‹ Études; ou, Discours historiques sur la chute de l'Empire romain; la naissance et les progrès du christianisme, et l'invasion des barbares; suivis d'une Analyse raisonnée de l'histoire de FranceChapitre 18 sur 80 · TOME III · texte numérisé non relu

TOME III

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Om loLiOLivo à la cour des lois tics deux prcinlcres races, les charges et les dignités de la cour des Césars , ducs , comtes , chanceliers , référendaires, caniériers, domestiques, connétables, grands-maîtres du palais: Gharm'agne seul garda la première simplicité des Franks; ses devanciers , et ses successeurs afi'ectèrent la magnificence romaine. On voit auprès de lilovigli le Débonnaire, Ilérold le Danois portant une chlamjde de pourpre, ornée de pierres précieuses et d'une broderie d'or; sa femme, par les soins de la reine Judith, revêt une tunique également brodée d'or et de pierreries; un diadème couvre son front et un long collier descend sur son sein. La reine danoise , il est vrai, a aussi des cuissards de mailles d'or et de perles , et un capuchon d'or retombe sur ses épaules : ce sont des sauvages se parant à leur fantaisie dans le vestiaire d'un palais. Dans une châsse brillante, l'enfant Kar]e(Karle le Cliauve) frappe de ses petites armes une biche que lui ont ramenée ses jeunes compagnons : Virgile ne disoit pas mieux d'Ascagne.

Les Capitulaires de Charlemagne, relatifs à la législation civile et religieuse, reproduisent à peu près ce que l'on trouve dans les lois romaines et dans les canons des conciles; mais

ceux qui concernent la législation domestique sont curieux par le détail des mœurs.

Le Capitulaire de Villls fisci se compose de soixante -dix articles, vraisemblablement recueillis de plusieurs autres Capitulaires.

Les intendants du domaine sont tenus d'amener au palais où Gharlemagne se trouvera le jour de la Saint-Martin d'hiver, tous les poulains de quelque âge qu'ils soient , afin que l'empereur, après avoir entendu la messe, les passe en revue.

On doit au moins élever dans les basses-cours des principales métairies cent poules et trente oies.

Il y aura toujours dans ces métairies, des moutons et des cochons gras , et ou moins deux bœufs gras , pour être conduits , si besoin est , au palais.

Les intendants feront saler le lard ; ils veilleront h la confection des cervelas, des andouilles, du vin , du vinaigre, du sirop de mûres, de la moutarde, du fromage , du beurre , de la bière, de l'hydromel , du miel et de la cire.

Il faut , pour la dignité des maisons royales , que les intendants y élèvent des laies , des paons, des faisans , des sarcelles, des pigeons, des perdrix et des tourterelles.

Les colons des métairies fourniront aux ma-

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nufactures de l'empereur du lin et de la laine , du pastel, de la garance , du vermillon , des instruments h carder, de l'huile et du savon.

Les intendants défendront de fouler la vendange avec les pieds : Charlemagne et la reine, qui commande également dans tous ces détails, veulent que la vendange soit très-propre.

Il est ordonné , par les articles '59 et 65 , de vendre au marché , au profit de l'empereur , les œufs surabondants des métairies et les poissons des viviers.

Les chariots destinés à l'armée doivent être tenus en bon état, les litières doivent être couvertes de bon cuir et si bien cousues, qu'on puisse s'en servir au besoin comme de bateaux pour passer une rivière.

On cultivera dans les jardins de l'empereur et de l'impérarice toute sortes de plantes, de légumes et de (leurs : des roses , du baume , de la sauge, des concombres, des haricots, de la laitue, du cresson alenois, de Ja menthe romaine, ordinaire et sauvage, de fherbe aux chats, des choux, des oignons, de l'ail et du cerfeuil.

C'était le restaurateur de l'empire d'Occident, le fondateur des nouvelles études , l'homme qui du milieu de la France, en étendant ses deux bras , arrêtait au nord' et au midi les der-

nières armées d'une invasion de six siècles , c'était Charlemagne enfin qui faisait vendre au marché les œufs de ses métairies et réglait ainsi avec sa femme ses affaires de ménage.

Quand je parlerai de la chevalerie , je montrerai qu'on en doit rattacher Torigine à la seconde râpe, et que les romanciers du onzième siècle en transformant Charlemagne en chevalier, ont été plus fidèles qu'on ne l'a cru à ïa vérité historique.

Les Gapitulaires des rois francs jouirent de la plus grande autorité : les papes les observaient comme des lois ; les Germains s'y soumirent jusqu'au règne des Othons , époque h laquelle les peuples au-delà du Rhin, rejetèrent le nom de Franks qu'ils s'étoient glorifiés de porter. Karle le Chauve, dans i'édit de Pitres (chap. 6), nous apprend comment se dressoit le Capitulaire. «La » loi , dit ce prince, devient irréfragable par le » consentement de la nation et la constitution » du roi. » La publication des Capitulaires, rédigés du consentement des assemblées nationales , étoit faite dans les provinces par les évêques et par les envoyés royaux , missi dominici.

Les Capitulaires furent obligatoires jusqu'au temps de Philippe-le-Bel : alors les Ordonnances les remplacèrent. Rhenanus les tira de l'oubli

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en 1531 : ils avoient été recueillis incomplètement en deux livres, par Angesise , abbé de Fontenelles (et non pas de Lobes), vers l'an 827. Benoît , de l'église de Mayence , augmenta cette collection en 845, La première édition imprimée des Capitulaircs, est de Yitus; elle parut en I 545.

Les assemblées générales où se traitoient les affaires de la nation , avoient lieu deux fois l'an partout où le roi ou l'empereur les convoquoit. Le roi proposoit l'objet du Capitulaire : lorsque le temps étoit beau , la délibération avoit lieu en plein air, sinon on se retiroit dans des salles préparées exprès. Les évoques , les abbés et les clercs d'un rang élevé , se réunissoient à part; les comtes et les principaux chefs militaires de même. Quand les évêques et les comtes le jugeoient à propos, ils siégeoient ensemble, et le roi se rendoit au milieu d'eux ; le peuple étoit forclos , mais après la loi faite on l'appeloit à la sanction ( Hincmar. Hunold. ) : la liberté individuelle du Franck se cliangeoit peu à peu en liberté politique, de ce genre représentatif inconnu des anciens. Les assemblées du huitième et du neuvième siècle étoient de véritables Etats tels qu'ils reparurent sous Saint-Louis et Philippe le Bel ; mais les Etats des Karlovingiens avoient une base plus large, parce

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qu'on étoit plus près de rindépendance primilive des Barbares : le peuple existoit encore sous les deux premières races; il avoit disparu sous la troisième pour renaître par les serfs et les bourgeois.

Cette liberté politique karlovingieune perdit bientôt ce qui lui restoit de populaire : elle devint purement aristocratique, quand la division croissante du royaume priva de toute force la royauté.

La justice, dans la monarchie franke, étoit administrée de la manière établie par les Romains; mais les rois chevelus, afin d'arrêter la corruption de cette justice, instituèrent les missi dominici j sorte de commissaires ambulants qui tenoient des Assises, rendoient des arrêts au nom du souverain, et sévissoient contre les magistrats prévaricateurs. Quand il s'agira de la léodalité et des parlemens, je montrerai comment la source de la justice chez les peuples modernes , fut autre que la source de la justice chez les Grecs et les Latins.

Sous les successeurs de Charlemagne se déclare la grande révolution sociale qui changea le monde antique dans le monde féodal; second pas de la liberté générale des hommes, ou passage de Yesclavng'e au sen^age. J'expliquerai en son lieu cette mémorable transformation.

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Charlemagne , comme tous les grands hommes, par l'attraction naturelle du génie, concentra l'administration et le mouvement social en sa personne ; h sa mort l'unité disparut : ses contemporains, qui avoient vu son empire, en déplorèrent la division.

Alexandre n'ayant point de famille livra à ses capitaines, comme h ses enfants, les débris de sa conquête : en quittant la Macédoine il ne s'étoit réservé que l'espérance; en quittant la vie il ne garda que la gloire. Charlemagne n'étoit point dans la même position : il commençoit un monde; Alexandre en finissoit un. Charlemagne partagea son empire entre ses trois fils; ses lils le morcelèrent entre les leurs. En 888, à la mort de Karle le Gros, il y avoit déjà sept royaumes dans la monarchie du lils de Karle le Martel : le royaume de France, le royaume de Navarre, le royaume de Bourgogne cis-jurane , le royaume de Bourgogne trans-jurane , le royaume de Lorraine, le royaume d'Allemagne , le royaume d'Italie. Karle le Chauve établit l'hérédité des bénéfices. « Si après notre mort, dit-il, quelqu'un w de nos Fidèles a un fils ou tel autre pa-

» rent qu'il soit libre de lui trans-

» mettre ses bénéfices et honneurs comme il » lui plaira. » Ce n'étoit que changer le fait en

droit, car les ducs, comtes et vicomtes, relenoient déjà les châteaux, villes, et provinces dont ils avoient reçu le commandement. A la fin du neuvième siècle, vingt-neuf liefs ou souverainetés aristocratiques se trouvoient établis. Un siècle après, à la chute de la race Karlovingienne, le nombre s'en ctoit accru jusqu'à cinquante-cinq. A mesure que ces petits états féodaux se multiplioient, les grands états monarchiques diminuoient : les sept royaumes existants du temps de Karle le Gros, étoient réduits à quatre, lorsque Hugues Capet reçut la couronne.

Les fiefs usurpés donnèrent naissance aux maisons aristocratiques que l'on voit s'élever à cette époque : alors les Barbares substituèrent à leurs noms germaniques et ajoutèrent à leurs prénoms chrétiens les noms des domaines dans lesquels ils s'étoient impatronisés. Les noms propres de lieux, ont précédé les noms propres d'individus : le Sauvage donne à sa terre une dénomination tirée de ses accidents, de ses qualités, de ses produits, avant de prendre luimême une appellation particulière dans la famille commune des hommes ; un globe pourroit avoir une géographie et n'avoir pas un seul habitant.

I^ gentilhomme proprement dit, dans le

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sens où nous entendons ce mot aujourd'hui, commença (le paroît.re vers la (in de la seconde race. La noblesse titrée, que Constantin mit à la place du patiMciat, s'infiltra chez les Franks par leur mélanj^e avec les générations romaines, par les emplois qu'ils occupèrent dans l'empire , par 1 influence que les vaincus civilisés exercèrent dans l'intimité du foyer sur leurs vainqueurs agrestes.

Dans les autres parties de l'Europe la même cause agit, les mêmes faits s'accomplissent : le monarque n'est plus que le chef de nom d'une aristocratie religieuse et politique dont les cercles concentriques se vont resserrant autour de la couronne; dans chacun de ces cercles s'inscrivent d'autres cercles qui ont des centres propres à leur mouvement : la royauté est l'axe autour duquel tourne cette sphère compliquée , république de tyrannies diverses.

L'Eglise eut la principale part à la création de ce système ; e.lle avoit atteint le complément de ses institutions dans la période que les deux premières races mirent à s'écouler ; elle avoit saisi l'homme dans toutes ses facultés : aujourd'hui même on ne peut jeter les regards autour de soi , sans s apercevoir que le monde extraordinaire d'où nous sommes sortis , étoit presqu'entière-

ment l'ouvrage de la religion et de ses ministres.

Les précédentes études nous ont montré le christianisme avançant à travers les siècles, changeant non de principe mais de moyen d'âge en âge, se" modifiant pour s'adapter aux modifications successives de la société, s'accroissant par les persécutions et s'élevant quand tout s'abaissoit. L'Eglise ( qu'il faut toujours bien distinguer de la Communauté chrétienne, mais qui étoit la forme visible de la foi et la constitution politique du christianisme) l'église s'organisoit de plus en plus: ses milices s'étoient portées d'Orient en Occident; Benoît avoit fondé au mont Cassin son ordre célèbre.

Le long usage des conciles avoit rendu ceux-ci plus réguliers; on les savoit mieux tenir, on connoissoit mieux leur puissance. Sur les conciles se modelèrent les corps délibérants des deux premières races, et les prélats, qui dans la société religieuse représentoient les Grands, furent admis au même rang dans la société politique. Les évêques se trouvèrent tout naturellement le premier ordre de l'état, par la raison qu'ils étoient à la tête de la civilisation par l'intelligence. Les preuves de la considération et de l'autorité des évêques sous les races Mérovingienne et Karlovingienne sont partout.

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La composition pour le meurtre d'un évêque dans la loi salique est de neuf cents sous d'or, tandis que celle du meurtre d'un Frank n'est que de deux cents sous; on peut tuer un Romain convive du roi pour trois cents souS et un antrustion pour six cents.

Un des premiers actes deKhlovigh est adressé aux évêqucs et abbés , aux hommes illustres les magnifiques ducs, etc. , omnibus episcopis , abbatibus , etc. Kblotber fait la même chose en 516.

Guntran et Khilpéric s'en remettent de leurs différends au jugement deseVe^^^e^et des anciens du peuple; ut quidquid sacerdotes vel seniores populi Judicarent.- Guntran et Khildebert se soumettent à la médiation des prêtres : mediantibus sacerdotibus (588). Khlother II assemble les êvêques de Bourgogne pour délibérer sur les affaires de l'Etat et le salut de la patrie : ciun pontijices et universi proceres re-

g7ii sui pro utilltate regiâ et salute patriœ

conjunxissent (627).

Lss évêques sont toujours nommés les premiers dans les diplômes; aucune assemblée où l'on ne les voie paroître: ils jugent avec les rois dans les plaids , et leur nom est placé au bas de l'arrêt immédiatement après celui du roi ; ils sont souverains de leurs villes épiscopales; ils ont la justice; ils battent monnaie; ils lèvent des impôts et

des soldats: Savarik, évêque d'Aiixerre, s'empara de rOrléanois , du Nivernois, des territoires de Tonnerre, d'Avalon et de Troyes, et les unit à ses domaines. Le prêtre, dans le camp, s'appeloit ïabbé des armées.

L'unité de 1 Eglise , qui s'étoit établie par la doctrine, prit une nouvelle force par la création du temporel de la cour de Rome. Une fois la papauté portant couronne , son influence politique augmenta; elle traita d'égale à égale avec les maîtres des peuples. Aussi voit-on les pontifes signer au testament des rois, approuver ou désapprouver le partage des royaumes, parvenir enfin à cet excès d'autorité, qu'ils disposoient des sceptres et forcoient les empereurs à leur venir baiser les pieds. Et cependant cette puissance sans exemple sur la terre n'étoit qu'une puissance d'opinion, puisque les papes qui imposoient leur tiare au monde , étoient à peine obéis dans la ville de Rome.

Les successeurs de saint Pierre étant montés au rang de souverains , il en fut de même des évêques ; la plupart des prélats en Allemagne étoient des princes : par une rencontre naturelle mais singulière , lorsque l'empire devint électif les dignités devinrent héréditaires ; l'élu fut amovible, l'électeur inamovible.

Le grand nom de Rome, de Rome tombée

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aux mains des papes , ajouta l'autorité k leur suprématie en l'environnant de l'illusion des souvenirs: Rome , reconnue des Barbares euxmêmes pour l'ancienne source de la domination, parut recommencer son existence, ou continuer la ville éternelle.

La cour théocratique donnoit le mouvement à la société universelle : de même que les fidèles étoient partout, l'Eglise étoit en tous lieux. Sa hiérarchie, qui commençoit à l'évêque etremontoit au souverain pontife, descendoit au dernier clerc de paroisse, à travers le prêtre, le diacre, le sous-diacre, le curé et le vicaire. En dehors du clergé séculier, étoit le clergé régulier; milice immense qui , par ses constitutions , embrassoit tous les accidents et tous les besoins de la société laïque : il y avoit des ecclésiastiques et des moines pour toutes les espèces d'enseignements ou de souffrances. Le prêtre célibataire de l'unité catholique ne se refusa point, comme le ministre marié séparé de cette communion, aux calamités populaires; il devoit mourir dans un temps de peste en secourantles pestiférés; il devoit mourir dans un temps de guerre en défendant les villes et en montant à cheval, malgré l'interdiction canonique; il devoit mourir en se portant aux incendies; il devoit mourir pour le rachat des captifs : à lui étoient confiés

le berceau et la tombe; l'enfant qu'il élevoit ne pouvoit, lorsqu'il ëtoit devenu homme , prendre uue épouse que de sa main. Des comîiiunautés de femmes remplissoient envers les femmes les mêmes devoirs : puis veno-it la solitude des cloîtres pour les grandes études et les grandes passions. On conçoit qu'un système religieux ainsi lié à l'humanité devoit être l'ordre social même.

Les richesses du clergé , déjà si considérables sous les empereurs romains qu'on avoit été obligé d'y mettre des bornes , continuèrent de s'accroître jusqu'au douzième siècle, bien qu'elles fussent souvent attaquées, saisies et vendues dans les besoins urgents de l'état. Le monastère de Saint-Martin d'Autun possédoit, sous les Mérovingiens, cent mille manses ; la manse étoit un fonds de terre dont un colon se pouvait nourrir avec sa famille et payer le cens au propriétaire. L'abbaye de Saint-Riquier, plus riche encore, nous montre ce que c'étoit qu'une ville de France au neuvième siècle.

Héric, en 831 , présenta à Hlovigh le Débonnaire , l'état des biens de la susdite abbaye. Dans la ville de Saint-Riquier, propriété des moines, il y avoit deux mille cinq cents manses de sécuhers; chaque manse payoit douze deniers, trois setiers de froment, d'avoine et de fèves,

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quatre poulets et trente œufs. Quatre moulins dévoient six cents muits de grain mêlé, huit porcs et douze vaches. Le marché , chaque semaine , foarnissoit quarante sous d'or, et le péage vingt sous d'or. Treize fours produisoient chacun par an , dix sous d'or, trois cents pains et trente gâteaux dans le temps des Litanies. La cure de Saint-Michel donnoit un revenu de cinq cents sous d'or, distribués en aumônes par les frères de l'abbaye. Le casuel des enterrements des pauvres et des étrangers étoit évalué , année courante, à cent sous d'or, également distribués en aumônes. L'abbé partageoit chaque jour aux mendiants cinq sous d'or; il nourrissoit trois cents pauvres, cent cinquante veuves et soixante clercs. Les mariages rapportoient annuellement vingt livres d'argent pesant, et le jugement des procès soixante-huit livres.

La rue des Marchands ( dans la ville de Saint- Riquier) devoit à l'abbaje, chaque année, une pièce de tapisserie de la valeur de cent sous d'or, et la rue des Ouvriers en fer, tout le ferrement nécessaire à l'abbaye ; la rue des Fabricants de boucliers étoit chargée de fournir les couvertures de livres ; elle relioit ces livres et les cousoit , ce qu'on estimoit trente sous d'or. La rue des Selliers procuroit des selles à l'abbé et aux frères ; la rue des Boulangers délivroit cent

pains hebdomadaires; Ja rue des Ecuyers étoit exempte de toute charge (P^iciis Servientium par omjiia liber est ) ; la rue des Cordonniers munissoit de souliers les valets et les cuisiniers de l'abbaye; la rue des Bouchers étoit taxée chaque année, à quinze setiers de graisse; la rue des Foulons confectionnoit les sommiers de laine pour les moines, et la rue des Pelletiers les peaux qui leur étoient nécessaires; la rue des Vignerons donnoit par semaine seize setiers de vin et un d'huile ; la rue des Gabaretiers , trente setiers de cervise (bière) par jour ; la rue des Cent àxK. Milites , Chevaliers, devoit entretenir pour chacun d'eux un cheval , un bouclier, une épée , une lance, et les autres armes.

La chapelle des nobles otroyoit chaque année douze livres d'encens et de pa.rfum; les quatre chapelles du commun peuple {popidi vulgaris) payoient cent livres de cire et trois d'encens. Les oblations présentées au sépulchre de Saint- Riquier, valoient par semaine deux cents marcs ou trois cents livres d'argent.

Suit le bordereau des vases d'or et d'argent des trois églises de Saint -Riquier, et le catalogue des livres de la bibliothèque. Vient la liste des villages de Saint-Riquier, au nombre de vingt : Buniac, Vallès, Drusiac, Neuville, Gaspanne , Guibrantium , Bagarde , Cruticelle, Croix , Civi-

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