‹ Études; ou, Discours historiques sur la chute de l'Empire romain; la naissance et les progrès du christianisme, et l'invasion des barbares; suivis d'une Analyse raisonnée de l'histoire de FranceChapitre 19 sur 80 · TOME m · texte numérisé non relu

TOME m

nocurtis, Haiflulficurtis, Maris, Niella, Laugrarlus, Alteica , Roclionismons, Sidriinis, Concilio, Buxiiclis , Iiigoaldicurtis. Dans ces villages se trouvoient quelques vassaux de Saint-Riquier, qui possédoiciit des terres à titre de Lénéfices militaires. On voit de plus treize autres villages .sans mélange de tief; et ces villages, dit la notice , sont moins des villages que des villes et des cités.

Le dénombrement des églises, des villes, villages et terres dépendants de Saint-Riquier, présentent les noms de cent clievaliers attachés au monastère . lesquels chevaliers composent à l'abbé, aux t'êtes de Noël, de Pâques et de la Pentecôte, une cour presque royale. En résumé, le monastère possédoit la ville de Saint-Riquier, treize autres villes , trente villages , un nombre infini de métairies, ce qui produisoit un revenu immense. Les olïrandes en argent , faites au tombeau de Saint-Riquier, s'élevaient seules par an à quinze mille six cents livres de poids, près de deux millions numériques de la mounoie d'aujourd'hui. / .>

Khlovigh gratifia l'église de Rhéims de terres dans la Belgique, la Thuringe , Fx^ustrasie , la Septimatnie et l'Aquitaine; il donna de plus, à l'évêque qui l'avoit baptisé , tout l'espace de terre qu'il pourroit parcourir, pendant que lui, Khlovigh, dormiroit après son dîner. L'église de

Besançon étoit une souveraineté ; l'archevêque de cette église avoit pour hommes-liges le vicomte de Besancon , les seigneurs de Salins , de Montfaucon , de Montferrand , de Durnes , de Montbeillard, de Saint-Seine; le comte de lîourgogne relevoit même pour la seigneurie de Gray, de Vesoul et de Ghoye, de l'archevêché de Besançon.

Charlemagne ordonna en 805 , le renouvellement du testament d'Abbon en laveur du monastère de ia Novalaise ; cette charte contient la nomenclature des lieux donnés: M. Lancelot en a recherché la situation ; on peut voir ce document curieux.

11 seroit impossible de calculer la quantité d'or et d'argent , soit momioj'és, soit employés en objets d'arts, qui existoit dans les bas siècles ; elle devoit être considérable , à en juger par l'opulence des églises, par l'abondance incroyable des aumônes et des offrandes, et par la multitude infinie des impôts. Les Barbares avoient dépouillé le monde , et leurs rapines étoient restées dans les lieux où ils s'étoient établis : on sait aujourd'hui qu'une armée féconde les champs qu'elle ravage.

La seule chose à remarquer maintenant sur les richesses du clergé , c'est comment elles servirent à la société , et de quelle autre propriété elles se composèrent.

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Sous les races mérovingiennes et karlovingiennes, le droit de conquête dominoit; les terres ne furent point enlevées au propriétaire par la loi positive, mais le fait se dut mettre et se mit souvent en contradiction avec le droit. Quand un Frank se vouloit emparer du champ d'un Gaulois-Romain , qui l'en pouvoit empêcher ? Lorsque Khlovigh donne à saint Rémi l'espace que le saint pourra parcourir tandis que le roi dormira \ il est clair que le saint dut passer sur des terres déjà possédées qui n'apparteaoient plus à leur ancien propriétaire, lorsque le roi se réveilla. Mais ces terres qui changèrent de possesseurs, ne changèrent point de régime, et c'est sur ce point que toutes les notions historiques ont été faussées.

L'imagination s'est représentée les possessions d'un monastère comme une chose sans aucun rapport avec ce qui existoit auparavant : erreur capitale.

Une abbaye n'étoit autre chose que la demeure d'un riche patricien romain , avec les diverses classes d'esclaves et d'ouvriers attachés au service de la propriété et du propriétaire, avec les villes et les villages de leur dépendance. Le Père Abbé

^ Karle le Martel fit une concession de la même na ture : il dédommageoit le clergé , aux dépens des voisins, des biens qu'il lui avoit pris.

étoit le maître; les Moines, comme les Affranchis de ce Maître , cultivoient les sciences , les lettres et les arts. Les jeux même n'étoient frappés d'aucune différence dans l'extérieur de l'abbaje et de ses habitants ; un monastère étoit une maison romaine pour l'architecture : le portique ou !e cloître au milieu , avec les petites chambres au pourtour du cloître. Et, comme sous les derniers Césars il avoit été permis, et même ordonné, aux particuliers de fortifier leurs demeures, un couvent enceint de murailles crénelées ressembloit à toutes les habitations un peu considérables. L'habillement des moines étoit celui de tout le monde : les Romains , depuis long-temps, avoient quitté le manteau et la toge; on avoit été obligé de porter une loi pour leur détendre de se vêtir à la gothique:, les brajes des Gaulois et la robe longue des Perses étoient devenues d'un usage commun. Les religieux ne nous paroissent aujourd'hui si extraordinaires dans leur accoutrement, que parce qu'il date de l'époque de leur institution.

L'abbaye , pour le répéter, n'étoitdonc qu'une maison romaine ; mais cette maison devint bien de main-morte par la loi ecclésiastique, et acquit par la loi féodale une sorte de souveraineté : elle eut sa justice, ses chevaliers et ses soldats ; petit état complet dans toutes ses

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parties et en même-temps ferme expérimentale, manufacture ( on y faisoit de la toile et des draps) et école.

On ne peut rien imaginer de plus favorable aux travaux de l'esprit et à l'indépendance individuelle, que la vie cénobitique. Une communauté religieuse représentoit une famille artificielle toujours dans sa virilité et qui n'avoit pas, comme la famille naturelle , à traverser l'imbécillité de l'enfance et de la vieillesse : elle ignoroit les temps de tutelle et de minorité, et tous les inconvéniens attachés à l'infirmité de la femme. Cette famille qui ne mouroit point, accroissoit ses biens sans Irs pouvoir perdre, et, dégagée des soins du monde, exerçoit sur lui un prodigieux empire. Aujourd'hui qne la société n'a plus à soufîrir de l'accaparement d'une propriété immobile, du célibat nuisible à la population, et de i'abus de la puissance monacale, elle juge avec impartialité des institutions qui furent sous plusieurs rapports utiles h 1 espèce humaine à l'époque de leur formation.

Les couvents devinrent des espèces de forteresses où la civilisation se mit à l'abri sous la bannière de quelque saint : la culture de la haute intelligence s'y conserva avec la vérité philosophique qui renaquit de la vérité religieuse. La V( rite politique , ou la liberté, trouva un intcr-

prête et un complice clans l'indépendimce du moine qui recherchoit tout , disoit tout et ne craignoit rien. Ces grandes découvertes dont l'Europe se vante, n'auroient pu avoir Heu dans la société barbare, sans l'inviolabilité et le loisir du cloître , les livres et les langues de l'antiquité ne noUvS anroient point été transmis, et la chaîne qui lie le passé au présent , eût été brisée. L'astronomie, l'arithmétique, la géométrie, le droit civil, la physique et la médecine, l'étude des auteurs profanes, la grammaire et les humanités, tous les arts eurent une suite de maîtres non interrompue, depuis les premiers temps de Khlovigh jusqu'au siècle où les universités , elles-mêmes religieuses, firent sortir la science des monastères. Il suffira pour constater ce lait, de nommer Alcuin , Anghilbert, Eghinard , Téghan , Loup de Ferrières , Eric d'Auxerre, Hincmar , Odon de Clunj, Gherbert, Abbon , Fulbert, ce qui nous conduit au règne de Robert , second roi de la troisième race. Alors naissent de nouveaux ordres religieux, et celui de Clunj n'eut plus le beau privilège d'être à peu près l'unique dépôt de l'instruction.

On sait tout ce qui avoit lieu relativement aux livres : tantôt les moines en multiplioient les exemplaires par zèle ou par ordre; tantôt ils en faisoient des copies par pénitence : on

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transcrivoit Tite-Live pendant le carême par esprit de, mortification. Il est malheureusement vrai qu'on gratta des manuscrits pour substituer à un texte précieux , l'acte d'une donation ou quelque élucubration scolastique. On voit dans le catalogue delà bibliotiiéque de l'abbaye de Saint-Riquier, an 831 , des exemplaires de Cicéron, d'Homère et de Virgile. On trouve au dixième siècle, dans la bibliothèque de Rheims, les oeuvres de Jules-César, de Tite-Live, de Virgile et de Lucain. Saint-Bénigne de Dijon possédoit un Horace. A Siint-Benoit sur Loire chaque écolier ( ils étoient cinq mille ) donnoit à ses maîtres deux volumes pour honoraires; à Montierender on niontroit, eu 990, la rhétorique de Cicéron et deux Térence. Loup de Ferrières fit corriger un Pline mal transcrit ; il envo^^a à Rome des Suétone et des Quinte Curce, Dansl'abbayede Fleury on avoit le traité de Cicéron delà République, qui n'a été retrouvé que de nos jours, encore non en entier. Je ne me souviens pas d'avoir vu mentionné dans lescataloarues de ces anciennes bibliothèques de France, un seul Tacite.

La musique, la peinture, la gravure et surtout l'architecture ont des obligations infinies aux gens d'Église. Charlemagne montroit pour la musique le goût naturel que conserve encore aujourd'hui la race germanique : il avoit fait venit des chantres

de Rome; il indiquoit lui-même dans sa chapelle avec le doigt ou avec une baguette, le tour du clerc qui devoit chanter; il marquoit la fin du motet par un son guttural qui devenoit le diapason de la phrase recommençante. Le moine de Saint-Gall raconte qu'un clerc, ignorant les règles établies et obligé de figurer dans un chœur, agi toit la tête circulairement et ouvroit une énorme bouche pour imiter les chantres qui l'environnoient. Gharlemagne garda son sang-froid et fit donner à ce clerc de bonne volonté une livre d'argent pour sa peine.

Il j avoit des écoles de musique : les moines connoissoient l'orgue et les instruments à cordes et à vent. Les séquences de la messe étoient fameux au dixième siècle; on y poussoit le son à toute l'étendue de la voix ; ils produisoieut des effets si extraordinaires qu'une femme en mourut de ravissement et de surprise. Les séquences , dorigine barbare , portoient le nom de Frigdora.

L'art de graver sur pierres précieuses, n'étoit pas' perdu au huitième et au neuvième siècle : deux chanoines de Sens , Bernelin et Bernuin , construisirent une table d'or ornée de pierreries et d inscriptions ; Heldric, abbé de Saint-Germain d'Auxerre, peignoit ; Tutilon , moine de Saint- Gall , exerçoit à Metz l'art de graveur et de sculpteur. L'architecture dite Lombarde se rattache à

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l'époque religieuse de Charlemagne: le moine de Gozzeétoltun habilearchitectedu dixième siècle. Plus tard , l'architecture que nous appelons mal à propos gothique dut en majeure partie sa gloire, dansle douzième et letreizième siècle, à des clercs, des abbés, des moines et des hommes affiliés aux ' établissements ecclésiastiques. Hugues Libergier et Robert de Coucy, maître de Notre-Dame et de Saint-Nicaise de Rheims, a voient fourni, les plans et dirigé la construction de l'église métropole de cette ville ainsi que de l'église de Saint- JNicaisc, admirable édifice détruit par les Barbares du dix-huitième siècle. Avoun al Rascheld, ami et contemporain de Charlemagne, aimoit et protégeoit comme lui les sciences et les arts; mais les lettres ont péri dans le moyen âge du mahométisme, et elles se sont rajeunies et renouvelées dans le moyen âge du christianisme.

Le corps du clergé étoit constitué de manière ^ favoriser le mouvement progresseur : la loi romaine qu'il opposoit aux coutumes absurdes et arbitraires, les affranchissements qu'il ne cessoit décommander, les inununités dont ses vassaux jouissoient , les excommunications locales dont il frappoit certains usages et certains tyrans, étoient en harmonie avec les besoins de la foule. 11 est vrai <ju en ce faisant , les prêtres avoient pour objet principal l'augmentation de leur puis-

sance, mais cette puissance etoit elle-même plébéienne; ces libertés, réclamées au nom des peuples, ne leur étoientpas incessamment données, mais elles répandoient dans la société des idées qui s'y dévoient développer et tourner au profit de l'espèce humaine.

Le clergé régulier étoit encore plus démocratique que le clergé séculier. Les ordres mendiants avoient des relations de sympathie et de famille avec les classes inférieures; vous les trouvez partout à la tête des insurrections populaires : la croix à la main , ils meuoient les bandes des pastoureaux dans les champs, comme les processions de la Ligue dans les murs de Paris. En chaire ils exaltoient les petits devant les grands et rabaissoient les grands devant les petits; plus les siècles étoient superstitieux, plus il y avoit de cérémonies, p)us le moine avoit d'occasions d'expliquer ces vérités de la nature déposées dans lEvangile : il étoit impossible qu'à la longue, elles ne descendissent pas de l'ordre religieux dans l'ordre politique. La milice de saint François se multiplia , parce que le peuple s'y enrôla en foule ; il troqua sa chaîne contre une corde , et reçut de celle-ci l'indépendance que celle-là lui ôtoit ; il put braver les puissants de la terre, aller avec un bâton, une barbe sale, des pieds crottés et nus, faire à ces terribles chàte-

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lains d'outrageantes leçons. Le maître, intérieurement indigné, étoit obligé de subir la réprimande de son homme de poeste transformé en ijigéiiu par cela seul qu'il avoit changé de robe. Le capuchon afïranchissoit plus vite encore que le heaume, et la liberté rentroit dans la société par des voies inattendues. A cette époque le Peuple se lit Prêtre, et c'est sous ce déguisement qu'il -le faut chercher.

Enfin, on s'est élevé, avec raison , contre les richesses de l'Eglise qui possédoit la moitié des propriétés de la France; mais, pour rester dans la vérité historique , il eût été juste de remarquer que les deux tiers au moins de ces immenses richesses, étoient entre les mains de la partie plébéienne du clergé. J'insiste sur ce mot ^/eT'e/c/z , parce qu'en développant tout ce qu'il renferme , on arrive à une nouvelle vue, et une vue très-exacte, d'un sujet jusqu'ici mal compris et mal représenté.

L'esprit d'égalité et de liberté de la république chrétienne avoit passé dans la monarchie de l'Eslise. Cette monarchie étoit élective et représentative; tous les chrétiens , même laïques , quel que fût leur rang, pouvoient arriver, en vertu de l'élection , à la première dignité. La papauté n'étoit qu'une souveraineté viagère; en certains cas même les conciles généraux pou-

voient déposer le souverain, et en choisir un autre; il en étoit ainsi des évêques élus primitivement par la communauté diocésaine.

Il arriva donc que le suprême pontife étoit très-souvent un homme sorti de la dernière classe sociale; tribun -dictateur que le peuple envoyait pour mettre le pied sur le cou de ces rois et de ces nobles , oppresseurs de sa liberté : Grégoire VII qui réduisit en pratique la théorie de cette souveraineté , et qui exerça dans toute sa rigueur son mandat populaire , étoit un moine de néant ; Boniface Vlil , qui déclaroit les papes compétents à ravir et à donner les couronnes , étoit un obscur légiste; Sixte V, qui approuvait le régicide, avoit gardé les pourceaux. Aujourd'hui même, après tant de siècles, cet esprit d'égalité n'est point altéré : il est rare que le souverain pontife soit tiré des grandes familles italiennes : un prêtre parvient au cardinalat; son frère, petit marchand, illumine sa boutique à Rome , en réjouissance de l'élévation de son frère. Le pape futur né dans le sein de l'égalité , entroit dans le cloître où il retrouvoit une autre sorte d'égalité mêlée à la théorie et à la pratique de l'obéissance passive : il sortoit de cette, école avec l'amour du nivellement et la soif de la domination.

Pour expliquer la puissance temporelle du saint-

2Hfi ANALYSE HAISONNEE

siège, ou est allé chercher des raisons d'ignorance et de rehgioii , <[ui sans doute contribuèrent à l'augmenter, mais qui n'en étoient pas l'unique source : les papes la tenoient cette })uissanre de la liberté républicaine; ils représentoient en Europe la vérité politique détruite presque partout; ils furent dans le monde gothique les défenseurs des iranchises populaires, La querelle du sacerdoce etde l'empire, est la lutte des deux principes sociaux au moyen âge, le pouvoir et la liberté : les Guelfes étoient les démocrates du temps, les Gibelins les aristocrates. Ces trônes déclarés vacants et livrés au premier occupant; ces empereurs qui venoient à genoux implorer le pardon d'un poutife; ces royaumes mis en interdit; ces églises fermées et une nation entière privée de culte par un mot magique; ces souverains frappés d'anathème, abandonnés non-seulement de leurs sujets, mais encore de leurs serviteurs et de leurs proches ; ces princes évités comme des lépreux , séparés de la race mortelle en attendant leur retranchement de 1 éternelle race; les aliments dont ils avoient goûté , les objets qu'ils avoient touché passés à travers les flammes ainsi que choses souillées : tout cela n'étoit que les effets énergiques de la souveraineté populaire déléguée à la religion , et par elle exercée.

La papauté marchoit alors à la tête de la

civilisation et s'avançoit vers le but de la société générale. Et commentées monarques sans sujets, sans armées, fugitifs même et persécutés lorsqu'ils îançoient leurs foudres; comment ces souverains trop souvent sans mœurs, quelques-uns couverts de crimes, quelques autres ne croyant pas au dieu qu'ils servoient ; comment auroient-ils pu détrôner les rois avec unmoine, une parole, une idée, s'ils n'eussent été les chefs de l'opinion? Comment, dans toutesles régions du globe, les hommes chrétiens auroient-ils obéi à un prêtre dont le nom leur étoit à peine connu , si ce prêtre n'eût été la personnification de quelque vérité fondamentale? Aussi les papes ont-ils été maîtres de tout, tant qu'ils sont restés Guelfes ou démocrates; leur puissance s'est afïoiblie , lorsqu'ils sont devenus Gibelins ou aristocrates. L'ambition des Médicis fut la cause de cette révolution : pour obtenir la thiare ils favorisèrent en Italie les armes impériales, et trahirent le parti populaire : dès ce moment l'autorité papale déclina , parce qu'elle avoit menti à sa propre nature, abandonné son principe de vie. Le génie des arts masqua d'abord aux yeux de la foule cette défaillance intérieure; mais les chefs-d'œuvre de Raphaël et de Michel- Ange, qui s'etfacent sur les murs du Vatican, n'ont point remplacé le pouvoir dont ies papes se dépouillèrent en déchirant leur contrat primitif.

288 ANALYSE RAISONNEE, ETC.

C'est la même tendance à un faux pouvoir qui perdit la royauté sous Louis XIV : cette royauté , qui jusqu'au règne de Louis XIII s'étoit mélangée des libertés publiques , crut augmenter sa puissance en les étouffant , et elle se frappa au cœur. Les arts vinrent aussi embellir l'envahissement de nos franchises nationales : le Louvre du grand roi est encore debout comme le Vatican , mais par quels soldats a-t-il été pris et est^il gardé ?

ANALYSE RAISONNEE

DE

DEPUIS LE RÈGNE DE KLOVIGH JUSQU'A CELUT DE PHILIPPE VI, DIT DB VALOIS.

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