TOME IV. l
adopté par les vainqueurs , en inimitié de leur ancienne patrie. Le caractère commerçant des insulaires se développa : leurs laines se convertissoient en trésors aux marchés de la Flandre : elles s'améliorèrent encore par les troupeaux que le duc de Laucasler tira de l'Espagne et du Portui^al : elles devinrent l'aliment des subsides dont Edouard JIl avoit besoin dans la guerre qu'il entretint contre nous. Heureusement la France n'est pas marchandise que i'on troque pour des sacs de laine : à tous les traités de partage du royaume de saint Louis, que le prince anglois fit avec son compère Artevelle , le bravsseur de bière , il ne manqua que la signature de Du Guesclin.
Le mal que fait un injuste ennemi profite à la nation opprimée , et c est une belle loi de la Providence ; les premiers symptômes de l'émancipation nationale éclatèrent dans les Etats réunis à Paris pendant la captivité du roi Jean ; les grandes-compagnies et la jacquerie furent des fléaux qui ajoutèrent néanmoins force au droit. Partout où les hommes ressaisissent leur indépendance naturelle , cette indépendance, en reprenant ensuite le frein des lois, fait faire un pas à la liberté politique. Quand la pensée a été élargie tie prison , ne fût-ce que pour un moment, elle eu garde le souvenir; les idées
une fois nées ne s'anéantissent plus; elles peuvent être accablées sous les chaînes, mais prisonnières immortelles elles usent les liens de leur captivité.
A mesure que la liberté commune croissoit , le pouvoir régulier croissoit. La justice royale pénétroit dans les justices particulières; les empiétements de la loi ecclésiastique s'arrêtèrent , et il lui fallut subir l'appel comme d'abus. La guerre nationale détruisit , par la composition des grandes armées , les guerres particulières : on pourroit presque dire que la poudre , en changeant la nature des armes , lit sauter en l'air le vieil édifice de la féodalité.
Mais tous ces progrès de la civilisation , toutes ces révolutions dans les esprits, dans les mœurs, dans les lois, ne s'opérèrent que graduellement au milieu de tous les désastres. Il fallut que les François reçussent les trois leçons de Gréci , de Poitiers et d'Azincourt , pour apprendre à délivrer leur patrie. Le règne de Philippe VI , dit de Valois , ouvre cette scène de notre histoire.
SOMMAIRE
La veuve de Charles-Ie-Hel accouche d'une (ille. — Une assemblée de prélats et de seigneurs adjuge la couronne à Philippe de Valois. — Examen des prétentions d'Edouard 111 à la couronne de France. — Premiers actes de l'administration de Philippe. — Recherches des financiers. — Jeanne de France, qui avoit épousé Philij)pe, comte d'Evreux , est proclamée reine de ISavarre. — La Champagne et la Brie sont abandonnées à Philippe en échange des comtés d'Angouléme et de Morlain avec deux rentes assignées sur le trésor du loi et sur les domaines de la couronne. — Sacre du roi. — Philippe est surnommé le Fortuné. — Louis, comte de Flandre, vient rendre foi et hommage à Philippe , et implorer son secours contre les communes de Flandre. — Guerre de Flandre. — Philippe va piendre l'oritlamme à Saint-Denis. — Couleurs nationales; qu'elles n'ont pas toujouis été les mêmes; leur histoire; que le blanc éloit la couleur des Anglois , et le rouce celle des François jusqu'au règne de Philippe de Valois: à cette époque Eilouard 111 , piélendant à la couronne de France, prit les coideurs IVançoises, et les François abaudoniiérenl ces couleurs lorsqu'ils les virent portées par les Anglois. — L'oritlamme n'éloit dans l'origine que la bannière de saint Denis; elle disp irut sous Charles Vil et fut remplacée par la cornelle blanche. — Victoire de Cassai. — Edouard est sommé de rendre hommage à Pbilippc, comme duc de Guvenne eL comîe de Ponlhieu. — Il vient à Amiens et prête solennellement cet hommage. ^-^ Conflit entre les juridictions seigneuriales el ecclésiastiques. — Discours de Pierre de Cuguières. — Edouard confirme l'hommage qu'il avoit rendu au roi à Amiens. — Projet de croisades — Le pape sonçe à passer eu Italie : le saint-siége à Avignon étoit un bien pour a France, un mal pour la chrélienté. — Le duc de Normandie, fils du roi, âgé de 14 ans, éj)ouse Bonne de Luxemboui'g, fille de Jean , roi de Bohême. — Le projet de croisade échoue. — Histoire du procès de Robert d'Artois, troisième du nom, et de Mahaud, comtesse d'Ariois , sa tanle. — iîoberl , convaincu d'avoir fait forgei- de
faux titres et de s'en être servi , se retire auprès du duc de Brabant. — II refuse de comparoîlre en cour de justice. — Le parlement ie condamne à mort ; le roi commue la peine en un bannissement perpétuel. — Robert, déguisé en marchand, se réfugie en Angleterre. — David Bruce, roi d'Ecosse, cherche un asile auprès de Philij>pe. — Communes de Flandre. — Jacques d'Artevelle. — Edouard , qui chercboit des torts à Philippe et qui méditoit la guerre, intrigue avec Artevelle. — Les deux monarques cherchent des alliés de part et d'autre. — Vœu du héron.
FRAGMENTS