‹ Études; ou, Discours historiques sur la chute de l'Empire romain; la naissance et les progrès du christianisme, et l'invasion des barbares; suivis d'une Analyse raisonnée de l'histoire de FranceChapitre 21 sur 80 · TOME in · texte numérisé non relu

TOME in

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Louis XIV impose la monarchie Absolue que détruit la monarchie Constitutionnelle ou Représentative de Louis XVL

Les faits de la monarchie purement Féodale sont : la formation même et le caractère de ce gouvernement, le mouvement insurrectionnel et railranchissement des Communes , la conquête de l'Ani^leterre par les Normands, les croisades extérieures et intérieures, et la querelle du sacerdoce et de l'empire.

La monarchie des Trois états et du Parlement, voit naître les lois générales civiles et politiques, l'administraiion et la petite propriété; elle voit les démêlés de Philippe le Bel avec le pape , la destruction de l'ordre des Templiers , l'avènement au trône de la double lignée des Valois, la longue rivalité <le la France et de l'Angleterre avec tous ses événements et tous ses malheurs, la destruction delà première haute noblesse, le soulèvement des paysans et des bourgeois, les troubles des Trois états, l'établissement de l'impôt régulier et des troupe sohiées, la séparation du Parlement des conseils du roi par la création du conseil d'Etat, l'extinction des deux maisons de Bourgogne, la réunion successive des grands fiefs à la couronne, les guerres d'Italie, les changements dans les lois, les mœurs , ia langue, les usages et les armes. Les lettres renaissent;

les grandes découvertes s'accomplissent ; Luther paraît; les guerres de religion éclatent; les Bourbons arrivent à la couronne; la monarchie des Etats et la constitution aristocratique expirent sous Louis XIIL Le parlement en garde les traditions à travers la monarchie absolue.

La courte monarchie Absolue de Louis XIV se compose de la gloire de ce prince, de la honte de Louis XV et de l'intrusion des idées dans l'ordre social comme faits.

La monarchie Constitutionnelle ou Représentative a pour accidentsle jugement de Louis XVI, le passage de la République à l'Empire, de l'Empire à la Restauration, et de la Restauration à la monarchie Républicaine, si ces deux mots se peuvent allier.

Je ne prétends pas établir ici des divisions tranchées, commençant tout juste à telle date, finissant tout juste à telle autre; les choses sont plus mêlées dans la société : les siècles s'élèvent lentement à l'abri des siècles; les mœurs nouvelles, au milieu des anciennes mœurs, sont comme les jeunes générations qui grandissent sous la protection des vieilles générations dont elles sont sorties. Ainsi Louis le Gros n'a point affranchi les Communes dans le sens absolu du mot; il y avoit des Communes Ijbres et des communes insurgées avant qu'il leur octroyât des

t'iiartcs; mais c'est à partir do son règne que les afiVanchissements se multiplient tant par la couronne rpie par les seigneurs : ainsi Philippe le Bel n'a pas appelé le premier le Tiers-Etat aux délibérations publiques; avant lui plusieurs rois avoient convoqué des assemblées de notables, et particulièrement le roi saint Louis; mais depuis Philippe le Bel, en 1303, jusqu'à Louis XIII, en 1614, on trouve une série de convocations d'Etats, qui n'est guère interrompue que vers la fin du quatorzième siècle.

J'en dis autant des autres divisions que je n'adopte que comme une formule historique , propre à servir de layette ou de case aux faits et d'aide à la mémoire. Je sais tout aussi bien que personne , que la monarchie Féodale ne tombe pas quand la monarchie des Etats et du Parlement s'élève; loin de là , elle est à son apogée ; elle descend ensuite pendant tout le quatorzième siècle , et se vient abîmer sous Charles VII.

HUGUXS CAPET

> De 987 à 996.

Il faut dire de la royauté de Hugues Capet ce que j'ai dit de celle de Peppin : il n'y eut point usurpation parce qu'il y avoit élection; la légitimité étoit un dogme inconnu. Charles, duc de

la Basse-Lorraine, tils de Louis d'Outre-Mer et oncle de Louis V, le dernier des Karlovingiens , iut un prétendant que repoussa la majorité des suOVages : voilà tout. Il prit les armes, s'empara de la ville de Laon , mais l'évêque de cette ville la livra h Hugues Capet ( 2 avril 991 ). Charles, mort en prison , laissa deux fils qui ne régnèrent point et auxquels on ne pensa plus.

Mais dans la personne de Hugues Capet s'opère une révolution importante; la monarchie élective devient héréditaire; en voici la cause immédiate qu'aucun historien, du moins que je sache, n'a encore remarquée : le sacre usurpa le droit délection.

Les six premiers roi de la troisième race firent sacrer leurs fils aînés de leur vivant. Cette élection religieuse remplaça l'élection politique, affermit le droit de primogéniture et fixa la coui^onne dans la maison de Hugues Capet. Phihppe Auguste se crut assez puissant pour n'avoir pas besoin durant sa vie de présenter au sacre son fils Louis VHI; mais Louis VHI, près de mourir, s'alarma, parce qu'il laissoit en bas âge son fils Louis IX qui n'étoit pas sacré : il lui fit prêter serment par les seigneurs et les évêques; non content de cela , il écrivit une lettre à ses sujets, les invitant à reconnoître pour roi son fils aîné. Tant de précautions font voir que

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239 ans n'avoient pas suffi à la confirmation de l'hérédité absolue, et de l'ordre de primot^éniture dans la monarcliie capétienne. Le souvenir même du droit d'élection se perpétuoit dans une lormule du sacre : on demandoit au peuple présent, s'il consentoit à recevoir le nouveau souverain.

Lorsque la couronne échut en litçne collatérale aux descendants de Hugues Capet, rien ne parut moins certain que l'existence de la loi salique, laquelle loi contestée mettoit pareillement en doute l'hérédité. Ces questions s'agitèrent vivement sous Philippe le Long, Charles le Bel et Philippe de Valois. Sous Charles VI une fille hérita delà couronne. Eu 1576 une ordonnance décida que les princes du sang précéderoient tous les pairs et qu ils se placeroient selon leur proximité au trône ; à ce propos Cristojjhe de Thou dit à Henri HI que, depuis le règne do Philippe de Valois, il ne s'étoit fait chose aussi utile à la conservation de la loi salique : certes il falloit que le doute fût bien enraciné dans les esprits , pour qu'un magistrat, à la fin du seizième siècle, vîtune loi politique dans un règlement de préséance. Catherine de Médicis songea à faire passer le sceptre à sa fiile. Les états de la ligue parlèrent de mettre l'Infante d'Espagne sur le trône de France. Enfin , sous la régence du duc d'Orléans, pendant la minorité deLouisXV,il fut

déclaré que, la famille royale venant à s'éteindre , les François seroient libres de se choisir un chef: n'étoit-ce pas reconnaître leur droit primitif?

L'hérédité mâle , constituée dans la famille rojale , devint à la fois le germe destracteur de la féodalité et le principe générateur de la monarchie absolue. L'aristocratie subsista dans l'empire d'Allemagne et se détruisit dans le royaume de France parce que la dignité impériale demeura élective et que la couronne Irançoise devint héréditaire.

Les assemblées nationales cessèrent sous les premiers rois de la troisième race, de même qu'elles avoient été interrompues sous les derniers rois delà seconde. Hugues Capet étoit un très-petit seigneur «Le royaume, dit Montes- )♦ quieu, se trouva sans domaine, comme est M aujourd'hui l'empire : on donna la couronn,-; >) à un des plus puissants vassaux. » Hugues , quand il en auroit eu l'envie, n'auroit pu réunir des Etats; les autres grands vassaux ne s'y seroient pas rendus; souverains comme le duc de France, ils ne lui auroient pas obéi. La liberté politique qui se montroit dans ces assemblées ne se trouva plus; elle se plaça ailleurs dans une autre forme.

La France alors étoit une république aristocratique fédérative^ reconnaissant un chef im-

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puissant. Cette aristocratie étoit sans peuple : tout étoit esclave ou serl". Le servage n'avoit point encore englouti la servitude; le bourgeois n'étoit point encore né; l'ouvrier et le marchand appartenoient encore à des maîtres dans les ateliers des abbayes et des seigneuries; la moyenne propriété n'avoit point encore reparu ; de sorte que cette monarchie ( aristocratie de droit et de nom) étoit de fait une véritable démocratie, car tous les membres de cette société étoient égaux ou le croyoient être. On ne rencontroit point au-dessous de l'aristocratie cette classe distincte et plébéienne qui , par l'infériorité relative du rang, iixe la nature du pouvoir qui la domine. Yoilci pourquoi les chroniques de ces temps ne parlent jamais du peuple : on s'enquiert de ce peuple; on est tenté de croire que les historiens l'ont caché, qu'en fouillant les chartes on le déterrera, qu'on découvrira une nation Irançoise inconnue, laquelle agissoit , administroit, gagnoit les batailles et dont on a enseveli jusqu'à la mémoire. Après bien des recherches on ne trouve rien , parce qu'il n'y a rien , et que cette aristocratie sans peuple, est à cette époque la véritable nation françoise.

Marquons le commencement de l'institution de la pairie ; ies pairs avoient existé avant la pairie; dans l'origine les pairs étoient des jurés

qifi prononçoient sur des différends advenus entre leurs égaux. La pairie prit un caractère politique quand les fiefs se convertirent en biens patrimoniaux et héréditaires. Les pairs du roi furent des seigneurs plus puissants que les pairs d'un comte ou d'un duc. Tous les systèmes qui placent l'origine de la pairie plus haut ou plus bas que le règne de Hugues Gapet , ne se peuvent soutenir.

L'introduction de la dignité de la pairie favorisa l'élection des Capétiens. Il y avoit sept pairs laïques; Hugues en étoit un : les six autres pairs, dont les seigneuries relevoient immédiatement de la couronne, s'entendirent, comme aujourd'hui des électeurs s'entendent dans un collège électoral, pour porter leurs voix sur leur compagnon. La pairie se trouva ainsi réunie à la royauté et il ne resta que six pairs de France. L'égalité étoit si complète entre les pairs que, Hugues Capet ayant demandé à Adalbert qui r avoit fait comte, Adalbert lui répondit : ceux qui {ont fait roi.

Outre les pairs laïques il y avoit des pairs ecclésiastiques du ressort du trône, à la différence des autres seigneuries qui n'a voient point de pairs ecclésiastiques. On peut dire de la pairie avant ses différentes dégénérations, qu'elle étoit une espèce de sénat de rois, ou, plus exacte-

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ment, un conseil aristocratique supérieur à la royauté même.

Elisez douze pairs qui soient compagnons , Qui mènent vos batailles par grand dévotion.

Quand les pairs furent au nombre de douze on les appela les douze compagnons , etFroissard les nomme// t?re^ du royaume de France. Les grands efïets politiques de la pairie se virent dans le jugement de Jean Sans-Terre et du prince de Galles.

Hugues Capet mourut en 996. Je dirai , pour ne plus parler des successions royales , que sous la troisième race l'apanage remplaça le partage des biens patrimoniaux entre les enfants.

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