‹ Études philosophiques (volume 2)Chapitre 123 sur 211 · II. LE DEVOIR. — LA FIN UERNIÈRE DE l'uOMME · texte numérisé non relu

II. LE DEVOIR. — LA FIN UERNIÈRE DE l'uOMME

seraitti'op exagéré,,— mais seulement d'ouvrir la porte et de faire une placelégilimeà uu certain amourde soi. C'est là ce que nos modernes stoïciens ne peuvent souffrir. Ils veulent exiger de l'homme qu'il accomplisse €le devoir pour le devoir », exclusivement, et sans aucune recherche de la perfection et du bonheur qui peuvent en résulter pour lui. L'amour du devoir, s'il n'excluait pas tout amour de soi-même, serait aussitôt taxé d'égoïsme et condamné impitoyablement.

Or une telle exigence nous paraît d'une rigueur ex- j'^J^^,, cessive et contre nature. M. OUé-Laprune l'a fort bien J°Zv]^ démontré. « Si complet que soit le désintéressement, arrive-t-on jamais à se dépouiller si totalement de soi, que, dans toute la rigueur des termes, on ne songe nullement à soi? Y peut-on, y doit-on arriver? Fautil que l'amour du bien, pour n'être pas mercenaire, atteigne ce degré, chimérique, ce semble, de désintéressement? Sera-ce aimer encore que de ne trouver jamais dans l'amour le plaisir d'aimer ? Le bien pourra-t-il se montrer, se faire connaître, se faire aimer, se faire vouloir, sans se faire goûter et sans devenir ainsi le bien de celui qui le connaît, l'aime et le pratique? Le sacrifice par lequel on lui immole tout, n'aura-t-il pas je ne sais quelle amère mais incomparable douceur ? Et les vertus héroïques ne produisentelles pas de mâles, d'âpres joies, très profondes, j'allais presque dire très enivrantes? Faut-il proscrire l'enthousiasme ? Faut-il, dans la vie ordinaire, interdire à l'homme de bien de se plaire au bien, et lui reprocher, comme une faiblesse qui entame sa vertu, cette ardeur, cette sorte d'allégresse qui semble augmenter sa vigueur morale et communiquer à ses démarches une plus heureuse souplesseet une aisance gracieuse? Singulières profondeurs de l'âme humaine ! Mystérieuse alliance de ce qui semble se contredire et

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s'exclure, la douleur et la joie dans le sacrifice, ronhlf" de soi elle conteulomenl intc'rieur, le désintéressement de la vertu et le ])]us i^raud des biens. Tintérêt personnel, osons le dire, le plus élevé, mais le plus cher, le plus précieux, trouvé dans la vertu même.

« Qui médite ces choses, ne repousse p"jint Vcudémonisme ; car c'est une doctrine qui maintient que le désintéressement est possible,et qu'il est beau etcju'il est bon, mais que l'on ne peut se déprendre complùttiment de soi-même, devenir indillérent à soi-même. On doit mourir si le devoir le demande, sans doute ; mais la mort n'est pas le terme où va l'action, où va la vie. La pratique du bien n'anéantit pas, elle vivifie; et il y a une manière en quelque sorte de s'aimer soimême qui est non seulement nécessaire, mais légitime, noble, moralement bonne (1). > Le devoir Sous ces bcaux développements littéraires, si i)ei'- !],A,n suasifs, il y a une raison profonde qu'il est facile de ""'^*"' découvrir et de mettre en relief. Le devoir n'est, au fond, qu'un moyen et non une lin. Commander pour commander, ce serait un caprice absurde et tyrannique : le devoir ne commande donc et ne s'impose que pour nous faire atteindre un but.

Or ce but n'est pas la mort, c'est la vie. la vraie vie, la vie supérieure, par opposition à la vieanimal<\ la vie raisonnable, seule digne de l'homme, et que l'on peut appeler divine, puisqu'elle a pour objet suprême de contempler et d'aimer Dieu, suivant la belle formule d'Aristote lui-même : rôv Osôv kf^xr.cjeiv •/.où fjeuipdv (2).

Or cette vie parfaite est aussi la vie bienheureuse, et c'est à la conquête de ce souverain bien que marche la vertu. Comiuête laborieuse, sans doute, et souvent

(1) Ollo-Laprune, Morale d'Aristote, p. 23i.

(2) .»/<))-. Eiid., liv. VU. ch. 15, S H"'-

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