TOME IV
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» aucuns moyens par le ministère ile plusieurs » auxquels ils auroient pratiqué par les pro- » vinces de faire tomber les élections, pour ôter » toute autorité et obéissance à Sa Majesté, et la M rendre odieuse à ses sujets. »
Voici quel étoitle plan du duc de Guise: offrir au roi sa démission do lieutenant général du royaume, demander k se retirer afin d'obtenir des Etats l'épée de conuétable; alors, devenu maître de toutes les forces du royaume, déposer Valois et l'enfermer dans un couvent. Le cardinal de Guise juroit qu'il nevoulolt pas mourir avant d'avoir mis et tenu la tête de ce tyran entre ses jambes ^ pour lui Jaire la couronne avec la pointe d'un poignard. G'étoit un propos de famille : M"", de Montpensier portoit , suspendus à sou côté , des ciseaux à' or pour faire, disoit-elle, la couronne mofiachale à Henri, quand il seroit confiné dans un cloître. Cette femme ne pardonna jamais à Henri III ou des faveurs offertes et dédaignées, ou quelques paroles échappées à ce monarque sur des infirmités secrètes. Ces petits détails seroient peu digues de la gravité des fastes de l'espèce humaine, si en France Ihistoire de l'amour-propre n'étoit trop souvent liée à celle des crimes ^
* Les moqueries tl Henii III pouvoieut avoir aussi
Toutes les batteries étoient dressées pour briser le sceptre dans les mains de Henri de Navarre, héritier légitime , mais protestant. Le duc de Guise faisoit très-peu de cas du Béarnois, par un souvenir de jeunesse et de l'humble condition où il l'avoit vu. « La veille de la Tous- » saint (1572), dit L'Estoile, le roi de Navarre » jouoit avec le duc de Guise à la paume , où le » peu de compte qu'on faisoit de ce petit pri- » sonnier de roitelet , qu'on galopoit à tous » propos de paroles et brocards, comme on eût » fait un simple page ou laquais de cour, faisoit » bien mal au cœur à beaucoup d'iionnestes » hommes, qui les regardoient jouer. »
Reste à savoir si les Etats auroient adjugé la couronne au duc de Guise; la reine-mère la vouloit faire passer à la branche aînée de Lorraine; le vieux cardinal de Bourbon revendiquoit de prétendus droits , et Philippe II mêloit
pour objet quelque imperfection visible. Lorsque madame de Montpensicr apprit l'assassinat de ce prince, elle dit à ses femmes: « Hè bien que t^ous en semble? n Ma léte ne tient-elle pas bien à cette heure? il ni est » avis quelle ne branle plus comme elle branlait aupa- » ravant. >■> Ne pourroit-on pas conchire de ces paroles de madame de Montpensier qu'elle avoit un liocliement de tête , qu'elle faisoit allusion à quelque raillerie de Henri III?
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ses intrigues et ses armes y toutes ces prétentions et à toutes ces discordes.
Quoi qu'il en soit, Henri III, poussé à bout, se réveille pour la vengeance : il se conduisit avec une profondeur de dissimulation, qui ne semhloit plus possible dans une àme aussi énervée et un homme aussi avili.
Il commença parhabituer le cardinal de Guise à venir fréquemment au château, sous le prétexte de lui parler du maréchal de Matignon. Le roi vouloit maintenir ce maréchal en sa charge de lieutenant générai en Guyenne; le cardinal de Guise qui désiroit obtenir cette charge pour lui-même, poussoit les Etats à demander le rappel de Matignon. Le roi flattoit doublement les passions du cardinal, en s'adressant à lui pour modérer les Etats, et en lui laissant l'espérance d'obtenir la place qu'il ambitionuoit.
Henri feignit ensuite un redoublement de ferveur; il fit construire au-dessus de sa chambre de petites cellules, afin d'y loger des capucins, résolu qu'il étoit, disoit-il , de quitter le monde et de se livrer à la solitude. Jin un temps oicil s'agissoit de sa vie et de sa couronne , il paroissoit à vue presque privé de mouvement et de sentiment. Il écrivit de sa propre main un mémoire pour faire dépêcher des parements d'autel et autres ornements d'église aux capucins. Le «lue de
Guise fut tellement trompé à ces marques d'une imbécile foiblesse, qu'il ne vouloit croire à aucun projet du roi : // est trop poltron ^ disoit-il h la princesse de Lorraine; // Ji'oseroit, disoit-il à la reine- mère, qui sembloit l'avertir, en conseillant peut-être sa mort.
Henri régla d'avance tout ce qu'il feroit dans la semaine de Noël, semaine qu'il avoit fixée pour la catastrophe, y compris le vendredi , jour auquel il annonçoit un pèlerinage à Notre-Dame de Cléry. Les plus zélés serviteurs de ce prince, le voyant bc livrer à ces soins et le croyant sincère, désespéroient de sa sûreté. De même que le duc de Guise recevoit de continuels renseignements des desseins du roi, Henri ne cessoit d'être averti des machinations du duc de Guise • le duc d'Espernon lui en mandoit les détails dans ses lettres , et, ce qu'il y a de plus étrange, le duc de Mayenne et le duc d'Aumale étoient au nombre des dénonciateurs ; l'un dépêcha à Blois un gentilhomme, et le second sa femme pour instruire le roi de tout. On ne sauroit douter de ce fait , puisque Henri HI le relate dans sa déclaration publique du mois de février 1589 contre le duc de Mayenne : il affirme que ce duc lui avoit fait dire que, s'il ne venoit pas lui-même révéler le crime projeté de son frère, c'est qu'étant à Lyon il craignoit de ne
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pouvoir arriver assez tôt; ce fait est enoore eonfirmé par le tliic de Nevers clans son traité de la prise des armes. Et pourtant , malgré la déclaration d'Henri lll , la Ligue, taute de mieux, mit Mayenne à sa tête. Ce même Mayenne avoit refusé d'entrer dans les complots contre la vie du roi, notamment dans celui qui devoit être exécuté le jour du service funèbre de la reine d'Ecosse, et il avoit voulu une fois se battre contre son frère , le duc de Guise.
Quant à la duchesse d'Aumale , elle s'étoit engagée, dès la naissance de la Ligue, à avertir le roi de tout ce qui se trameroit contre lui ; malheureusement Villequier, qui trahissoit Henri HI , avoit souvent reçu les confidences de cette femme. Le 10 de novembre 15^8, elle écrivit ù la reine-mère ; Catherine envoya chercher son fils qui lui dépêcha Mirou son médecin pour prendre ses ordres. « Dites au roi , répon- » dit-elle, que je le prie de descendre dans mon » cabinet, pour ce que j'ai chose à lui dire qui » importe à sa vie, h son honneur et à son état. » Le roi descendit accompagné d'un de ses familiers et de Miron. Catherine et son fds se retirèrent dans l'embrasure d'une fenêtre. Quand le roi sortit, les deux témoins , qui se tenoient à l'écart à l'autre bout du cabinet, entendirent la reine-mère prononcer distinctement ces pa-
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rôles: « Monsieur mon fils, il s'en faut dépê- » cher; c'est trop long-temps attendre; mais » donnez si bon ordre que vous ne soyez plus » trompé comme vous le fûtes aux barricades de » Paris. » D'autres ont cru que Catherine ignora le projet de Henri, et qu'elle s'y seroit opposée par ce système de contre -poids qu'elle employoit pour conserver son autorité, au milieu des factions; mais il faut préférer à cette version le récit d'un témoin auriculaire (Miron).
On remarqua que le duc, qui avoit eu connoissance de la conférence , se promena plus de deux heures à pas agités, en donnant des marques d'impatience, au milieu des pages et des laquais, sur la terrasse du donjon du château, appelée la Perche-au-Breton.
Ce château de Blois étoit joint à la ville par un chemin pratiqué dans le roc ; vaste édifice où étoit empreinte la main de divers siècles, depuis les bâtisses féodales des Cbàti lions et la tour du Château-Renaud, jusqu'aux ouvrages demi-grecs et demi-gothiques de Louis XII , de François l". et de ses successeurs : c'est là qu'eut lieu une des catastrophes les plus tiagiques de l'histoire.
Trois jours avant le Balafré avoit invité à souper le cardinal son frère, l'archevêque de Lyon, le président de Neuilly , La Chapelle-Marteau, prévôt des marchands de Paris , et Mendreville ,
tous (le sa faction. Le duc ,par un de ces pressentiments vaççues qui avertissent du péril , avoit quelqu'intention de faire un voyage h Orléans; il dit à ses convives qu'on l'avertissoit d'une entreprise du roi sur sa personne , et il leur demanda conseil.
L'archevêque de Ljon s'éleva avec force contre tout projet de retraite; c'étoit selon lui manquer une occasion qui ne ne retrouveroit jamais, après avoir eu le bonheur d'avoir fait convoquer les États , et d'y avoir réuni tant de membres de la Sainte-Union; il soutint que le duc de Guise disposoit du Tiers-Etat, du Clergé et de plus du tiers des membres de la Noblesse. Le président de Neuilly étoit tout alarmé; la Chaj)elle-Marteau prétendoit qu'il n'y avoit rien à craindre ; mais Meudreville déclara , en jurant , que l'archevêque de Lyon parloit du roi comme d'un prince sensé et bien conseillé; mais que le roi étoit un fou, qu'il agiroit en fou; qu'il n'auroit ni appréhension, ni prévoyance; que s'il avoit conçu un dessein , il l'exécuteroit mal ou bien. Qu'ainsi il se falloit lever en force devant lui, ou qu'autrement il n'y avoit nulle sûreté.
Le duc de Guise trouva que Mendreville avoit plus raison qu'eux tous, mais il ajouta : « Mes » affaires sont réduites en tels termes, que quand M je verrois entrer la mort parla fenêtre, je ne
» voudrois pas sortir par la porte pour la fuir. » Le roi , de son côté , avoit assemblé son conseil , composé des seigneurs de Rieux, d'Alphonse Ornauo et des secrétaires d'état. « Il y a long- )) temps, leur dit-il, que je suis sous la tu- » telle de messieurs de Guibe. J'ai eu dix mille » arguments de me méfier d'eux, mais je n'en » ai jamais eu tant que depuis l'ouverture des » Etats. Je suis résolu d'en tirer raison, mais non » par la voie ordinaire de justice, car M. de » Guise a tant de pouvoir dans ce lieu , que si je » lui faisois faire son procès, lui-même le feroit » à ses juges. Je suis résolu de le faire tuer pré- » sentement dans ma chambre; il est temps que » je sois seul roi : qui a compagnon a maître. » {Pasquier^. Le roi ayant cessé de parler, un ou deux membres du conseil proposèrent l'emprisonnement légal et le procès en forme; tous les autres furent d'une opinion contraire, soutenant qu'en matière de crime de lèsemajesté la punition devoit précéder le jugement.
Le roi confirma cette opinion ; k Mettre le » Guisnrd en prison, dit-il, ce seroit mettre » dans les filets le sanglier qui seroit plus puis- » santque nos cordes. » {L'Estoile. )
On délibéra sur le jour où le coup seroit frappé; le roi déclara qu'il feroit tuer le duc de
vt..
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Guise au souper que l'archevêque de Lyon lui dieyoit donner, le dimanche avant la Saint- Thomas. Ensuite, l'exécution lut retardée jusqu'au mercredi suivant, jour même de la Saint- Thomas, et enfin renvoyée au 23, avant-veille de Noël. . . .
Le 22 , le duc de Guise , se mettant à table pour dîner, trouva sous sa serviette un billet ainsi conçu : « Donnez-vous de s^arde, on est » sur le point de vous jouer un mauvais tour. » Il écrivit au bas au crayon : on noseroit; et il jeta le billet sous la table. Le même jour, le duc d'Elbeul lui dit qu'on attenteroit le lendemtain à sa vie. « Je vois bien, mon cousin, ré- » pondit le Balafré , que vous avez regardé votre » almanacli, car tous les almanachs de cette » année sont farcis de telles menaces, » (L' Estoile).
Le roi avoit annoncé qu'il iroit le lendemain 23 à la Noue, maison de campagne au bout d'une longue allée sur le bord de la forêt de Blois, à fin de passer la veille de Noël en prières. Rassuré par le projet de ce prétendu voyage, le cardinal de Guise pressa son frère de partir pour Orléans, disant qu'il étoit assez fort, lui cardinal, pour enlever Henri et le conduire à Paris. Une fois remis aux mains des Parisiens, les Etats Vauroient déposé comme inca-
pable de régner, puis confiné dans un château avec une pension de deux cent mille écus; le duc de Guise eût été proclamé roi à sa place : c'étoit le dernier plan , car les plans varioient. Catherine avoit elle-même songé à priver son fils de la couronne , mais en lui donnant dans sa retraite des femmes au lieu d'or, comme chaînes plus sûres; elle eût alors demandé le trône pour le duc de Lorraine, son petit-fils par sa fille. Deux grands conspirateurs cherchoient donc à se devancer pour s'arracher mutuellement le pouvoir et la vie; leurs complots respectifs étoient connus de l'un et de l'autre : le plus dissimulé l'emporta sur le plus vain.
Le 22, le roi, après avoir soupe, se retira dans sa chambre vers les sept heures; il donna l'ordre à Liancourt, premier écujer, de faire avancer un carrosse à la porte de la galerie des Cerfs, le lendemain matin, 23 décembre , à quatre heures, toujours sous prétexte d'aller à la Noue. En même temps, il envoya le sieur de Marie inviter le cardinal de Guise à se rendre au château à six heures, parce qu'il désiroit lui parler avant de partir. Le maréchal d'Auraont, les sieurs de Rambouillet, de Main tenon, d'O, le colonel Alphonse Orna no, quelques autres seigneurs et gens du conseil, les quarante-cinq gentilshom-
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mes ordinaires , furent requis de se trouver à la même heure dans la chambre du roi.
A neuf heures du soir le roi mande Larchant, capitaine des gardes-du-corps; il lui enjoint de se tenir le lendemain, à sept heures du matin, avec quelqwes-uns des gardes, sur le passage du duc de Guise quand celui-ci viendroit au conseil; Larchant et les siens présenteroient à ce prince une supplique tendant k les faire payer de leurs appointements. Aussitôt que le duc seroit entré dans la chambre du conseil qui formoit l'antichambre de la chambre du roi, Larchant se saisiroit de l'escalier et de la porte, ne laisseroit ni entrer, ni sortir, ni passer personne. Vingt autres gardes seroient placés par lui Larchant à l'escalier du vieux cabinet, d'où l'on descendoit à la galerie des Cerfs.
Tout étaiit disposé de la sorte, Henri rentra dans son cabinet avec de Termes; c'étoit Roger de Saint-Lary de Belgarde , si connu depuis. A minuit Valois lui dit : « Mon fils , allez vous cou- » cher , et dites à Duhalde qu'il ne faille de » m'esveiller à quatre heures, et vous trouvez ici » à pareille heure. Le roi prend son bougeoir V et s'en va dormir avec la reine. » {Miron.)
Le duc de Guise veilloit alors auprès de Charlotte de Beaune , petite-fille de Semblançai, mariée d'abord au seigneur de Sauve, et en secondes
noces à François de la Tiémoille, marquis de Noirmoutiers. Aussi belle que volage, elle alloit, selon l'expression libre du Laboureur, coucher d'un parti chez lautre. Liée jadis avec le duc d'Alençon et le roi de Navarre, les secrets qu'elle déroboit au plaisir, elle les redisoit à Catherine de Médicis et au duc de Guise. Cette fois elle essaya de l'éclairer sur les dangers qu'il couroit; elle le conjura de fuir, mais il crut moins à ses conseils qu'à ses caresses , et il resta : il ne rentra chez lui qu'il quatre heures du matin ; on lui remit cinq billets t|ui tous l'admonestoient de se précautionner contre le roi. Le duc mit ces billets sous son chevet. Le Jeune, son chirurgien, et beaucoup d'autres clients qui l'environnoient, le supplioient de tenir compte de cet avis : « Ce ne » seroit jamais fini, répondit- il; dormons, et » vous, allez coucher. » (MiroTi.)
Le 23 , à quatre heures du matin , Duhalde vint heurter à la porte de la chambre de la reine; la dame de Piolant, première femme de chambre, accourt au bruit : « Qui est ]h ? » dit- » elle. — «C'est Duhalde, répond celui-ci; •>y dites au roi qu'il est quatre heures. » — « Il dort » et la reine aussi , » répliqua la dame de Piolant. — « Eveillez-le, dit Duhalde, ou je heurterai si » fort que je les réveillerai tous deux. »
Le roi ne dormoit point , ses inquiétudes
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étoicnttrop vives. Ayant appris la venue de Duhalde, il demande ses bottines, sa robe de chambre et son bougeoir; il se lève, et, laissant la reine tout émue , se rend dans son cabinet où l'attendoient déjà de Termes et Duhalde. Il prend les clefs des cellules destinées aux capucins; il monte éclairé par de Termes qui portoit le bougeoir devant lui ; il ouvre une cellule et y enferme Duhalde élira jé ; il redescend; et, à mesure que les quarante-cinq gentilshommes de sa garde se présentent , il les conduit aux cellules dans lesquelles il les incarcère un ■4 un , comme Duhalde. Les personnages convoqués au conseil commencoient d'arriver au cabinet du roi ; on y pénétroit à travers un passage étroit et oblique quHenri avoit fait pratiquer exprès dans un coin de sa chambre à coucher, laquelle précédoit ce cabinet. La porte ordinaire de la chambre avoit été bouchée. Lorsque les ministres et les seigneurs sont entrés, le roi va mettre en liberté ses prisonniers, les ramène en silence dans sa chambre, leur recommandant de ne faire aucun bruit , à cause de la rei«e-mère qui étoit malade et logée au-dessous.
Ces précautions prises, le roi revient au conseil , et redit aux assimilants ce qu'd leur avoit déjà dit sur la nécessité cù il se trouvoit réduit de prévenir les complots du duc de Guise. Le
maréchal d'Aumont hésitoit , parce que le roi avoit promis et juré le 4 décembre , sur le saint sacrement de l'autel , parfaite réconciliation et amitié avec le duc de Guise : «Mon cousin, lui »avoit-il dit , croyez- vous que j'aje l'àme si » meschante que de vous vouloir mal ? au con- » traire, je déclare qu'il n'y a personne en mon » royaume que j'ayme mieux que vous , et à qui » je sois plus tenu , comme je le feray paroistre
» par bons efiétcs d'icy à peu de temps
» Cet a théiste Henri de Valois cacheta
» sa trahison avec une cire du corps de Notre » Seigneur Jésus-Christ. » (^ Vie et mort de Henri » de Valois. )
On calma les scrupules du maréchal d'Aumont, en s' efforçant de lui prouver que le duc de Guise avoit manqué le premier à sa parole.
Le roi passa du cabinet du conseil dans la chambre où étoient assemblés les gentilshommes , et il leur parla de la sorte :
« Il n y a aucun de vous qui ne soit obligé de » reconnoître combien est grand l'honneur qu'il » a reçu <le moi, ayant fait choix de vos person- » nés sur toute la noblesse de mon royaume, pour ') confier la mienne à leur valeur, vigilance et » fidélité. Vous avez été mes obligés , maintenant » je veux être le vôtre en une urgente occasion , » où il y va de mon honneur,. de mon état et de
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» ma vie. Vous savez tous les insultes que j'ai » reçues du duc de Guise, lesquelles j'ai souilertes , » jusqu'à faire douter de ma puissance et de mon » courage, pensant par ma douceur allentir ou » arrêter le cours de cette violente et furieuse » ambition. 11 est résolu de faire son dernier » effort sur ma personne, pour disposer après de M ma couronne et de ma vie. J'en suis réduit à » telle extrémité, qu'il faut que je meure ou qu'il » meure, et que ce soit ce matin. Ne voulez-vous » pas me servir et me venger?»
Tous ensemble s'écrièrent qu'ils étoient prêts à tuer le rebelle; et Sariac , gentilhomme gascon, frappant de sa main la poitrine du roi , lui dit : Cap de Diou , sire, iou lou bous rendis mort !
Henri les pria de modérer, les témoignages de leur zèle , de peur d'éveiller la reine-mère. « Voyons, dit-il ensuite; qui de vous a des poignards? » Huit d'entre eux en avoient : le poignard de Sariac étoit d'Ecosse. Ces huit gentilshommes, pourvus de l'arme des assassins, furent particulièrement choisis pour demeurer dans la chambre et porter les premiers coups; le roi leur adjoignit un autre garde nommé Loignac , qui n'avoit qu'une épée. Douze autres des quarante-cinq furent placés dans le vieux cabinet où le roi devoit mander le duc ; ils reçurent l'ordre
de le tuer ou de l'achever de tuer à coups d'épée , lorsqu'il lèveroit la portière de velours pour entrer dans le cabinet. Le reste des gardes prit poste k la montée qui conimuniquoit du cabinet à la galerie des Cerfs. Nambu, huissier de la chambre , ne devoit laisser entrer ni sortir personne que par le commandement exprès du roi. Le maréchal d'Aumont s'assit au conseil pour s'assurer du cardinal de Guise et de l'archevêque de Lyon , après la mort du duc.
Le roi se retira dans un appartement qui avoit vue sur les jardins, ayant tout ordonné avec le sang-froid d'un général qui va donner une bataille décisive ; il ne s'agissoit que d'un assassinat et de la mort d'un homme; mais cet homme étoit le duc de Guise. Henri , demeuré seul , ne garda pas cette tranquillité; il alloit, venoit, ne pou voit demeurer en place , se présentoit à la porte de son cabinet. Plein d'intérêt et de pitié pour les meurtriers , il les invitoit à bien se prémunir contre le courage et la force de cet autre fleuri qu ils étoient chargés d'immoler. « Il est «grand et puissant, leur disoit-il ; s'il vous » endommageoit j'en serois marry. » On lui vint apprendre que le cardinal de Guise étoit entré au conseil ; mais son frère n'arrivoit pas, et le roi étoit cruellement travaillé de ce retard.