‹ Études; ou, Discours historiques sur la chute de l'Empire romain; la naissance et les progrès du christianisme, et l'invasion des barbares; suivis d'une Analyse raisonnée de l'histoire de FranceChapitre 34 sur 80 · MOEURS GÉNÉRALES DES XIP, , XIII'. , ET XIV^ SIÈCLES · texte numérisé non relu

MOEURS GÉNÉRALES DES XIP, , XIII'. , ET XIV^ SIÈCLES

L'histoire moderne doit prendre soin de détruire un mensonge , non des chroniqueurs qui sont unanimes sur la corruption des bas siècles, mais de l'ignorance et de l'esprit départi des temps où nous vivons : on s'est iiguré que si le moyen âge étoit barbare, du moins la morale et la religion faisoient le contre-poids de sa barbarie ; on se représente les anciennes familles grossières sans doute, mais assises dans une sainte union à l'àtre domestique avec toute la simplicité de l'âge d'or. Piien de plus contraire h la vérité.

Les Barbares s'établirent au milieu de la société romaine dépravée par le luxe , dégradée par l'esclavage , pervertie par l'idolâtrie. Les Fraflks, très-peu nombreux relativement à la

population gallo-romaine , ne purent assainir les mœurs ; ils étoient eux-mêmes fort corrompus quand ils entrèrent en Gaule.

C'est une grande erreur que d'attribuer l'innocence à l'état sauvage ; tous les appétits de la nature se développent sans contrôle dans cet état: la civilisation seule enseigne les qualités morales. La profession des armes, qui inspire certaines vertus, ne produit point la tempérance: Sainte- Palaye est obligé de convenir que les chevaliers ne se recommandaient guères par la rigidité des mœurs.

De la société romaine et de la société barbare résulta une double corruption ; on reconnoît trèsbien les vices de l'une et de l'autre sociétés , comme on distingue à leur confluent les eaux de deux fleuves qui s'unissent : la rapine , la cruauté , la brutalité, la luxure animale, étoient frankes ; la bassesse, la lâcheté , la ruse, la turpitude de l'esprit , la débauche raffinée, étaient romaines.

Et ces remarques ne se doivent pas entendre de quelques années, de quelques règnes; elles s'appliquent aux siècles qui précèdent le moyen âge, depuis le règne de Khlovigh jusqu'à celui de Hugues Capet , et aux siècles du moyen âge depuis le règne de Hugues Capet jusqu'à celui de François 1".

Le christianisme chercha, autant qu'il le put,

à'IO ANALYSE RAISONNEE

à guérir la gangrène des temps barbares, mais l'esprit de la religion éloit moins suivi que la lettre ; on croyoit plus à la croix qu'à la parole du Christ; on adoroit au Calvaire; on n'assistoit point au sermon de la Montagne, l.e clergé se déprava comme la foule. Si Ton veut pénétrer à lond l'état intérieur de cette époque , il faut lire les conciles et les chartes d'abolition (lettres de grâce accordées par les rois ); là se montrent à nu les plaies de la société. Les conciles reproduisent sans cesse les plaintes contre la licence des mœurs, et la recherche des remèdes à y apporter; les chartes d'abolition gardent les détails des jugements et des crimes qui motivoient les lettres-royaux. Les Gapitulaires de Charlemagne et de ses successeurs sont remplis de dispositions pour la réformation du clergé.

On connoît l'épouvantable histoire du prêtre Anastase enfermé vivant avec un cadavre, par la vengeance de l'évéque Caulin (Grégoire de Tours). Dans les canons ajoutés au premier concile de Tours sousl'épiscopat de saint Perpert, on lit: «11 )) nous a été rapporté que des prêtres, ce qui est » horrible {qjLiod iiefas) , établissoient des au- » berges dans les églises , et que le lieu où l'on » ne doit entendre que des prières et des louanges » de Dieu , retentit du bruit des festins, de paroles )) obscènes, de débats et de querelles. »

Baronius, si favorable àla cour de Rome, nomme îe dixième siècle, le siècle de fer; lant il voit de désordres dans l'Eglise. L'illustre et savant Gherbert, avant d'être pape sous le nom de Sylvestre II, etn'étant encore qu'archevêque de Pdieims, disoit: « Déplorable Rome ! tu donnas à nos ancêtres » les lumières les plus éclantes, et maintenant

» tu n'as plus que d'horribles ténèbres Nous

» avons vu Jean Octavien conspirer, au milieu )) de mille prostituées, contre le même Othon M qu'il avoit proclamé empereur. Il est renversé, » et Léon le Néophite lui succède. Othon s'é- » loigne de Rome, et Octavien y rentre; il chasse » Léon, coupe les doigts, les mains et le nez au )) diacre Jean, et, après avoir ôté la vie à beau- » coup de personnages distingués , il périt bientôt

» lui-même Sera-t-il possible de soutenir

» encore qu'une si grande quantité de prêtres de » Dieu , dignes par leur vie et leur mérite d'éclai- » rer l'univers , se doivent soumettre à de tels » monstres , dénués de toute connaissance des » sciences divines et humaines? »

Il nous reste une satire d'Adalbéron , évêque de Laon ; c'est un dialogue entre le poëte et le roi Robert. « Adalbéron représente les juges obli- » gés de porter le capuchon , les évêques dépouil- )) lés réduits à suivre la charrue , et les sièges » épiscopaux, quand ils viennent à vaquer, occu-

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» pcs par des mariiiicMs et de.-, pâtres. Un moine » est transformé en soldat; il porte un bonnet » de peau d'ours , sa robe , naj^uères longue , est » écourtée , fendue par devant et par derrière; » à sa ceinture étroite est suspendu un arc, » un carquois, ties tenailles, une épée. 11 n'y )) avoit autrefois parmi les ministres du seigneur » ni bourreaux , ni aubergistes , ni gardeurs de » cochons et de boucs; ils n'alloient point au » marché, public , ils ne faisoient point blanchir » les étoiles. »

Adalbéron , étendant son sujet, remarque que

le noble et le serf ne sont pas soumis h la même

loi, que le noble est entièrement libre. Le roi

prend la défense de la condition servile : «Cette

)» classe, dit-il, ne possède rien sans l'acheter

» par un dur travail. Qui pourroit compter les

n peines, les courses et les fatigues qu'ont h sup-

» porter les serfs ? 11 ny a aucune fin a leurs

» larmes. » Adalbéron répond « que la famille

» du seigneur es't divisée en trois classes : l'une

n prie, l'antre combat, la troisième travaille. »

Adalbéron avoit vu finir la seconde race et

commencer la troisième ; il avoit joué un rôle

dans les trahisons qui se pratiquent à la chute

et au renouvellement des empires. Peut-être

avoit-il été lié intimement avec Emma , femme

de Lother, quoiqu'il fût évêque ; il étoit d'une

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grande famille de Lorraine; il avoit étudié sous Gherbert ; il n'aimoit pas lr.s moines , et il entroit dans la querelle des évêques nobles , contre les religieux plébéiens. On retrouve en lui cette partie de la société intelligente qui ne fut jamais barbare.

Saint Bernard ne montre pas plus d'indulgence aux vices de son siècle ; saint Louis fut obligé de fermer les yeux sur les prostitutions et les désordres qui régnoient dans son armée. Pendant le règne de Philippe le Bel, un concile est convoqué exprès pour remédier au débordement des mœurs. L'an 1351 les prélats et les ordres mendiants exposent leurs mutuels griefs à Avignon, devant Clément VIL Ce pape, favorable aux moines, apostrophé les prélats : « Parlerez-vous d humilité, vous, si vains et si » pompeux dans vos montures et vos équipages? M Parlerez-vous de pauvreté, vous si avides que » tous les bénéfices du monde ne vous suffiroient

» pas? Que dirai-je de votre chasteté? Vous

» haïssez les mendiants, vous leur fermez vos M portes, et vos maisons sont ouvertes à des sy- » cophantes et à des infâmes ( lenonibus et truffatorihus).

La simonie étoit générale ; lés prêtres violoient presque partout la règle du célibat; ils vivoient avec des femmes perdues, des conçu-

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bines et des chumLiières; un abbé de Noreïs ' 'k avoit dix-huit enfants. En Biscaye on nevouloit que des prêtres qui eussent des commères, c'est-à-dire des femmes supposées léi^itimes.

Pétrarque éerit à l'un de ses amis : « Avignon » est devenu un eniér, la sentine de toutes les » abominations. Les maisons, les palais, leségli- » ses, les chaires du pontife et des cardinaux, » l'air et la terre, tout ost imprégné de rnen- » songe; on traite le monde futur, le jugement » dernier ,^les peines de l'enfer, les joies du pa- » radis de fable^ absurdes et puériles. » Pétrarque cite à l'appui de ses assertions des anecdotes scandaleuses sur les débauches des cardinaux. Et lui-même, abbé , chaste et iidèle amant de Laure, étoit entouré de bâtards : Ebbe allora un figliuolo naturelle , e , dopa alcunl anni , u?ia J/ifliuola ; ma protesta , che non ostante queste licenze^ egli non amo mai altra che Laura. (Saggi.)

Dans un sermon prononcé devant le pape, en 136i, le docteur Nicolas Orem prouva que l'Ante-Christ ne tarderoit pas à paroitre , par six raisons tirées de la perte de la doctrjne , de l'orgueil des prélats, de la tyrannie des chefs do l'Eglise et de leur aversion pour la vérité.

Les sirvantes, qui n'épargnoient ni les papes, ni les rois, ni les nobles, ne ménageoient pas

plus le clergé que les sermons, « Dis donc, sei- » gneur évêque, tu ne seras jamais sage qu'on )> ne t'ait rendu eunuque. — Ah! faux clergé, » traître, menteur, parjure, débauché! Saint » Pierre n'eut jamais rentes, ni châteaux, ni do- » maines; jamais il ne prononça excommunica- » tion. Il Y a des gens d'église qui ne brillent » que par leur magnificence et qui marient à M leurs neveux les filles qu'ils ont eu de leur » mie. » (Rajnouard , Troubadours. )

« Une vile multitude qui ne combattit ja- » mais enlève aux nobles leur tour et leur chas- » tel : le bouc attaque le loup. » — « Notre évêque » vend une bière mille sous à ses amis décédés.» — C'est le pape qui règne; il rampe aux pieds » du monarque puissant; il accable le roi mal- » heureux. »

Toute la terre féodale se ressembloit ; mêmes censures en Angleterre :

An other abbai is ther bi, For soth a gret nunnerie, etc.

« Auprès d'un abbaye se trouve un couvent de » nonnes, au bord d'une rivière douce comme » du lait. Aux jours d'été les jeunes nonnes » remontent cette rivière en bateaux , et, quand » elles sont loin de l'abbaye, le diable se met tout

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» nu , se coucLe sur le rivage et se prépare à na- )» ger, agile. 11 enlève les jeunes moines et revient » chercher les nonnes. Il enseigne à celle-ci une )) oraison : le moine, bien disposé, aura douze » femmes à l'année , et il deviendra bientôt le » père abbé. » Je supprime de grossières obscénités en vieux anglois.

Le credo de Pierre, laboureur (Piter Plowman ) , est une satire amèrc contre les moines mendiants :

I fond in a freture a Frère on a benche , etc.

« J'ai rencontré , assis sur un banc , ua » Frère affreux ; il étoit gros comme un ton- » neau ; son visage étoit si plein qu'il avoit » l'air dune vessie remplie de vent , ou d'un sac » suspendu à ses deux joues et à son menton. » G'étoit une véritable oie grasse qui faisoitre- » muer sa chair comme une boue tremblante.»

Les châtelains et les châtelaines chantoient, \ aimoient, se grandissoient , et par moments ne j croyoient pas trop en Dieu. Le vicomte de Beaucaire menace son fils Aucassin de l'enfer, s'il ne se sépare de Nicolette, sa mie. Le damoiseau répond qu'il se soucie fort peu du paradis, rempli de moines fainéants demi-nus, de vieux prêtres crasseux et d'hermites en haillons. Il veut aller en enfer, oîi les grands rois, les paladins, lesba-

rons , tiennent leur cour plénière ; il y trouvera de belles femmes qui ont aimé des ménestriers et des jongleurs, amisduvinetdela joie. (Le Grand d'Aussi, Rajnouard, HLst. clp Phil. Àug. Gapefi^ue, etc.) Un troubadour demande un pater, pour que Dieu accorde à tous ceux qui aimèrent comme le fils du châtelain d'Aupais, le plaisir qu'il eut une nuit avec Ogine. La dame, comtesse de Die, écrit au troubadour Rambaud, comte d'Orange : « Mon bel ami , viens ce soir » occuper dans ma couche la place de mon » mari. » La comtesse de Die étoit présidente de la cour d'amour. Guillaume , comte de Poitiers, fonda à INiort une maison de débauche , sur le modèle d'une abbaye : chaque religieuse a voit une cellule et formoit des vœux de plaisirs; une prieure et une abbesse gouvernoient la communauté , et les vassaux de Guillaume furent invités à doter richement le monastère. H y avoit des maréchaux de prostituées.

On voit un comte d'Armagnac, Jean V, épouser publiquement sa sœur et vivre avec elle dans son château, en tout honneur de baronnage. Les fureurs lubriques du maréchal de Rais ne sont ignorées de personne.

Ces nobles de la gaie science n'étoient pas toujours si courtois et si damoiseaux qu'ils ne se transformassent en brigands sur les grands

chemins et dans les forêts. Les bourgeois de Laon appelèrent à leur secours Thomas de Coucy, seigneur du château de Marne: Thomas, tout jeune encore, pilloit les pauvres et les pèlmns qui se rendoient à Jérusalem , et qui revenoient de la Terre-Sainte; afin d'obtenir de l'argent de ses captifs, il les accrochoit de sa propre main testiculis appendehat propriâ aliquotiens manu (Guiberti de vita sua); une rupture s'opérant par le poids du corps, les intestins sortoient à travers l'ouverture. Thomas pendait encore d'autres malheureux par les pouces , et leur mettoit de grosses pierres sur les épaules pour ajouter à leur pesanteur naturelle; il se promenoit en-dessous de ces gibets vivants, et achevoit, à coups de bâton , les victimes qui ne possédoient rien, ou qui refusoient de payer. Ayant un jour jeté un lépreux au fond d'un cachot, le nouveau Cacus fut assiégé dans son antre par tous les lépreux de la contrée.

Un seigneur de Tournemine, assigné dans son manoir d'Auvergne par un huissier appelé . Loup , lui fit couper le poing, disant que jamais loup ne s'étoit présenté à son château sans qu'il n'eût laissé sa pâte clouée à la porte.

Régnault de Pressigny, seigneur de Marans près de La Rochelle, rançonneur de bourgeois, voleur de grands chemins, détrousseur de passauts, se pi ai soit à crever un œil, et à arracher

la barbe à tout moine traversant les terres de sa seigneurie. Quand il envovoit au supplice les malheureux qui refusoient de se racheter, et que ceux-ci en appeloient à la justice du roi , Pressigny, qui apparemment savoit le latin, leur répondoit en équivoquant sur les mots, qu'ils se plaignoient à tort de ne pas mourir dans les règles, quils mouroienty^re aut injuria.

Le moyen âge offre un tableau bizarre qui semble être le produit d'une imagination puissante mais déréglée. Dans l'antiquité , chaque nation sort pour ainsi dire de sa propre source; un esprit primitif, qui pénètre tout et se fait sentir partout , rend homogènes les institutions et les mœurs. La société du moyen âge étoit composée des débris de mille autres sociétés : la civilisation romaine, le paganisme même y avoient laissé des traces; la religion chrétienne y apportoit ses croyances et ses solennités; les Barbares franks, goths , bourguignons, anglo-saxons, danois, normands , retenoient les usages et le caractère propres à leurs races. Tous les genres de propriétés se mêl oient , toutes les espèces de lois se confondoient : l'aleu , le fief, la main-mortable , le Code, le Digeste, les lois salique, gombette, wisigothe , le droit coutumier. Toutes les formes de liberté et de servitude se rencontroient : la liberté

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monarchique du roi , la liberté aristocratique du noble, la liberté iudividuello du prêtre, la liberté collective des communes , la liberté privilégiée des villes, de la magistrature, des corps de métiers et des marchands , la liberté représentative de la nation ; l'esclavage romain , le servage barbare, la servitude de l'aubain. De laces spectacles incohérents, ces usages qui se paroissent contredire , qui ne se tiennent que par le lien de la religion. On diroit des peuples divers n'ayant aucun rapport les uns avec les autres , étant seulement convenu? de vivre sous un commun maître autour d'un même autel.

Jusque dans son apparence extérieure, la France ofFroit alors un tableau plus pittoresque et plus national qu elle ne le présente aujourd'hui. Aux monuments nés de notre religion et de nos mœurs , nous avons substitué, par une déplorable affectation de l'architecture bâtarde romaine, des monuments qui ne sont ni en harmonie avec notre ciel , ni appropriés à nos besoins ; froide et servile copie laquelle a porté le mensonge dans nos arts , comme la calque de la littérature latine a détruit dans notre littérature l'originalité du génie frank. Ce n'étoit pas ainsi qu'imitait le moyen âge; les esprits de ce tempslà admiroient aussi les Grecs et les Romains ; ils recherchoient et étudioient leurs ouvrages ;

mais, au lieu do s'en laisser dominer, ils les maîtrisoient, les façonnoient à leur guise, les rendoient françois et ajouloient h leur beauté par cette métamorphose pleine de création et d'indépendance.

Les premières églises chrétiennes dans l'Occident ne furent que des temples retournés : le culte païen étoit extérieur, la décoration du temple fut extérieure; le culte chrétien étoit intérieur , la décoration de l'église fut intérieure. Les colonnes passèrent du dehors au dedans de l'édifice, comme dans les basiliques où se tinrent les assemblées des fidèles quand ils sortirent des cryptes et des catacombes. Les proportions de l'église surpassèrent en étendue celles du temple, parce que la foule chrétienne s'entassoit sous la voûte de l'église, et que la foule païenne étoit répandue sous le pérjstile du temple. Mais lorsque les chrétiens devinrent les maîtres, ils changèrent cette économie et ornèrent aussi du côté du paysage et du ciel leurs édifices.

L'architecture néogrecque , par une même émancipation de l'esprit humain , se montra en Orient avec le néoplatonisme ; il étoit naturel que les arts suivissent les idées et surtout les idées religieuses auxquelles elles sont appliquées de préférence chez les peuples. Les premiers essais, ou

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plutôt les preniic'is jeux do cette architecture, se firent remarquer dans les temples de Daphné, de Balbek, et de Palmyre : elle se développa en Syrie dans les monuments de Sainte-Hélène; elle devenoit chrétienne à Jérusalem, à l'époque où le néoplatonisme devenoit chrétien au concile de JNicée. Justinien la fit réi^ner en bâtissant , sur les fondements de la Sainte-Sophie romaine de Constance , la Sainte-Sophie néogrecque d'Isidore de Milet. De là elle passa en Italie et déploya son art dans l'église octogone de Saint- Vital à Ràvenne : Charlemagne, au huitième siècle, reproduisit ce monument agrandi à Aix-la-Chapelle. « 11 édifia églises et ab- » bayes en divers lieux, en l'honneur de Dieu et » au profit de son âme. Aucunes en commença » et aucunes en parfit. Entre les autres fonda » l'église de Aix-la-Chapelle, d'œuvre merveil- » leuse, en l'honneur de Notre-Dame Sainte-

» Marie Divers palais commença en

») divers lieux, d'œuvre coûteuse : un en fit au- » près de la cité de Mayence, de lez une ville » qui a nom Tngelheim ; un autre en la cité sur )) le fleuve de Vahalam. Si commanda dans tout » son royaume à tous les évoques et à tous ceux » cl qui les cures appartenoient , que toutes les » églises et toutes les abbayes qui étoient dé- » chues par vieillesse fussent refaites et restau-

» rées : et pour ce que cette chose ne fût mise » en non chaloir, il leur mandoit expressément » par ses messages qu'ils accomplissent ses com- » mandements. »

Trois siècles plus tard, l'architectonique nouvelle aborda une seconde fois aux rivages latins et annonça son retour par l'édification de la cathédrale de Pise. Il y a des erreurs que la voix populaire consacre, et auxquelles la science est obligée de se soumettre : le néogrec en Italie, fut appelé \ architecture lombarde^ et en France \ architecture gothique , et ni les Lombards, ni les Goths, n'y avoient mis la main: Théodoric même se contenta d'imiter ou de réparer les masses du Forum et du Ghamp-de-Mars.

Tandis que l'architecture néogrecque, infidèle au Parthénon abandonné , s'emparoit des édifices chrétiens , elle envahissoit aussi les édifices mahométans. Les Arabes Xorientalisèrent pour le calife Aroun et les Mille et une Nuits ; ils l'emmenèrent avec eux dans leurs conquêtes; elle arriva de la mosquée du Kaire en Egypte , à celle de Gordoue en Espagne, à peu près au moment ou les exarques de Ravenne l'introduisoient en Italie. Ainsi la puînée de l'ionie parut dans l'Europe occidentale , portant d'une main l'étendart du prophète et de l'autre celui du Ghrist : l'Alhambrah à Grenade , et Saint-Marc

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