‹ Études; ou, Discours historiques sur la chute de l'Empire romain; la naissance et les progrès du christianisme, et l'invasion des barbares; suivis d'une Analyse raisonnée de l'histoire de FranceChapitre 72 sur 80 · TOME IV · texte numérisé non relu

TOME IV

Le duc (Jormoit; il cherchoit dans le sommeil le renouvellement de ses forces épuisées aux voluptés de cette même nuit qui vit préparer sa mort : il alloit entrer dans une nuit plus longue où il auroit le temps de se reposer , prêt à tomber qu'il étoit des bras d'une femme entre les mains de Dieu. Ses valets de chambre ne l'éveillèrent qu'à huit heures, en lui disant que le roi étoit pr«*s de partir. Il se lève à la hâte, revêt un pourpoint de satin gris, et sort pour se rendre au conseil.

Arrivé sur la terrasse du château , il est accosté par un gentilhomme d'Auvergne nommé La Salle, qui le supplie de ne passer outre: « ]Mon bon ami, lui répond - il , il y a longtemps que je suis guéri d'appréhensions. » Quatre ou cinq pas plus loin , il rencontre un Picard appelé d'Aubencourt qui cherche à le retenir; il le traite de sot. Ce matin même il avoit reçu neuf billets qui lui annonroient son sort; et il avoit dit , eu mettant le dernier dans sa poche : « Voilà le neuvième. » Au pied de l'escalier du château, le capitaine Larchant lui présenta, comme il en étoit convenu avec le roi, une requête, afin d'obtenir le paiement des gardes ; et c'étoit ces mêmes gardes qui alloient assassiner celui dont ils imploroient la bonté : on profitoit du généreux caractère du duc pour lui ôter les

soupçons qu*il eût pu concevoir à la vue des soldats.

Arrivé dans la chambre du conseil , il parut cependant étonné de la présence du maréchal d'Aumont, car on ne devoit traiter que de matières de finances. Il s'assit, et dit un moment après : « J'ai froid, le cœur me fait mal , quon » fasse du feu. » Quelques gouttes de sang lui churent du nez et quelques larmes des yeux, affoiblissement qu'on attribua plutôt à une débauche qu'à un pressentiment. S'étant établi devant le feu, il laissa tomber son mouchoir, et mit le pied dessus comme par mégarde. Fontenai ou Mortefontaine, trésorier de l'épargne, le releva; sur quoi le duc de Guise pria Fontenai de le porter à Péricart, son secrétaire, pour en avoir un autre, et de dire en même temps à ce secrétaire de le venir promptement trouver. « C'étoit , » comme plusieurs ont cru, dit Pasquier, afin » d'avertir ses amis du danger où il pensoit » être.» Saint-Prix, premier valet de chambre du roi, présenta au duc quelques fruits secs qu'il avoit demandés au moment de sa défaillance.

Henri ayant appris l'arrivée du duc de Guise , envoya Pvévol l'inviter à lui venir parler dans le vieux cabinet. L'huissier de la chambre, Nambu, refusa , d'après sa consigne , le passage à Révol ; celui-ci revint vers son maître avec un visage

effan'; : « Mon Dieu! qu'avez-vous ? dit le roi; » qu'y a-t-il ? Que vous êtes pâle ! Vous me » gâterez tout. Frottez vos joues; frottez vos )) joues, Révol. » La cause du retour de Révol expliquée, Henri ouvre la porte du cabinet, ordonne à Nambu de laisser passer Révol.

Marillac, maître des requêtes, rapportoit une allaire des gabelles, quand Révol parut dans la salle du conseil. « Monsieur, dit-il au duc de » Guise, le roi vous demande; il est en son » vieux cabinet, » et Révol se retire. Le duc de Guise se lève, enferme quelques fruits secs dans un drageoir , répand le reste sur le tapis en disant : « Qui en veut ? » 11 jette sur ses épaules son manteau , qu'il tourne, comme en bellebumeur, tantôt d'un côté, tantôt de l'autre; il le retrousse sous son bras gauche, met ses gants, tenant son drageoir de la main du bras qui relevoit son manteau. «Adieu, messieurs,» dit-il aux membres du conseil , et il heurte aux huis de la chambre du roi. Nambu les lui ouvre, sort incontinent, tire et ferme la porte après lui.

Guise salue les gardes qui étoient dans la chambre ; les gardes se lèvent , s'inclinent et accompagnent le duc comme par respect. Un d'eux lui marcha sur le pied : étoit-ce le dernier avertissement d'un ami ?

Guise traverse la chambre: comme il entroit

dans le corridor étroit et oblique qui menoit à la porte du vieux cabinet , il prend sa barbe de la main droite , se retourne à demi pour regarder les gentilshommes qui le suivoient. Montléry, l'aîné , qui étoit près de la cheminée , crut que le duc vouloit reculer pour se mettre sur la défensive : il s'élance, le saisit par le bras, et lui enfonçant le poignard dans le sein , s'écrie : « Traître , tu en mourras, m EfTranats se jette à ses jambes , Sainte-Malines lui porte un autre grand coup de poignard de la gorge dans la poitrine ; Loignac lui enfonce l'épée dans les reins.

Le duc , à tous ces coups , disoit : « Eh ! mes amis ! Eh ! mes amis ! » Frappé du stylet de Sariac par derrière , il s'écrie à haute voix : « Miséricorde ! » « Et , bien qu'il eût son épée » engagée dans son manteau et les jambes sai- » sies , il ne laisse pourtant de les entraîner, » tant il étoit puissant, d'un bout de la cham- » bre k l'autre, w II marchoit les bras tendus , les yeux éteints , la bouche ouverte , comme déjà mort. Un des assassins ne fit que le toucher et il tomba sur le lit du roi : jamais lit plus honteux ne vit mourir tant de gloire. Le cardinal de Guise , assis au conseil avec l'archevêque de Lyon, entendit la voix de son frère , qui crioit merci à Dieu : « Ah 1 dit-il , on tue

342 ANALYSE RAISONNEE

)) mon frère. » 11 recule sa chaise pour se lever; mais le maréchal d'Aumont, la main sur son épée : « Ne bougez pas , morbleu , Monsieur! » le roi a affaire de vous. » L'archevêque de Lyon, joignant les mains, s'écria : « Notre vie est entre les mains de Dieu et du roi. » Le cardinal et l'archevêque furent d'abord enfermés dans les cellules des capucins , et de là transférés à la tour de Moulins.

Henri , informé que la chose étoit faite , sortit de son cabinet pour voir la victime : il lui donna un coup de pied au visage, comme le duc de Guise en avoit donné un à l'amiral de Coligny , lors du massacre de la Saint- Barthélémy. 11 contempla un moment le Lorrain , et dit : (( Mon Dieu , qu'il est grand ! il » paroît encore plus grand mort que vivant. » {UEstoile. ) « De rechef, il le poussa du pied et » parlant à Loignac : Te semble-t-il qu'il soit mort , Loignac ? Alors Loignac , le prenant par la teste , répondit à Henri de Valois : Je croy qu'ouy : car il a la couleur de mort, sire. Ainsi, Henri de Valois, traistre, couard et poltron , fait

mourir ce magnanime prince

Et croy que si M. de Guise

eût seulement respiré , lorsqu'il le poussa du pied, il fût tombé de frayeur auprès de luy. » ( yie et mort de Henri III. )

DE L'HISTOIRE DE FRAxNCE. 343

Les courtisans abondoient en moqueries , insultant à l'homme qu'ils avoient flatté; ils l'appeloient le beau roi de Paris , nom que lui avoit donné Henri.

L'un des secrétaires d'état , Beaulieu , eut ordre de fouiller le duc : il lui trouva autour du bras une petite clef attachée à des chaînons d'or, dans les poches de son haut-de-chausse une bourse qui contenoit douze écus d'or, et un billet sur lequel étoient écrits ces mots de la main du duc : « Pour entretenir la guerre en France, il faut 700 mille livres tous les mois. » Un cœur de diamants fut pris par d'Entragues à son doigt ( Miron ). « Les quarante-cinq lui ôtèrent son » épée , ses pendants d'oreille et anneaux fort » précieux qu'il avoit aux doigts ( F^ie et mort d'Henri IIP).)) Beaulieu ayant achevé sa recherche et s'apercevant que l'illustre massacré respiroit encore . « Monsieur , lui dit-il , cependant qu'il » vous reste un peu de vie , demandez pardon à » Dieu et au roi. » G'ëtoit le roi qui auroit dû demander pardon à Dieu et au duc de Guise ; l'homme le lui eut accordé. « Alors le prince » de Lorraine , sans pouvoir parler , jelant un » grand et profond soupir comme d'une voix » enrouée , il rendit l'âme, fut couvert d'un man- » teau gris , et au-dessus mis une croix de paille. » ( Miron. )

344 ANALYSE KAISONNÉE '

On trouve dans un pamphlet du temps une nnecdote peu connue. Il est»*dit que le roi ajant fait arrêter les principaux seigneurs catlioliques commanda de les amener en sa présence, leur montra le corps du duc de Guise, et leur dit : « Messieurs, voili» votre Roi de Paris habillé

» comme i! le mérite Cela faict, Ton

» ameine le jeune prince de Ginville (Joinville) , » auquel semblablement le roi monstre le corps » mort estendu sur la place, du dict sieur de » Guise : laquelle veiie saisit tellement le cœur » du jeune prince , qu'il cuida tomber pasmé » sur le corps de son père, quand le Pvoi le » retint, et à l'instant le jeune prince ne pouy> vant baiser son père, pOur lui dire le dernier » adieu, commence à vomir une infinité de pa- )) rôles injurieuses contre les massacreurs de son » père : occasion que le Roi commanda que l'on » lemistà mort, ce qui eût été exécuté, si Charles » Monsieur, présent, qui ayme naturellement le » dit prince de Ginville , ne se fût jeté à ge- » noux devant le roy, le priant de lui vouloir » donner en garde ledict prince, à la charge de » le représenter quand il en seroit requis.» {Les cruautés sanguinaires exercées envers feu monseigneur le cardinal de Guise , etc. )

Deux heures après, le corps du duc de Guise fut livré à Richelieu, prévôt de France, aïeul

de ce cardinal qui n'épargna pas les grands , mais qui les fit mourir par la main du bourreau.

Le lendemain , le cardinal de Guise fut tué dans la tour du Moulin à coups de hallebarde. Il se mit à genoux, se couvrit la lête, et dit aux meurtriers : « Faites votre commission. » Ils étoient quatre au salaire de cent écus , chaque : Les bons des Septembriseurs étoient de cinq francs : le prix de main-d'œuvre avoit baissé. Le cardinal de Guise étoit plus méchant, avoit plus de résolution et autant de courage et d'ambition que le duc, mais il l'avoit mise au service de son aîné. Quinze jours auparavant, la duchesse de Guise étoit allée à Paris pour y faire ses couches; elle y avoit été suivie de madame de Montpensier.

Richelieu , accomjDagné de ses archers , se transporta dans la salle du Tiers-Etat , se saisit du président de Neuilly, de Marteau, prévôt des marchands, de Compans et de Cotteblanche, échevins de Paris; mais il n avoit point reçu l'ordre de faire sauter l'assemblée par les fenêtres.

Henri avoit épuisé ce qui lui restoit de vigueur dans l'assassinat des deux frères : il n'appela point son armée de Poitou pour marcher immédiatement sur Paris, et ne se saisit point

d'Orléans. Quand il alla voir sa mère après le meurtre , et qu'il lui dit : « Madame , je suis 1) maintenant seul roi, je n'ai plus de compa- » gnon. » Elle lui répondit : « Que pensez-vous •» avoir Tait? Avez-vous donné ordre à l'assurance )) des villes? C'est bien coupé, mon fils, mais il » faut coudre. » Catherine étoit mourante, elle expira le 5 de janvier 1589, « à Blois, où elle » étoit adorée et révérée comme la Junon de la » cour. Elle n'eut pas plus tôt rendu le dernier » soupir, qu'on n'en fit pas plus de compte que » d'une chèvre morte.» (L'JEstoile.)

Le jour et le lendemain de la mort des Guises, Henri III fit arrêter le cardinal de Bourbon, la duchesse de Nemours, le duc de Nemours son fils, le prince de Joinville, le duc d'Elbeuf et l'archevêque de Lyon; les autres seigneurs de la Ligue, qui se trouvoient à Blois, se sauvèrent de vitesse. Toutes les boutiques furent fermées; il tomba des torrents de pluie. Les corps du duc et du cardinal de Guise, transportés dans une des salles basses du château , furent découpés par le maître des hautes -œuvres, puis brûlés en lambeaux pendant la nuit, et leurs cendres enfin jetées dans le fleuve. Un roi de France couchoit au-dessus de cette boucherie; il pouvoit entendre les coups de hache qui dépeçoient les corps de ses grands sujets, et sentir

l'odeur de la chair des victimes. Selon une autre version beaucoup moins authentique que celle de Miron et de l'Estoile, les corps des deux frères auroient été mis dans de la chaux vive. Madame de Montpensier attendoit à Paris le moine qui devoit sortir de ses bras , pour aller planter son couteau dans le ventre de Henri III, comme le duc de Guise étoit sorti des bras de madame de Noirmoutiers , pour tomber sous le poignard des gardes de ce monarque.

En 1807, revenant de la Terre-Sainte, je passai à Blois, et visitai le château; il étoit rempli de prisonniers de guerre. Ce fut un soldat polonois qui me montra la salle des Etats, la chambre où le duc de Guise avoit été assassiné, et sur le pavé de laquelle on avoit cru voir longtemps des traces de sang. Qu'étoit devenu Henri Hî, roi de Pologne? Où étoit alors la race des monarques françois? Où est aujourd'hui celui qui avoit poussé ses soldats au delà de la Vistule, celui qui, changeant la face de l'Europe, avoit fait oublier les plus grandes époques de notre histoire ? La Loire a roulé les cendres du duc de Guise h cet Océan qui emprisonne celles de Napoléon de Vautre côté de la terre. Ainsi les siècles se vont effaçant les uns les autres. Il ne reste que Dieu pour rendre compte de toutes ces vanités des sociétés humaines.

J48 AJNALYSE RAISOJNJNEE

Lorsque la nouvelle de la mort des deux trères parvint dans la capitale, le premier moment fut delà stupeur et de l'effroi; mais bientôt les ligueurs se soulèvent; le duc d'Aumale, créé gouverneur de Paris, fait fouiller les maisons des royaux et des politiques, et emprisonner les suspects. Le prédicateur Lincestre déclare que le vilain Hérocle (anagramme du nom Henri de Valois) n'étoit plus roi des François. Il oblige ses auditeurs à jurer de répandre jusqu'à la dernière goutte de leur sang, d employer jusqu'à la dernière obole de leur bourse pour venger la mort des Princes. Le premier président deHarlay :'toit assis devant la cliaire ; Lincestre l'apostrophant, lui crie : « Levez la main, monsieur le » président; levez-la bien haut; encore plus haut )) afin que le peuple la voye. »

Le peuple arracha partout les armoiries du roi, les brisa, les foula aux pieds, les jeta dans le ruisseau, et détruisit les beaux monuments élevés dans l'église de Saint-Paul , à Saint-Mesgrin, Caylus et Maugiron. Le parlement presque tout entier fut mis à la Bastille et à la Conciergerie par Bussy Le Clerc. On obligea le président Brisson à tenir audience, Edouard Mole, conseiller en la cour, à remplir les fonctions de procureur général , Jean Lernaître et Louis d'Orléans à accepter la place d'avocats du roi. Brisson

déposa le 21 janvier, devant deux notaires, une protestation secrète contre tout ce qu'il pourroit être obligé de faire ou de dire contre les intérêts du roi; précaution et pressentiment d'un homme loible qui ne se sentoit pas capable de remplir tous ses devoirs, et qui cependant se sentoit le courage de mourir.

Un héraut, dépêché par Henri aux Parisiens, fut renvojé sans réponse et avec ignominie. La faculté de théologie (c'est-à-dire , selon le sieur de l'Estoile, huit ou dix soupiers et marmitons) déclara les sujets déliés du serment de fidélité et d'obéissance à Henri de Valois, naguères roi.

Primàm qubd populus hujiL'i regni solutus est et liberatus a sacramento Jîdelitatis et obedientiœ prœfato Henrico régi prœstito. Deinde, etc.

Sur la requête de la duchesse douairière de Guise, le parlement rendit un arrêt dans la forme suivante :

Arrests de la court souveraine des pairs de France , donnez contre les meurtriers et assassinateurs de messieurs les cardinal et duc de Gujse.

« Veu par la court, toutes les chambres as- )) semblées , la requeste à elle présentée par » dame Catherine de Clèves , duchesse douai-

rière de Guyse, tant en son nom que comme tutrice naturelle de ses enfans mineurs : contenant que le feu seigneur, duc de Gujse, pair et grand maistre de France, son mary, estoit fils d'un prince qui a remply toute la terre du renom de ses vertus, si utiles à la France, que l'ayant estendue du côté d'AUemaigne , par la conservation de Metz, il l'a rejointe du côté de l'Angleterre à la grande mer, son ancienne borne , par la prise de Calais , et d'un autre endroit, il l'a délivrée de la terreur d'une place par avant réputée inexpugnable parla ruine de Tliionville, Puis ayant heureusement travaillé à purger ce royaume du venin contagieux de l'hérésie qui l'avoit quasi tout infecté, et se voyant prest d'en venir à bout, il fut proditoirement meurtry et assassiné par les ennemys de Dieu et de son église, délaissant trois enfans qui se sont toujours montrés vrais héritiers des vertus de leur père, même de son zèle ardent en la religion catholique , apostolique et romaine

Ceux qui veulent toujours continuer la dissolution de leur première vie et préparer le chemin à la domination des hérétiques, n'en peuvent imaginer un plus propre moyen que le massacre des princes qui s'estoient toujours

)) montrez les plus affectionnez au soulagement » du peuple et à la conservation de la pure reli- » gion catholique. Pour l'exécution duquel des- » seing ayant rejuré ledit d'union , et renou- » vellé les autres promesses d'assurance tant par » sermens solennels que par toutes autres simu- » lotions de bienveillance , voires jusques à se » dewouer par imprécations pleines d'horreur, » après avoir prins la sainte Eucharistie. Enfin , » le vingt-troisième décembre, le duc de Guyse, » qui estoit assis au conseil, ayant esté mandé de » la part du roy, et s'étant levé et acheminé » pour y aller seul, nud, et sans autres armes » que Fespée nec avec sa qualité, comme celui )) qui ne se fût jamais défié d'une si indigne per- » fidie , est cruellement massacré par plusieurs )) meurtriers, expressément disposés à cet efFect.

» La suppliante désireroit en reformer de l'or- » donnance d'icelle, requéroit à cette cause com- » mission de la dicte court luy estre octroyée » pour informer des faicts susdits, circonstances » et dépendances , et ce , par tels des conseillers » de la dicte court qu'il lui plairoit commettre » pour l'information veue et rapportée estre dé- » crétée contre ceux qui se trouveroient chargez )) et coupables et autrement procéder comme » de raison. Oy sur ce le procureur général qui

352 ANALYSE RAISONNEE

» l'auroit requis. Et tout considéré la dicte court, » toutes les chambres assemblées, a ordonné et )) ordonne commission d'icelle estre délivrée à » la dicte suppliante.»

Cet arrél. fait revivre le pouvoir souverain de la cour des pairs même sur un roi , et ce roi est le roi légitime, le roi de France ; l'information doit être faite contre ceux qui se trouveront chargés et coupables ; ces coupables sont les assassins, et leur chef Henri de Valois : enfin le parlement se prétend la cour des pairs : voilà l'aristocratie entière ressuscitée, appuvée de la fougue populaire et recommençant sa vie d'un moment par le jugement d'un roi : qu'a fait de plus la démocratie de 1 793?

D'un autre côté, Henri III , en faisant mourir les deux Guises , avoit agi selon les principes de la monarchie d'alors : toute justice émanoit du roi ;,le roi étoit le souverain juge ; il étoit aussi le pouvoir constituant ; il étoit aussi le pouvoir exécutif ; il faisoit la loi et l'appliquoit ; il portoit le glaive et la main de justice; il avoit droit de prononcer farrêt et de frapper ; un meurtre de sa part pouvoit être inique, mais il étoit légal. Le despotisme est fondé sur les mêmes principes que la démocratie : les spoliations et les massacres sont légaux par le peuple souverain ; les confiscations et les assas-

sinats sont également légaux par le monarque absolu.

Vous voyez ici face à face l'ancienne aristocratie et l'ancienne monarchie avec tous leurs principes et tous leurs inconvénients.

Un service solennel fut fait à Notre-Dame pour le duc et le cardinal de Guise. On exposoit partout leurs portraits ou leurs images en cire, percés de grands poignards. Passoient et repassoient des processions où hommes et femmes , garçons et filles, marchoient pêle-mêle et deminus d'église en église. «. Ce Lon religieux de » chevalier d'Aumale s'y trouvoit ordinairement, » jetant au travers d'une sarbacane des dragées » musquées aux demoiselles auxquelles il don- » noit des collations; auxquelles la sainte Beuve )) n'étoit oubliée , qui seulement couverte d'une M fine toile et d'un point coupé à la gorge se >) laissa une fois mener par-dessous le bras au tra- » vers de l'église de Saint-Jean et muguetter au » scandale de plusieurs.» (VEstoile.)

Mais rien ne fut plus remarquable qu'une procession générale des petits enfants des deux sexes au nombre de cent mille, portant des cierges ardents qu'ils éteignoient sous leurs pieds , eu disant : « Dieu permette qu'en bref la race des » Valois soit entièrement éteinte. »

Les prédicateurs redoubloient d'invectives

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