Je suis persuadé que les hommes habiles dont je ne partage pas sur ce point le sentiment , examineront eux-mêmes de plus près un fait d'une nature si grave. Peut-être à leur tour me reprocheront-ils mes hardiesses, quand ils me verront hésiter sur la signification que l'on donne au moi franh , ne me tenir pas bien. assuré qu'il y ait eu jamais une ligue de peuples germaniques connue sous le nom de Franhs , à cause même de leur cou fédération.
Passons aux écrivains de l'école moderne du système Fataliste.
Deux de ces écrivains attirent particulièrement l'attention : unis entre eux du triple lien de l'amitié, de l'opinion et du talent, ils se sont partagé le récit des fastes révolutionnaires;.M. Mignet a resserré dans un ouvrage court et substantiel le récit que M. Thiers a étendu dans de plus larges limites. On trouve dans le premier une foule de traits tels que ceux-ci . « Les révolutions qui emploient beaucoup de chefs » ne se donnent qu'à un seul. » — « En révolution » tout dépend d'un premier refus et d'une première » lutte. Pour qu'une innovation soit pacifique, il » faut qu'elle ne soit pas contestée, car alors, au » lieu de réformateurs sages et modérés , on n'a » plus que des réformateurs extrêmes et inflexi- » blés D une main ils combattent pour dé-
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» fendre leur domination ; de l'autre ils fondent leur » système pour la consolider. »
Le portrait de Danton est supérieurement tracé -. « Danton, dit l'auteur, étoit un révolutionnaire gi-
» gantesque. Danton, qu'on a nommé le
» Mirabeau de la populace, avoit delà ressemblance
» avec ce tribun des hautes classes Ce puis-
» sant démagogue ofFroit un mélange de vices et de » qualités contraires. Quoiqu'il se fût vendu à la » cour, il n'étoit pourtant pas vil , car il est des ca-
» ractères qui relèvent jusqu'à la bassesse Une
)) révolution à ses yeux étoit un jeu où le vainqueur, » s'il en avoit besoin , gagnoit la vie du vaincu. » La lutte de Robespierre contre Camille Desmoulins et Danton, est représentée avec un grand intérêt , et l'historien entremêle son récit des discours et des paroles de ces hommes de sang. Danton , au moment de périr, pesoit ainsi ses destins : « J'aime » mieux être guillotiné que guillotineur ; ma vie » n'en vaut pas la peine , et l'humanité m'ennuie. « On lui conseilloit de partir : « Partir ! est-ce qu'on » emporte sa patrie à la semelle de son soulier. » Enfermé dans le cachot qu'avoit occupé Hébert , il disoit : « C'est à pareille époque que j'ai fait insti- » tuer le tribunal révolutionnaire ; j'en demande » pardon à Dieu et aux hommes ; mais ce n'étoit pas » pour qu'il fût le fléau de l'humanité. » Interrogé par le président Dumas , il répondit : « Je suis » Danton; j'ai trente-cinq ans; ma demeure sera » bientôt le néant. » Condamné, il s'écria : « J'en- » traîne Robespierre, Robespierre me suit. » Ici la terreur a passé dans le récit de l'historien.
L'auteur, parlant de la mort de Robespierre , dit
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« Il faut ;, homme de faction , qu'on périsse par les « échafauds , comme les conquérants par la guerre.» C'est l'éloquence appliquée à la raison.
M. Mignet a tracé une esquisse vigoureuse ; M. Thiers a peint le tableau. Je mettrai particulièrement sous les yeux de mes lecteurs la mort de Mirabeau et celle de Louis XVI , d'autant plus que l'auteur n'ayant pas à représenter des personnages plébéiens, objets de ses prédilections, admire pourtant : la vérité de sa conscience et de son talent l'emporte en lui sur la séduction de son système. Je sens moi-même que , si j'avois à parler comme historien de Mirabeau et de Louis XVI, je serois plus sévère que M. Thiers : je demanderois si tous les vices du premier étoient ceux d'un grand politique , si toutes les vertus du second étoient celles d'un grand roi. « Mirabeau, dit l'auteur, et l'on ne sauroit » mieux dire, Mirabeau , dans cette occasion, frappa » surtout par son audace ; jamais peut-être il n'.avoit » plus impérieusement subjugué l'assemblée. Mais » sa fin approchoit, et c'étoient là ses derniers
» triomphes
» La philosophie et la gaieté se partagèrent ses der- » niers instants. Pâle, et les yeux profondément » creusés , il paroissoit tout différent à la tribune , » et souvent il étoit saisi de défaillances subites. » Les excès de plaisir et de travail , les émo- » tions de la tribune , avoient usé en peu de temps
» cette existence si forte
» Une dernière fois il prit la parole à cinq reprises » différentes , sortit épuisé , et ne reparut plus. Le » lit de mort le reçut'et ne le rendit qu'au Panthéon. » Il avoit exigé de Cabanis qu'on n'appelât pas de
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» médecins ; néanmoins on lui désobéit ; ils trou- » vèrent la mort qui s'approchoit, et qui déjà s'étoit » emparée des pieds : la tête fut la dernière atteinte, » comme si la nature avoit voulu laisser briller son » génie jusqu'au dernier instant.» Un peuple im- » mense se pressoit autour de sa demeure, et en- » combroit toutes les issues dans le plus profond
» silence
» Mirabeau fit ouvrir ses fenêtres : Mon ami , dit-il » à Cabanis , je mourrai aujourd'hui : il neresteplus » qu'à s'envelopper de parfums, qu'à se couronner de » fleurs, qu'à s'environner de musique , afin d'entrer » paisiblement dans le sommeil éternel. Des dou- » leurs poignantes interrompoient de temps en » temps ces discours si nobles et si calmes. Vous » aviez promis , dit-il à ses amis , de m'épargner » des souffrances inutiles. En disant cela, il de- » mande de l'opium avec instance. Gomme on le lui » refusoit, il l'exige avec sa violence accoutumée. » Pour le satisfaire, on le trompe, et on lui » présente une coupe , en lui persuadant qu'elle » contenoit de l'opirjm. Il la saisit, avale le breuvage » qu'il crojoit mortel, et paroît satisfait. Un ins- » tant après il expire. C'étoit le 20 avril 1791.
» L'assemblée interrompt
» ses travaux, un deuil général est ordonné, des » funérailles magnifiques sont préparées. On de- » mande quelques députés. Nous irons tous, s'é- )) crièrent-ils. L'église de Sainte-Geneviève est éri- » gée en Panthéon, avec cette inscription qui n'est » plus à l'instant où je raconte ces faits :