‹ Études philosophiques (volume 2)Chapitre 108 sur 211 · I. LA LIBERTÉ.— LA LIBERTÉ ET LES SCIENCES MODERNES · texte numérisé non relu

I. LA LIBERTÉ.— LA LIBERTÉ ET LES SCIENCES MODERNES

et des aptitudes physiques et morales. Enfin on a montré à notre siècle si épris des lumières de la science et de l'esprit, que le crime et partant la dégénérescence morale des générations ne vient pas tant de l'ignorance de l'esprit, — c'était l'erreur de Socrate, — que de la perversité du cœur, et que l'antidote du crime était bien moins dans l'instruction de l'esprit que dans l'éducation du cœur et l'élévation des âmes. La thèse qu'Aristote soutenait contre Socrate se trouve ainsi justifiée: «La science seule ne suffit pas (1)» ; — « elle sert de peu, et même ne sert de rien pour acquérir la vertu > (2).

Tout cela est très juste, et si les criminalistes n'avaient pas tiré d'autres conclusions, nous nous rangerions pleinement sous leur bannière.

Mais ils ont exagéré gravement la dépendance du La déphysique et du moral, ainsi que la puissance fatale de ^If^^yp^ l'hérédité.

Nous ne réfuterons pas la première exagération, car de la dépendance de deux choses, le corps et l'esprit, à leur identité, il y a un abîme que la logique défend de franchir. Cette réfutation, du reste, nous l'avons déjà faite dans un autre volume, c'est la réfutation du matérialisme contemporain, à laquelle nous croyons pouvoir renvoyer nos lecteurs. Nous ferons seulement remarquer ici à nos adversaires que si le physique influe sur le moral, le moral à son tour peut réagir sur le physique, au point de donner une expressionparticulièreàlaphysionomie, etmèrae dedévelopper avec excès ou d'atrophier certaines facultés et même certains organes. De là les types bien connus du gentilhomme et du laquais, du paysan et du

(1) Toîç yàp ToiKJToi.; à-j6-jr,To; Y, YJ'7>Ti; yrjzrci, Aristote, Etii. Xic, 1. VI, c. 13 et 1. X, c. 10, § 2. 3.

(2) Mî/.po-j VI ô-jSev, Arist., Eth. Nie, l. II, c. i, §3.

l'idenlité

L'Iiérédilé n'est

pas fatale.

citadin, du magistrat et du soldat, du pr<^tre et du religieux, etc. Pourquoi le criminel n'aurait-il pas lui aussi un type développé par un genre de vie, un type acquis par l'habitude, et qui serait le résultat et l'eUet naturel du vice encore plus que sa cause? L'existence d'un type criminel ne prouverait donc rien, tant qu'on n'aurait pas déterminé dans quelle mesure il est cause ou eilet.

Quant à la puissance de l'hérédité nous sommes bien loin de la nier (1). Mais pourquoi ne transmettrait-elle que les mauvais penchants, et non plus les tendances bonnes et ces puissances de réaction qui les doivent combattre, et parmi lesquelles se distingue le libre arbitre ? Dire que l'hérédité ne nous transmet plus le libre arbitre, c'est supposer qu'il n'existe pas dans l'inventaire de notre riche nature, et partant c'est supposer ce qui est à prouver, ou tomber dans le sophisme de la pétition de principe.

C'est en outre contredire les faits, puisque, d'après les statistiques, tous les signes du type criminel, soit les signes physiologiques, soit les anomalies anatomiques du crâne et du cerveau, se présentent aussi chez des individus honnêtes, — quoique moins fréquemment ; et que, d'autre part, les signes contraires de l'honnêteté se rencontrent jiarfois chez des criminels.Le type criminel, — s'il existe, — n'est donc pas une disposition /"a/a/f au crime ; pas plus que le type Jionnète n'est une disposition fatale à riionnêteté. Et la place de la liberté, une place très large, se trouve

(1) « On coanait ù ce sujet des généalogies frappantes , celles de Leuiaire et de Clirélien, par exemple ; celle de la famille Yuke, comprenant 2U0 voleurs et assassins, 268 infirmes et UO prostituées, descendus d'une même souche en soixante-quinze ans, leur ancêtre, Max, ayant été un ivrogne. Thomson, sur io9 condamnés, en a trouvé 50 parents eutre eux, et parmi ceux-ci H membres dune même famille qui descendaient d'un condamné récidiviste. « Hevue philosophique, mars \i<SS, L'anomalie du criminel, Garofalo.

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