I. LA LIBERTÉ. — LA LIBERTÉ ET LES SCIENCES MODERNES
et imprimé aux sociétés une direction nouvelle que rien ne faisait prévoir.
Sans remonter jusqu'à l'apparition des Alexandre et des César, ou à cette apparition non moins surprenante de Jésus de Nazareth et de ses douze apôtres. il nous suffirait, pour prouver cette assertion, de remonter le cours de ce siècle, et de voir la somme prodigieuse des surprises les plus variées que renfermèrent certaines dates : 1870, 1848, 1830, 1815, et toute cette période de la grande Révolution Française, éclairée par cette étoile éblouissante du grand Bonaparte, dont rien au monde n'aurait pu faire prévoir le lever, fixer la marche capricieuse, ni marquer le déclin.
Que si les antécédents historiques ne sont pas complètement connaissables, on peut conclure que les prétendues lois de l'histoire sont bien loin d'être trouvées, et que la thèse du déterminisme historique attendra sa preuve longtemps encore. Aucune n'est encore établie et solidement démontrée.
Mais alors même que les historiens finiraient par piace découvrir certaines lois générales, alors même que lîbërtc! l'on pourrait dans des circonstances données, prédire, par exemple, une révolution populaire, ces lois n'auront jamais la rigueur des lois astronomiques produisant une éclipse ou une conjonction ; l'heure, le jour, la minute de cette révolution future, ne seront jamais prédits, ni les acteurs de ces événements désignés nominativement, ni le mode, ni les circonstances dans lesquelles ils doivent se produire ; la prédiction ellemême n'aura jamais qu'une plus ou moins grande probabilité, en sorte qu'il restera toujours une place très large à l'action de la liberté individuelle.
Ici la statistique est venue au secours de l'histoire.
statisti que
objec- Appuyés sur les statistiques oflicielles, Quételet et doTa ses émules ont démontré que le nombre de crimes de toute espèce : vols, assassinats, suicides, adultères, attentats à la pudeur, était sensiblement le même dans un même pays, dans un temps déterminé. De même le nombre de certaines autres actions publiques, telles que mariages, naissances et décès, lettres jetées à la i)oste sans adresse, etc.. De l'invariabilité ou de la constance de toutes ces actions humaines, à leur nécessité, ou à la non-existence du libre arbitre, il n'y avait qu'un pas, et ce pas on a cru logique de le franchir. « L'expérience démontre, — écrivait Quételet, dans son livre sur V Homme, — quecest la société qui prépare le crime et que le coupable n'est que l'instrument qui l'exécute. »
Première Cettc couclusion uous paraît pour le moins trop hàréponse. ^.^^^^ Supposous en effet que les statistiques officielles soient complètesetinfailiibles ; — et elles sont loinde Tétre : que de crimes échappent à la justice hun)aine ! que d'erreurs judiciaires prennent des innocents pour des coupables ! — Supposons que ces statistiques de la criminalité donnent des moyennes annuelles sensiblement identiques, — et elles sont loin de conduire à ce résultat ; on sait par exemple dans quelles proportions elïrayantes a augmenté, ces dernières années, le nombredes suicides, et surtout des suicides d'enfants, ou des autres crimes d'enfants, le nombredes ménages sans naissances, etc. —Supposons donc cette uniformité constante des statistiques pleinement démontrée, pour nous éviter une discussion de chilfres fastidieuse et encombrante, — la conclusion déterministe sera encore bien loin de s'imj)oser.
Le statisticien pourra conclure que le nombre des crimes est déterminé, en ce sens ([u' il y a par exemple un criminel sur cent habitants. Mais si le nombre est