FRANÇOIS II
De i55g à i56o.
Les régnes de François II, de Charles IX, d'Henri III, et une partie du règne d'Henri IV, jusqu'à la reddition de Paris , ne forment qu'un seul drame dont les principales figures sont , pour les femmes : Catherine de Médicis , Marguerite de Valois, Marie Stuart, Jeanne d'Albret , la duchesse de Nemours , madame de Montpensier , madame d'Aumale , madame de Noirmoutiers , Gabrielie d'Estrées et quelques
autres; pour les hommes , parmi les princes, les prélats et les guerriers : les deux premiers Guises, François cle Guise et le cardinal de Lorraine; la seconde génération des Guises, Henri dit le Balafré , le cardinal de Guise et le duc de Mayenne; le duc de INemours, le connétable Anne de Montmorency, l'amiral de Coligny et les Cliàtiiîons; les princes du sang, Antoine roi de Navarre, son fils Henri de Béarn, et les deux princes de Condé; pour les magistrats : L'Hôpital, le premier Mole, Harlay, Brisson, de Thou.
Dans le second plan du tableau, les personnaees sont : les filles d'honneur de Catherine de Médicis, les mignons de Henri HI et de son frère le duc d'Alençon , les satellites des Guises ; Maugiron , Saint-JVîégrin , Joyeuse, d'Espernon, Bussy; les grands massacreurs de la Saint- Barthélémy , Maurevert, Besme, Conconnas, Thomas, le parfumeur de Catherine de Médicis, sans oublier Poltrot, Jacques Clément, et enfin Ravaillac qui ferma plus tard la liste de ces assassins.
Les gens de lettres et les savants ne doivent point être oubliés dans cette scène , parce que chacun d'eux y joue un rôle selon la religion qu'il professoit : Jean de Bellai , cardinal ; Mel.ancthon, Beauvais , gouverneur de Henri IV;
Jean Calvin, Charles Etienne, Etienne Jodelle, Charles Dumoulin, Henri d'Oysel , Pierre Ramus, du Tillet, Belleforets, Jean de Montluc, évoque de Valence ; Pibrac , Ronsard , Saint-Gelais, Amiot , Bodin , Charron , Cujas, Fauchet , Garnier, du Haillan , Lipse, de Mesme, Miron , Montaigne, Nicot , d'Ossat , Passerai, Pitou, Scaliger, de Serres. Alors le Tasse racontoit à l'Italie la gloire des anciens chevaliers, à laquelle Cervantes alloit donner une autre espèce d'immortalité en Espagne; le Camoëns chantoit l'Orient retrouvé ; le Génie du mojen âge, apparu sur la terre avec le Dante, descendoit glorieux dans la tombe avec Shakespeare; T} cho-i3rahé , tout en abandonnant le vrai système du monde dévoilé par Copernic, acquéroit le titre de restaurateur de l'Astronomie dans ces régions dont les Romains n'avoient entendu parler que comme la patrie inconnue des Barbares destructeurs de leur empire.
Sur les trônes étrangers , les personnages à remarquer sont, Sixte V, Elisabeth et Philippe II. Des quatre rois qui gouvernèrent la France dans ces troubles , François II , Charles IX , Henri III et Henri IV, le premier n'est célèbre que par la beauté et les malheurs de sa veuve, cette Marie Stuart qui transmit à son fils un nom funeste et un sang d'échafaud.
DE L'HIST^OIRE DE FRArfCE. 279
Le gouvernement , sous François II , tomba aux mains des oncles maternels de ee jeune monarque, François de Guise et le cardinal de Lorraine. Le cardinal avoit des liaisons intimes avec Galherine de Médicis : « Un de mes amis » non huguenot , dit l'Estoile , m'a conté qu'étant M couché avec un valet de chambre du cardinal M dans une chambre, qui entroit en celle de la » reine-mère , il vit sur le minuit ledit cardinal » avec une robe de nuit seulement sur ses épau- » les , qui passoit pour aller voir la reine, et que » son ami lui dit, que s'il avenoit jamais de par- » 1er de ce qu'il avoit vu , il en perdroit la vie. »
Le connétable de Montmorency et la duchesse de Valentinois voient tomber leur crédit. Antoine de Bourbon et le cardinal son frère sont envoyés en Espagne sous le prétexte d'y conduire Elisabeth de France à Philippe IL La conspiration d'Amboise contre les Guise éclate ; elle étoit dirigée secrètement par le prince de Condé.
Édit de Romorentin par lequel les évêques sont investis de la connoissance du crime d'hérésiCi L'Hôpital fut malheureusement l'auteur de cet édit; il ne le rédigea que pour empêcher l'étalilissement de l'Inquisition.
Convocation des Etats à Orléans, où sont mandés le roi de Navarre et le prince de
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Gondé; le prince de Condé est arrêté comme chef d'une conspiration nouvelle; il est jugé, condamné à perdre la tête, et délivré par la mort de François II (1 559, 1 560).
CHAB.I.ES IX.
De i56o à iS-j^.
Les États d'Orléans de 1560 se voulurent séparer à la mort du roi , disant que leurs pouvoirs étoient expirés; ils furent retenus d'après le principe que le mort saisit le vif et que l'autorité royale ne meurt point. Ils rendirent l'ordonnance sur les matières ecclésiastiques, le règlement de la justice, et les substitutions réduites à deux degrés. Les ordonnances ou décrets des Etats lioient si peu l'autorité royale, que Charles IX révoqua par sa déclaration de Chartres , 1 562 , l'article i ". de l'ordonnance d'Orléans qui rétablissoit la pragmatique.
Catherine de Médicis, sans être régente du royaume sous la minorité de Charles IX, jouit d'une autorité qui se prolongea pendant tout le règne de ce prince et de celui d'Henri III. On a tant de fois peint le caractère de cette femme, qu'il ne présente plus qu'un lieu commun usé; une seule remarque reste à faire : Catherine étoit
Italienne, fille d'une famille marchande élevée à la principauté dans une république ; elle étoit accoutumée aux orages populaires, aux factions, aux intrigues, aux empoisonnements, aux coups de poignards; elle n'avoit et ne pouvoit avoir aucun des préjugés de l'aristocratie et de la monarchie françoise, cette morgue des grands, ce mépris des petits, ces prétentions de "droit divin, cet amour du pouvoii- absolu en tant qu'il étoit le monopole d'une race; elle ne connoissoit pas nos lois et s'en soucioit peu: elle vouloit faire passer la couronne à sa fille. Elle étoit incrédule et superstitieuse ainsi que les Italiens de son temps; elle n'avoit en sa qualité d'incrédule aucune aversion contre les protestants; elle les fit massacrer par politique. Enfin , si on la suit dans toutes ses démarches, on s'aperçoit qu'elle ne vit jamais dans le vaste royaume dont elle étoit souveraine qu'une Florence agrandie, que les émeutes de sa petite république, que les soulèvements d'un quartier de sa ville natale contre un autre quartier, la querelle des Pazzi et des Médicis dans la lutte des Guises et des Châtillons.
Triumvirat du duc de Guise, du connétable de Montmorency et du maréchal Saint-André. Le roi de Navarre fortifie ce triumvirat. Colloque de Poissy, où le cardinal de Lorraine
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plaida pour les catholiques, et Théodose de Bèze pour les huguenots. Le prince de Condé est absout par arrêt du parlement de la conjuration d'Aniboise, au fond de laquelle il étoit pourtant. Marie Stuart retourne en Ecosse. Elle eut un secret pressentiment de ses adversités.
u Icelle n'étant quasi, par manière de dire, que » née, et étant aux mamelles tettant, les Anelois » vindrent assaillir l'Ecosse et fallut que sa mère » l'allàt cacher par crainte de cette furie de terre
» en terre d'Ecosse Et ce nonobstant la
» fallut mettre sur les vaisseaux et l'exposer aux )) vagues, orages et vents de la mer; alla passer
» en France pour sa plus grande seureté
» La maie fortune la laissa et la bonne la prit » par la main. » [Brantôme.^
Ce ne fut pas pour long-temps. Veuve de François II , il lui fallut retourner dans une contrée demi-sauvage le cœur plein de l'image du jeune époux qu'elle avoit perdu ; elle portoit le deuil en blanc, chantoit les élégies qu'elle composoit elle-même, en s'accompagnant du luth :
Si je suis en repos ,
Someillant sur ma couche ,
J'oy qu'il me lient propos ,
Je le sens qui me touche :
En labeur , en recoy ,
Toujours est près de moy. " '■-
Elle s'embarqua à Calais dans les premiers jours de septembre 1561 , au commencement du printemps ; elle vit périr un vaisseau en sortant du port. Appuyée sur la poupe de sa galère , et les yeux attachés au rivage , elle fondit en larmes quand la terre s'éloigna; elle demeura cinq heures entières dans cette attitude, répétant sans cesse: Adieu, France! adieu , France ! Lorsque la nuit fut venue : « Adieu donc , ma chère France, que je perds » de vue, redisoit- elle, je ne vous verrai ja- » mais plus. » Elle refusa de descendre dans la chambre de la galère; on étendit un tapis sur le château de poupe ; elle s'y coucha sans prendre aucune nourriture. Elle commanda au timonier de l'éveiller au point du jour, si l'on apercevoit encore lescôtes de France. En effet, la terre restoit visible au lever de l'aurore, et Marie Stuart la salua de ces derniers mots : Adieu la France ! cela est /ait : adieu la France ! Je pense ne vous voir jamais plus. (Brantôme.) Une autre exilée , plus malheureuse encore , a pu prononcer les mêmes paroles en allant demander un abri au palais solitaire de Marie Stuart.
Premier édit en faveur des huguenots ; le parlement refuse d'abord de l'enregistrer. Première guerre civile à la suite du massacre de Vassy. Le prince de Gondé, déclaré chef des protes-
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taiiLs, s'empare de la ville d'Orléans. Rouen tombe au pouvoir des huguenots : Antoine, roi de Navarre , père de Henri IV , blessé devant cette place, le 16 octobre 1562, meurt, par intempérance, des suites de cette blessure; il avoit été protestant et s'étoit lait catholique. Jeanne d'Aîbret, sa femme, de catholique qu'elle avoit été, s'étoit changée en huguenote très-forte , dit Brantôme.
Bataille de Dreux que perdent les huguenots. Les deux généraux des deux armées furent faits prisonniers, le prince de Condé, chef de l'armée protestante , et le connétable de Montmorency , chef de l'armée catholique. Le maréchal de Saint-André fut tué. Le duc de Guise décida la victoire, et le soir partagea son lit avec le prince de Condé son prisonnier : le prince de Condé ne put dormir; le duc de Guise ne fit qu'un somme ( 1562 ).
Le duc de Guise est assassiné devant Orléans, par Poltrot. Il est probable que l'amiral de Coligny connut les projets du meurtrier. Les dernières paroles de Guise à Poltrot, bien que connues de tous , ne doivent jamais être omises ; il les faut redire en vers pour rappeler à la fois la mémoire de deux grands hommes :
De? Dieux que nous servons connois la différence : Le tien t'a commandé le meurtre et la vengeance ■■,
Le mien, lorsque ton bras vient de m'assassiner. M'ordonne de te plaindre et de te pardonner.
François de Guise fut supérieur à son fiîs Henri, quoique non appelé à jouer un aussi grand rôle : il faut remonter jusqu'aux Romains pour retrouver cette hérédité de gloire et de génie dans une même famille. C'est ici le point le plus élevé de la seconde aristocratie ; elle jeta en expirant autant d'éclat que la première; elle étoit moins morale, mais plus civilisée et plus intelligente.
Le 1 9 mars 1 563 , première paix entre les catholiques et les huguenots. Ceux-ci donnent Iss premiers l'exemple d'appeler les étrangers à leur secours; ils livrent aux Anglois le Havrede-Grâce qui est repris par Charles IX. Clôture du concile de Trente : ses décrets de police et de réformation ne furent point reçus dans le royaume.
En 1564, l'ordonnance du château de Roussillon , en Dauphiné , fixa le commencement de l'année au 1". janvier. L'année s'ouvroit auparavant le Samedi-Saint, après Vêpres , ce qui, par la mobilité de ce jour, produisoit des aberrations chronologiques. La société moderne étant née du christianisme, l'année en avoit pris l'ère; elle renaissoit avec le Christ.
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L'histoire des monuments et des arts veut que l'on parle des premiers travaux de 1564, pour la construction du palais des Tuileries; élégante architecture que gâtent les ouvrages lourds dont elle a été élargie et écrasée.
C'est en 1565 qu'eut lieu à Bayonne l'entrevue du roi et de Catherine de Médicis avec Isabelle de France, femme de Philippe II, et le duc d'Albe. On a dit que le massacre des chefs huguenots fut confirmé dans cette entrevue, après avoir été conçu au concile de Trente en 1 563 , par le cardinal Charles de Lorraine. La reine, en levant des troupes après le voyage de Bajonne , alarma les protestants régnicoles et étrangers, fit naître la deuxième guerre civile en France, et commencer les troubles des Pays-Bas.
On remarque à peine dans ces temps l'abandon du siège de Malte par les Turcs; de même que, sous Louis XIV, on ne fait guères attention au siège de Candie que par la mort du héros de la Fronde. Pourtant les Infidèles étoient plus formidables que jamais, mais l'esprit des Croisades n'existoit plus. D'Aubusson, risle-Adam et La Valette , représentans de la chevalerie , étoien t comme ces rois sans états, non sans gloire, qui survivent à leur puissance.
Une première ordonnance de Moulins réunit et assimile les domaines possédés par le roi aux
domaines de la couronne. Autre ordonnance de Moulins pour la réformation de la justice : elle fait encore aujourd'hui le fond du droit commun dans le nouveau Code (1566).
L'association des gueux, pour s'opposer à l'établissement de l'inquisition , soulève les Pays- Bas. Le prince d'Orange fuit; l'année d'après, le duc d'Albe fait trancher la tête au comte de Horn et au comte d'Aiguemont.
La bataille de Saint-Denis signala la seconde guerre civile. Le connétable , Anne de Montmorency commandoit l'armée royale; l'armée protestante marchoit sous la conduite du prince de Gondé et de l'amiral de Coligny. Le connénétable reçut huit blessures, et cassa du pommeau de son épée les dents de Jacques Stuart , qui lui tira le dernier coup de pistolet : il avoit vécu sous quatre rois, et étoit âgé de soixantequatorze ans. C'est ce connétable, homme borné, grossier et rigide, qui fait en partie la gloire nationale des Montmorency. Cette maison étoit un débris de la première aristocratie resté au milieu de la seconde ( i 567 ).
Yoici une anecdote qui peint l'homme et les temps : le connétable , grand rahroueur de personnes , étoit à Bordeaux ; Strozzi lui demanda la permission de dépecer un vaisseau de trois cents tonneaux , appelé le M ont- Real , qu'il
disoit vieux, pour en chauffer les t^ardes du roi. Le connétable y conseutit; les jurats de la ville et les conseillers de la cour réclamèrent , disant que le vaisseau étoit bon et pouvoit encore servir.
(( Et , (jui êtes-vous , messieurs les sots , s'écria » le connétable , qui me voulez contrôUer et me » remonstrer? Vous êtes d'habiles veaux d'estre » si hardis d'en parler. Si je faisois bien, j'en- » voy erois tout à cette heure dépecer vos maisons , » au lieu du navire. »
Brantôme, dans un transport d'admiraiton , » s'écrie : « Qui furent estonnez , ce furent ces » galands qui tous rougirent de honte. Et le » navire fut défait dans une après-dînée , qu'on » ne vit jamais si grande diligence de soldats et » goujats. »
A qui appartenoit le vaisseau ? A l'état ou à des particuliers? Voilà les idées qu'on avoit alors de la propriété publique on privée , de l'autorité des lois et des magistrats. On sent dans les paroles du connétable le mélange des deux époque, l'insolence aristocratique et le despotisme monarchique.
Seconde paix de 1568 , apelée la petite paix, suivie immédiatement de la troisième guerre civile. Aventures et mort tragique de don Carlos et d'Elisabeth de France. La reine Elisabeth fait
arrêter Marie Sluyrt , réfugiée en Angleterre. Le chancelier de VHôpital se retire de la cour.
Bataille de Jarnac , gagnée le 13 mars 1569 , par le duc d'Anjou depuis Henri lîl , sur Louis J, prince de Condé, tué après le combat par Moutesquiou. L'amiral de Coligny et le prince de Béarn (Henri IV), déclaré clief du parti, rassurent les huguenots.
Bataille de Montcontour , du 3 octobre de la même année , perdue par l'amiral Coligny. Troisième paix conclue à Saint Germain , au mois d'août 1570. En 1571 , le mariage de Henri de Bourbon , prince de Béarn, est proposé avec Marguerite , vSœur de Charles IX et de Henri HL
Ces batailles de nos guerres civiles religieuses , qui firent tant de bruit, disparoissent aujourd'hui entre les grandes batailles de l'aristocratie sous la féodalité , presque toutes perdues contre les étrangers, et les grandes batailles de la démocratie pendant la révolution , presque toutes gagnées sur les étrangers. ■■■■' io^n •
De l'époque des Valois il ne reste qu'une seule bataille dont le souvenir soit européen, c'est celui delà bataille de Lépante : là se retrouvèrent en présence iles deux religions qui, depuis neuf siècles, n'avoient pu terminer leur