I. LA LIBERTÉ. — LA LIBERTÉ ET LES SCIENCES MODERNES
ainsi faite, à côté des tendances héréditaires, au nom même des faits allégués par les criminalistes.
Pour avoir droit de conclure à la fatalité, ils devraient nous montrer que tous ceux qui ont le type criminel sont effectivement criminels, et que ceux-là seuls sont criminels qui avaient déjà le type criminel. Or nous sommes loin de cette démonstration, ou pour mieux dire les faits de statistique la contredisent ouvertement. Le type criminel, — s'il existe, — n'est donc plus qu'une tendance, et non une fatalité inéluctable.
Allons plus loin, et accordons aux criminalistes, cas téraque, dans des cas exceptionnels, certains enfants q"esconçus dans l'ivresse ou dans des accès de débauches ou de folie, naissent vicieux; — ce que la science pathologique ou plutôt la science des monstruosités, la tératologie, ne démontre que trop vrai. De même que, dans certains cas, la folie est héréditaire, sans qu'on ait le droit de nier l'intelligence humaine, ainsi cette monstruosité, qui est une véritable folie, ne donnerait aucun droit de nier la liberté humaine.
Accordons encore qu'entre l'état normal et la inons- P^s^^^.
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truosité à laquelle nous faisons allusion, il y ait une ^'''"^^• multitude de degrés intermédiaires et de « natures malheureuses » ; comme entre l'intelligence normale et l'idiotisme il y a une multitude de degrés d'esprits faibles ; ces pauvres créatures disgraciées dès leur naissance, ne s'élèveront peut-être jamais, jusqu'à l'âge de la virilité et de la liberté parfaite : ce sont des malades (1). Dieu seul peut juger et jugera, en sa
(1^ Comme exemple d'enfants conçus dans des circonslances fâcheuses, M. Piat cile le cas d'un des enfants naturels de Louis XI V, conçu dans une crise de larmes et de remords de madame de Montespan, que les cérémonies du Jubilé avaient provoquée, et qui garda toute sa vie un caractère qui le lit nommer des courtisans i'enfant du Jubilé.
2<6 FONDEMENTS DE L\ MOHALE
miséricorde, le degré de liberté et de resi)onsabilité morale qui leur incomlje. Impossible, et d'ailleurs inutile, au regard de llionime, de scruter ce mystère de la Providence divine. Mais qu'il se garde bien de conclure de l'état anormal à l'état normal, de la maladie à la santé, de l'existence partielle des ténèbres à la négation totale de la lumière.
^°s1on' La démonstration nous paraît largement suffisante.
générale. ^^^ yeux de tout lectcur attentif, le prétendu conflit de la science avec le libre arbitre est déjà jugé comme il doit l'être. C'est un conflit de fait, et non de droit. Un conflit provenant de l'usage exclusif et abusif de certaines méthodes qui ne découvrent pas la liberté, parce que la liberté est un fait psychologique inaccessible à ces méthodes, ou parce qu'elles la cherchent là où elle n'est pas, dans les anomalies pathologiques. Il n'est donc pas étonnant que les savants ne la trouvent pas.
Quant à la multitude des faits allégués comme incompatibles avec l'existence du libre arbitre, il n'en est pas un seul, nous l'avons vu, qui ne puisse s'interpréter autrement que ne le font les déterministes, et qui ne reçoive une interprétation plus naturelle et plus vraisemblable, dans l'hypothèse contraire au déterminisme. Le principe conciliateur de ces faits avec le libre arbitre était aisé à découvrir.
Accord Nous n'en sommes donc pas réduits à la fâcheuse
moraieet extrémitc dc ces savants (lui pour sauver la science,
de la
science, cette décsse du jou r, croient devoir sacrifier la morale, c'est-à-dire la religion, la famille et la société ; ou de ces moralistes qui croient devoir sacrifier la science pour sauver la morale. Encore moins avons-nous, comme les sceptiques, renvoyé dos à dos la science