TOME IV
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querelle. La Grèce esclave vit du moins humilier ses tyrans; elle put avoir un pressentiment du dernier combat naval qui lui devoit rendre à Navarin la liberté qu'elle avoit jadis conquise à Salami ne.
L'année 1572, sortie des entrailles du temps toute sanglante , garda et n'essuya point le sang de l'enfantement maternel. Jeanne d'Albret, reine de Navarre, vient à Paris marier son fils Henri avec Marguerite de Valois. L'a-
mirai de Goligny et les seigneurs protestants s'y rendent pour assister à ces noces et pour conférer de la guerre des Pays-Bas. La reine de Navarre meurt peut-être empoisonnée:
« Reine, n'ayant de femme que le sexe, i'àme » entière aux choses viriles, l'esprit puissant aux » affaires, le cœur invincible aux adversités. » {D'Aubi^ié.) "" • >^;' ' ■
'• «Le roi l'appeloit sa grand'tante , son tout,
» sa mieux aimc-e Le soir, en se retirant ,
» fl dit à la reine sa mère, en riant: Et puis, » madame, que vous en semble? joué-je pas bien » mon rollet? » ( LEstoile. )
Henri, roi de Navarre, épouse Marguerite de Valois. « Après que le roi eut fait la Saint-Bar- » thélemy, il disoit en riant et en jurant Dieu 1) à sa manière accoutumée, et avec des paroles » que la pudeur oblige de taire, que sa grosse
» Marigot, en se mariant, avait pris tous ses re- » belles huguenots à la pipée. » ( VEstoile. )
Maurevert blesse l'amiral d'un coup d'arquebuse; les huguenots sont massacrés le jour de la Saint-Barthélémy.
Coligny est tué le premier : « Besme , Hauste- » fort , Kattain , trouvent l'admirai sur pied en » l'appréhension de la mort ; les admoneste d'a- )) voir pitié de sa vieillesse; se sentant leurs es- » pées glacées dans son corps , il prolonge sa » vie, embrasse la lenestre pour n'être pas jeté » en bas, où tombé il assouvit les yeux du fils » dont il avait fait tuer le père.» ( Tavnnnes.)
Le même historien ajoute : « Le roi de Navarre » et le prince de. Coudé sont menés au roi. Il » leur propose la messe ou la mort , menace » le prince de Condé qui ne se pouvoit feindre. » La résolution de tuer seulement les chefs est )) enfreinte : plusieurs femmes et enfants tués » à la furie populaire; il demeure deux mille » maî-sacrés. »
Tavannes avoit voulu que le massacre ne tombât que sur les chefs des huguenots , et que Cou gagnât la bataille dans Paris, soutenant ce que cette exécution devoit être nette de » toute répréhension , ayant été faite par con- » trainte, enfilée d'un accident à l'autre ; que les » enfants, ces princes et maréchaux de France
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» ( le roi de Navarre, le prince de Gondé , les ma- » réchaux de Montmorency et de Banville), et » pauvres ])ersonnes, et no dévoient pas pâtir » pour les coupables les j(3unes princes inno-
» cents »
Le maréchal de Retz niaintenoit le contraire; il disoit : (( Qu'il lalloit tout tuer; que ces jeunes » princes nourris en la religion , cruellement » offensés de la mort de leur oncle et de leurs » amis s'en ressentiroient; qu'il ne Talloit point » offenser à demi ; qu'en ces desseins extraordi- » naires il ("alloit considérer premièrement s'il » estoit nécessaire, contraint ou juste; les ayant M jugez tels, il ne f'alloit rien laisser qui peust » causer la ruine du but de paix où l'on tendoit; » que, s'il étoit juste en un chef, il l'estoit en » tous; puisque des ])arties joinctes dépendoit » l'elFet principal de 1 action, il les falloit couper, » à ce que les racines ne restassent ; aussi , s'il » n'estoit juste, il falloit s'en tlistraire du tout, » et n'entreprendre rien; au contraire que si on » rompoit les lois, il falloit les violer entière- » ment pour sa seureté, le péché étant aussi M grand pour peu que pour beaucoup. L'opinion )) du sieur de Tavanues subsista pour être plus » juste, et que l'on croyoit celle du maréchal de » Retz ambitieuse des états qu'il vouloit faire » à son profit. »
Voilà la doctrine des assassinats nettement exposée ; elle ne date pas de nos jours.
Depuis le massacre de la Saint-Barthélemj \ Charles IX parut tout changé, et disoit-on quon ne lui voyait plus au visage cette douceur quon avoit accoutumé de lui voir. ( Brantôme. )
Cette exécrable journée ne fit que des martyrs; elle donna aux idées philosophiques un avantage qu'ellesne perdirent plus sur les idées religieuses, et en rendant les catholiques odieux elle augmenta la force des protestants. En i 573 une quatrième guerre civile éclata par le soulèvement de la ville de Montauban. Le sénéchal de Périgord, André de Bourdeille , écrivoit au duc d'Alençon , le i 3 mars 1 574 : « Si le roi , la reine et vous ne
■• Je ne donne presqu'aucun détail sur la Saint-Barthélémy , en voici la raison : Bonaparte avoit fait transporter à Paris les archives du Vatican ; immense et précieux trésor qui, bien fouillé, pourroit changer en grande partie l'histoiie moderne. Quoi qu'il en soit, quelques recherches dans ce dépôt sur l'époque de la Saint -Barthélémy m'ont mis en possession des dépêches de Salviati , alors chargé d'affaires de la cour de Rome à Paris. Ces dépêches tantôt en chair, tantôt chiffrées avec la traduction interlinéaire ^ sont d'un grand intérêt. Je les publierai peut-être un jour en y joignant, par forme d'introduction, l'histoire complète de !a Saint-Barthélemv.
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» pourvoyez aux troubles de l'état autrement » que par le passé , je crains de vous voir aussi « petits compagnons que moi. »
Le siège lut mis devant La Rocbelle par le duc d'Anjou. Quatrième paix , avantageuse aux huguenots. Le duc d'Anjou (depuis Henri III) alla prendre la couronne de Pologne, et raconter dans les forêts de la Lithuanie, k son médecin Miron , les meurtres dont la pensée l'empêchoit de dormir : «Je vous ai fait venir ici pour vous » faire part de mes inquiétudes et agitations de M cette nuit, qui ont troublé mon repos, en re- » pensant à l'exécution delà Saint-Bartliélemy.» En quittant la France, le duc d'Anjou avoit été moins poursuivi du souvenir de ses crimes que de celui de ses amours ; il écrivoit avec son sang à Marie de Clèves , première femme de Henri I"., prince de Condé.
Dans l'année 1 574 se forma le parti des politiques ou des centres, qui l'emportèrent à l'a fin comme dans toutes les révolutions, parce que c'est celui des hommes raisonnables , et que la raison est une des conditions de l'existence sociale. Les politiques avoient pour chefs le duc d'Alençon et les Montmorency : la faction la plus foibîe, celle des huguenots, s'attacha naturellement aux politiques. La Mole et Coconas furent décapités pour intrigues; le premier éloit aimé de la
reine Marguerite, le second d'Henriette deClèves, duchesse de Nevers.
Charles IX languissoit depuis deux années; il se félicitoit de n'avoir point de fils, de crainte que ce fils n'eût été aussi malheureux que lui. Ayant appris un soulèvement des Princes: «Au » moins , dit-il , s'ils eussent attendu ma mort; » c'est trop m'en vouloir. » Il mourut au château de Vincennes, le 30 mai 1574. Deux jours avant qu'il expirât, les médecins avoient fait retirer toutes les personnes de sa chambre, « hor- » mis trois, savoir La Tour, Saint-Pris et sa nour- » rice , que S. M. aimoit beaucoup , encore qu'elle M lût huguenote. Comme elle se fut mise sur un )i cofire, elle commençoit à sommeiller ; ayant en- » tendu le roi se plaindre, pleurer et soupirer, » s'approche tout doucement du lit, et., tirant sa » custode, le roi coijimença à lui dire, jetant un » grand soupir et larmoyant si fort que les san- » glots lui coupoient la parole : Ah ! ma nourrice, w ma mie , ma nourrice , que de sang et que de » meurtres ! ydlh ! que fui suivi un méchant cou- » seil. Oh ! mon Dieu! pardonne-les moi , s'il te
» plaît Queferai-je ? je suis perdu, je le vois
» bieîi. Alors la nourrice lui dit : Sire, les meur- » très soyent sur ceux qui vous les oiit ïait faire; » mais de vous, Sire, vous n'en pouvez mais, et » puisque vous n'y prêtez pas consentement et en
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» avez regret, croyez que Dieu ne vous les impu- » tera jamais et les couvrira du manteau de la » justice de son fds , auquel seul faut qu'ajiez » votre recours; mais pour l'honneur de Dieu, que )» V. M, cesse de larmoyer. Et sur cela lui ayant » été quérir un mouclioir pour ce que le sien étoit » tout mouillé de larmes, après que S. M. l'eut » pris de sa main , lui fit signe qu'elle s'en allât » et le laissât reposer. »
Ce roi qui tiroit par les fenêtres de son palais sur ses sujets huguenots, ce monarque catholique se reprochant ses meurtres, rendant l'àme au milieu des remords en vomissant son sang, en poussant des sanglots, en versant des torrents de larmes, ahandonné de tout le monde, seulement secouru et consolé par une nourrice huguenote I N'y aura-t-il pas quelque pitié pour ce monarque de vingt-trois ans, né avec des talents heureux, le goût des lettres et des arts, un caractère naturellement généreux , qu'une exécrable mère s'étoit plu à dépraver par tous les abus de la débauche et de la puissance? Charles IX avoit dit à Ronsard, dans des vers dont Ronsard auroit dû imiter le naturel et l'élégance :
Tous deux éc;alement nous portons des couronnes, Mais roi je la reçois , poëte , tu la donnes.
Heureux si ce prince n'avoit jamais reçu une couronne doublement souillée de son propre sang et de celui des François, ornement de tête incommode pour s'endormir sur l'oreiller de la mort.
Le corps de Charles IX fut porté sans pompe à Saint -Denis, accompagné par quelques archers de la garde , par quatre gentilshommes de la chambre et par Brantôme , raconteur cjaiique qui mouloit les vices des grands comme on prend l'empreinte du visage des morts.