‹ Études; ou, Discours historiques sur la chute de l'Empire romain; la naissance et les progrès du christianisme, et l'invasion des barbares; suivis d'une Analyse raisonnée de l'histoire de FranceChapitre 35 sur 80 · TOME UI · texte numérisé non relu

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à Venise, témoii^nont de son inconstance et des merveilles de ses caprices. Plus d'ordres distincts, plus d'architraves ou architraves brisées ; au lieu de portique un portail, au lieu de fronton une façade, au lieu de frise, de corniche et d'entablement , une balustrade.

Enfin, avec le treizième siècle, rayonna cette architecture à ogives qui se plut surtout dans les pays de la domination franke, saxonne et germanique : au delà des Pyrénées et des Alpes elle rencontra les préjugés et les chefs-d'œuvre de l'architecture mozarabique, du style bâtard romain , et du primitif dorique de la Grande- Grèce. L'architecture à ogives fut une conquête des croisades de Philippe Auguste et de saint Louis. .

A la colonnette écourtée, aux grosses colonnes à chapiteaux historiés, succédèrent les minces et longues colonnes en faisceaux , ramifiées à leurs sommets, s'épanouissant en fusées, projetant dans les airs leurs délicates nervures qui devenoient comme la fragile charpente des combles. Au plein ceintre des arches, aux vou£sures en anse de panier, se substituèrent les ogives , arceaux en forme d'arête dont l'origine est peut-être persane et le patron la feuille du mûrier indien , si toutefois l'ogive n'est pas le simple tracé d'un crayon facile. L'ogive ne se

sépare pas tellement du néogrec qu'on ne l'y retrouve comme cent autres traits.

Le cercle , figure géométrique rigoureuse, ne laisse rien à l'arbitraire; l'ellipse, courbe flexible, se renfle ou se redresse au gré de celui qui l'emploie : l'ogive dont le foyer n'est que la rencontre des deux ellipses d'un triangle curviligne, se pouvoit donc élargir et rétrécir depuis le plus court diamètre jusqu'au diamètre le plus long; propriété qui laissoit un jeu immense au goût de l'artiste et qui explique la variété du gothique. Pas un seul monument dans cet ordre ne ressemble à l'autre , et dans chaque monument aucun détail n'est invinciblement symétrique; l'ornement même est quelquefois calculé pour ne pas produire son effet naturel : de petites figures logées dans des niches, ou dans les moulures concentriques des portes, y sont arrangées de manière qu'on les prendroit pour des arabesques , des volutes, des enroulements, des astragales, et non pour des dispositions de la statuaire.

En imitant les constructions sarrazines, les architectes chrétiens îes exhaussèrent et les dilatèrent ; ils plantèrent mosquées sur mosquées, colonnes sur colonnes, galeries sur galeries; ils attachèrent des ailes aux deux côtés du chœur, et des chapelles aux ailes. Partout la ligne spirale

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remplaça la ligne droite; au lieu tlu toit plat ou bomb«'?, se creusa une voûte étroite fermée en cercueil ou en carène de vaisseau; les tours ouvragées dépassèrent en hauteur les minarets.

La chrétienté élevoit à Irais communs au moyen des quêtes et des aumônes, ces cathédrales dont chaque état en particulier n'étoit pas assez riche pour payer la main-d'œuvre, et dont aucune n'est achevée. Dans ces vastes et mystérieux édifices se gravoient en relief ou en creux, comme avec un emporte-pièce, les parures de l'autel, les monogrammes sacrés, les vêtements et les choses à l'usage des ministres : les bannières, les croix de divers agencements, les calices, les ostensoirs, les dais, les chappes , les capuchons , les crosses, les mitres dont les formes se retrouvent dans le gothique, conservoient les symboles du culte en produisant des effets d'art inattendus; assez souvent les gouttières étaient taillées en figures de démons obscènes ou de moines vomissants. Cette architecture du moyen âge offroit un mélange du tragique et du bouffon, du gigantesque et du gracieux, comme les poëmes et les romans de la même époque.

Les plantes de notre sol, les arbres de nos bois, le trèfle et le chêne, décoroient aussi les églises, de même que l'acanthe et le palmier

avoient embelli les temples du pays et du siècle de Périclès. Au dedans une cathédrale étoit une forêt, un labyrinthe dont les mille arcades, à chaque mouvement du spectateur, s'intersectoient, se séparoient, s'enlaçoient de nouveau en chiffres, en cerceaux, en méandres ; cette torêt étoit éclairée par des rosaces à jour incrustées de vitraux peints, qui ressembloient à des soleils brillants de mille couleurs sous la feuillée : en dehors cette même cathédrale avoit l'air d'un mdnument auquel on auroit laissé sa cage, ses arcs-boutans et ses échafauds. Et, afin que les appuis de la nef aérienne n'en déparassent pas la structure, le ciseau les avoit tailladés; on n'y voyoitplus que des arches de ponts, des pyramides, des aiguilles et des statues.

Les ornements qui n'adhéroient pas à l'édifice se marioient à son style : les tombeaux étoient de forme gothique, et la basilique, qui s'élevoit comme un grand catafalque au-dessus d'eux, sembloit s'être moulée sur leur forme. On admire encore à Auch un de ces chœurs en bois de chêne, si commun dans les abbayes et qui répétoient les ornements de l'architecture. Tous les arts du dessin participoient de ce goût fleuri et composite : sur les murs et sur les vitraux étoient peints des paysages, des scènes de la religion et de l'histoire nationale.

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Dans les châteaux les armoiries coloiiées , encadrées dans des losanges d'or, formoient des plafonds semblables h ceux des beaux palais du cinque cento de l'Italie. L'écriture même étoit dessinée ; l'hiéroglyphe germanique, substitué au jambage rectilignc romain , s harmonioit avec les écussons et les pierres sépulchrales. Les tours isolées qui servoient de vedettes sur les hauteurs; les donjons enserrés dans les bois , ou suspendus sur la cime des rochers comme l'aire des vautours ; les ponts pointus et étroits jetés hardiment sur les torrents; les villes fortifiées que l'on rencontroit h chaque pas , et dont les créneaux étoient à lu fois des remparts et des ornements ; les chapelles , les oratoires , les herniitages placés dans les lieux les plus pittoresques au bord des chemins et des eaux ; les beffrois , les flèches des paroisses de campagnes, les abbayes, les monastères, les cathédrales; tous ces édifices que nous ne voyons plus qu'en petit nombre et dont le temps a noirci, obstrué, brisé les dentelles ; tous ces édifices avoient alors l'éclat de la jeunesse ; ils sortoient des mains de l'ouvrier : l'œil , dans la blancheur de leurs pierres , ne perdoit rien de la légèreté de leurs détails, de l'élégance de leurs réseaux, de la variété de leurs guillochis, de leurs gravures, de leurs ciselures, de leurs dé-

coupures, et de toutes les fantaisies d'une imagination libre et inépuisable.

Veut- on savoir à quel point la France étoit couverte de c€s monuments? Les treize volumes de la Gallia christiana , qui n'est pas achevée , donnent mille cinq cents abbayes ou fondations monastiques. Le pouilié général fournit un total de trente mille quatre cent dix-neuf cures, dixhuit mille cinq cent trente-sept chapelles, quatre cent vingt eliapitres ayant églises , deux mille huit cent soixante- douze prieurés, neuX cent trente-et-un maladreries, et le pouilié est fort incomplet. Jacques Cœur comptoit dix-sept cent mille clochers en France, et la Satyre Ménippée reproduit le même calcul.

Ce n'est pas trop de donner un château, chastel, ou chastillon par douze clochers. Tout seigneur qui possédoit trois chàteilenies et une ville close, avoit droit de justice : or on comptoit en France sqixante-dix mille iiefs ou arrière-fiefs , dont trois mille étoient titrés (Voyez plus haut, p. 377). Une moyenne proportionnelle fournit, sur ces soixante-dix mille fiefs, sept mille j ustices hautesou basses, et suppose par conséquent sept mille villes closes ou. fortifiées : somme totale approximative des monuments (tant églises que chapelles, villes, châteaux, etc.), un million huit cent soixantedouze mille neuf cent vingt-six , sans parler des

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basiliques , des monastères renfermés dans les cités, des palais royaux et épiscopaux , des hôtels de ville, des halles publiques, des ponts, des fontaines, des amphitéàtres, aqueducs et temples romains encore existant dansle midi delà France. Voilà certes un sol bien autrement orné qu'il ne l'est aujourd'hui. L'architecture reliejieuse, civile, et militaire gothique, pyramidoit et attiroit de loin les yeux; la moderne architecture civile et la nouvelle architecture militaire appropriée aux nouvelles armes , ont tout rasé: nos monuments se sont abaissés et nivelés comme nos rangs.

Notre temps laissera-t-il des témoins aussi multipliés de son passage que le temps de nos pères? Qui bàtiroit maintenant des églises et des palais dans tous les coins de la France? nous n'avons plus la royauté de race, l'aristocratie héréditaire, les grands corps civils et marchands , la grande propriété territoriale, et la foi qui a remué tant de pierres. Une liberté d'industrie et de raison ne peut élever que des bourses , des magasins , des manufactures , des bazards , des cafés , des guinguettes , dans les villes des maisons économiques, dans les campagnes des chaumières , et partout de petits tombeaux. Dans cinq ou six siècles, lorsque la religion et la philosophie solderont leurs comptes, lorsqu'elles

supputeront les jours qui leur auront appartenu, que l'une et l'autre dresseront le pouillé de leurs ruines , de quel côté sera la plus large part de vie écoulée, la plus grosse somme de souvenirs?

La population en mouvement autour des édifices du moyen âge est décrite dans les chroniques et peinte dans les vignettes ; elle égaloit presque la population d'aujourd'hui. J'estime, d'après des calculs dont je ne puis insérer les preuves dans une analyse, que la surface du sol françois, tel qu'il existe maintenant, étoit couverte par vingt-cinq millions d'hommes : ce chiffre se déduit des rôles de l'impôt, de 1 a levée des hommes d'armes, du recensement des habitans des villes, et du dénombrement des masses communales quand elles étoient appelées sous leurs bannières.

Le pays étoit riche et bien cultivé; c'est ce que démontrent l'immensité et la variété des taxes royales et seigneuriales que j'ai sommairement indiquées.

Lorsqu'Edouard III, après avoir rendu hommage à Philippe de Valois, retourna en Angleterre « la* reine Philippe de Hainaut le reçut, » disent les chroniques , moult joyeusement et lui » demanda des nouvelles du roi Philippe, son » oncle et de son grand lignage de France :1e roi » son mari lui en recoï'da assez et du grand état

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» qu'il avoit trouvé, et des honneurs qui étoient » en France, auxquelles de faire, ni de Tentre- » prendre à faire, nul autre pays ne s'accompa- » raige. » Il est certain que la guerre quand elle n'extermine pas totalement les peuples, les multiplie; elle influesurlesinstitutionsplusquesurles hommes : la féodalité, qui dut sa naissance et son pouvoir à la guerre, fut renversée par elle sous le règne de Philippe de Valois, du roi Jean, de Charles V, de Charles VI et de Charles VII.

Les diverses classes de la société et les différentes provinces dans le moyen âge, se distinguoient les unes parla forme deshabits, les autres par des modes locales : les populations n'avoient pas cet aspect uniforme qu'une même manière de se vêtir donne à cette heure aux habitans de nos ville et de nos campagnes. La noblesse, leschevaliers, les magistrats, les évêques, le clergé séculier, les religieux de tous les ordres, le pèlerins, les pénitents gris, noirs et blancs, lesliermites, les confréries , les corps de métiers, les bourgeois, les paysans, offroient une variété infinie de costumes; nous voyons encore quelque chose de cela en Italie, Sur ce point il s'en faut rapporter aux arts : que peut faire le peintre de notre vêtement étriqué, de notre petit chapeau rond et de notre chapeau à trois cornes?

. Du douzième au quatorzième siècle, le paysan

et l'homme du peuple portèrent la jaquette ou la casaque grise liée aux flancs par un ceinturon. Le sayon de peau ou \e pélicon , dont est venu le surplis, étoit commun à tous les états. La pelisse fourrée et la robe longue orientale enveloppoient le chevalier, quand il quittoit sou armure ; les manches de cette robe couvroient les mains ; elle ressembloit au cafetan turc d'aujourd'hui : la toque ornée de plumes , le capuchon ou chaperon tenoient lieu du turban. De la robe ample on passa à l'habit étroit, puis on revint à la robe qui fut blasonnée sous Charles V. Les hauts-de-chausses , si courts et si serrés qu'ils en étoient indécents, s'arrêtoient au milieu de la cuisse; les deux bas de chausses étoient dissemblables; on avoit une jambe d'une couleur et une jambe de l'autre. Il en étoit de même du hoqueton mi-partie noir et blanc, et du chaperon mi -partie bleu et rouge. « Et si étoient leurs robes si étroites à vêtir » et à dépouiller qu'il semblait qu'on les écor- » chat. Les autres avoient leurs robes relevées » sur les reins comme femmes ; si avoient leurs )> chaperons découpés menument tout en tour. )) Et si avoient leur chausse d'un drap et l'autre )) de l'autre. Et leur venoient leurs cornettes et » leurs manches près de terre et sembloient D mieux être jongleurs qu'autres gens. Et pour

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» ce ne fut pas merveilles si Dieu voulut corriger )) les méfaits des François par son fléau. » L'étalage du luxe est odieux sans doute au milieu de la misère publique , mais le goût de la parure distingua notre nation alors même qu'elle étoit encore sauvage, dans les bois de la Germanie. Un François met ses plus beaux habits pour marcher h l'échafaud ou à l'ennemi comme pour aller à un festin; ce qui l'excuse c'est qu'il ne tient pas plus à sa vie qu'à son vêtement.

Par-dessus la robe , dans les jours de cérémonie, on attachoit un manteau tantôt court , tantôt long. Le manteau de Richard I". étoit fait d'une étoife à raies, semé de globes et de demi-lunes d'argent, à l'imitation du système céleste (Winisauf). Des colliers pendants servoient également de parure aux hommes et aux femmes.

Les souliers pointus et rembourrés à la poulaine furent long-temps en vogue. L'ouvrier eu découpoit le dessus comme des fenêtres d'église; ils étoient longs de deux pieds pour le noble, ornés k l'extrémité de cornes , de griffes ou de figures grotesques; ils s'allongèrent encore , de sorte qu'il devint impossible de marcher sans en relever la pointe et l'attacher au genou avec une chaîne d'or ou d'argent. Les évêques excommunièrent les souliers à la poulaine et les trai-

tèrent de péché contre nature ; Charles V déclara qu'ils étoient contre les bonnes mœurs , et inventés en dérision du Créateur. En Angleterre, un acte du parlement défendit aux cordonniers de fabriquer des souliers ou des bottines dont la pointe excédât deux pouces. Les larges babouches carrées par le bout remplacèrent la chaussure à bec. Les modes varioient autant que de nos jours; on connoissoit le chevalier ou la dame qui le premier ou la première avoit imaginé une haligote ( mode ) nouvelle : l'inventeur des souliers à la poulaine éloitle chevalier Robert le Cornu ( TV. Malmsbury-y

Les gentilfames usoientsurla peau d'un linge très-fin; elles étoient vêtues de tuniques montantes enveloppant la gorge, armoriées à droite de l'écu de leur mari, à gauche de celui de leur famille. Tantôt elles portoient leurs cheveux ras, lissés sur le front et recouverts d'un petit bonnet entrelacé de rubans; tantôt elles les bàtissoient en pyramide haute de trois pieds; elles y suspendoient ou des barbettes, ou de longs voiles, ou des banderoles de soie tombant jusqu'à terre et voltigeant au gré du vent : au temps de la reine Isabeau, on fut obligé d'élever et d'élargir les portes pour donner passage aux coiffures des châtelaines (Monstrelet). Ces coiffures étoient

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soutenues par deux coraes recourbées, charpente de l'édifice : du haut de la corne, du côté droit, descendoit un tissu léger que la jeune femme laissoit ûotter, ou qu'elle ramenoit sur son sein comme une i^uimpe, eu l'entortillant à son bras gauche. Une femme en plein esbatement étaloit des colliers, des bracelets et des bagues; à sa ceinture enrichie d'or, de perles et de pierres précieuses, s'attachoit une escarcelle brodée ; elle galopoit sur un palefroi , portoit un oiseau sur le poing, ou une canne à la main. « Quoi de plus ridicule, dit Pétrarque » dans une lettre adressée au Pape en i3G6, M que de voir les hommes le ventre sanglé! en M bas, de longs souliers pointus; en haut, des » toques chargées de plumes; cheveux tressés )) allant de ci de la par derrière comme la )) queue d'un animal, retapés sur le front avec » des épingles à tête d'ivoire. » Pierre de Blois ajoute qu'il étoit du bel usage de parler avec affectation. Et quelle langue parloit-on ainsi? la langue du Wallace et du roman Rou , de Ville-Hardouin , de Joinville et de Froissart.

Le luxe des habits et des fêtes passoit toute croyance: nous sommes de mesquins personnages auprès de ces barbares des treizième et quatorzième siècles. On vit dans un tournoi mille chevaliers vêtus d'une robe uniforme de

soie nommée cointise , et le lendemain ils parurent avec un accoutrement nouveau aussi magnifique ( Mathieu Paris ). Un des habits de Richard II, roi d'Angleterre, lui coûta trente mille marcs d'argent (Jvnjglitoii). Jean Arundel avoit cinquante-deux habits complets d'étoffe d'or {Hollingshed Chron. ).

Une autre fois, dans un autre tournoi, défilèrent d'abord un à un soixante superbes chevaux richement caparaçonnés, conduits chacun par un écuyer d'honneur et précédés de trompettes et de ménestiiers; vinrent ensuite soixante jeunes dames montées sur des palefrois, superbement vêtues , chacune menant en lesse , avec une chaîne d'argent, un chevalier armé de toutes pièces. La danse et la musique faisoient partie de ces bandors (réjouissances). Le roi, les prélats, les barons, les chevaliers sautoientau son des vielles, des musettes et des chiffonies.

Kux fêtes de Noël arrivoient de grandes mascarades; l'infortuné Charles VI , déguisé en sauvage et enveloppé dans un linceul imprégné de poix , pensa devenir victime d'une de ces folies : quatre chevaliers masqués comme lui furent brûlés.

Les représentations théâtrales commençoient partout : en Angleterre, des marchands drapiers représentèrent la Création ; Adam et Eve étoient

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tout nus. Des teinturiers jouèrent le Délucçeila femme de Noé, qui refusoit d'entrer dans l'arche , donnoit un soufflet à son mari. ( Hist. de la poésie angi. ; IVharton ).

La balle , le mail , le palet , les quilles , les dés afï'oloient tous les esprits : il reste un compte d'Edouard II pour payer à son barbier une somme de cinq schellings, laquelle somme il avoit empruntée de lui pour jouer à croix ou pile.

La chasse étoit le grand déduit de la noblesse: on citoit des meutes de 1600 chiens. On sait que les Gaulois dressoient les chiens à la guerre , et qu'ils les cou ron noient de fleurs. On abandonnoit aux roturiers l'usage des fdets. Les chasses royales coûtoient autant que les tournois : une de ces chasses se lie tristement à notre histoire.

Le Prince Noir étoit descendu en Angleterre , menant avec lui le roi Jean son prisonnier. Edouard avoit fait préparer à Londres une réception magnifique telle qu'il feût ordonnée pour un potentat puissant qui le fût venu visiter. Lui-même au milieu des princes de son sang, de ses grands barons , de ses chevaliers, de ses veneurs, de ses fauconniers, de ses pages, des oificicrs de sa couronne, cleshéraults d'armes, des meneurs de destriers, se mit à la tête d'une chasse brillante dans une forêt qui se trouvoit sur le cliemin du roi captif.

Aussitôt que les piqueurs envoyés à la découverte lui annoncèrent l'approche de Jean, il s'avança vers lui à cheval, baissa son chaperon et saluant son hôte malheureux : « Cher cousin, » lui dit-il, soyez le bienvenu dans l'isle d'An- » gleterre. » Jean baissa son chaperon à son tour et rendit à Edouard son salut. « Le roi d'Ansle-

terre, disent les chroniques, fit au roi de France moult grand honneur et révérence, l'invita au vol d'épervier à chasser, à déduire et à prendre tous ses ébattements. w Jean refusa ces plaisirs avec gravité , mais avec courtoisie; sur quoi Edouard le saluant de nouveau, lui dit : « Adieu, » beau cousin ! » et faisant sonner du cor il s'enfonça avec la chasse dans la forêt. Cette générosité un peu fastueuse ne consoloit pas plus le roi Jean, que l'humble petit cheval du prince de Galles; en faisant trop voir la prospérité d'un monarque, elle montroit trop la misère de l'autre.

Quant au repas, on l'annonçoit au son du cor chez les nobles; cela s'appeîoit corner Veau y parce qu'on se la voit les mains avant de se mettre à table. On dînoità neuf heures du matin et l'on soupoit à cinq heures du soir. On étoit assis sur des banques ou bancs, tantôt élevés , tantôt assez bas, et la table montoit et descendoit en proportion. Du banc est venu le mot banquet. Il y avoit des tables d'or et d'argent ciselées ; les taj^les

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