II. LE DKVOIR. — LA FIN DERNIÈRE DE l'bOMME
Mais il V a plus, et nous croyons que la pensée de P^nf?^
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notre fin dei'nière, si elle était plus habituelle à l'es- •"". prit des hommes, serait un puissant ressort de civilisation et de progrès, soit moral, soit même matériel. Quel est, en elïet, le grand ol^stacle à la constance de ces progrès, sinon la paresse, Tinconduite, l'immoralité, en un mot tous ces désordres que seule la pensée de notre fin dernière et des sanctions éternelles peut arriver à endiguer et à réprimer. Le Sage disait : « pensez à votre fin dernière et vous ne pécherez jamais ». Il avait mille fois raison. Tous les désordres et tous les crimes qui enrayent la marche de la prospérité des peuples, viennent de ce qu'on n'y pense plus, et, ce qui est pire encore, de ce que Ton n'y croit plus, au moins d'une foi pratique.
Que si, dans une nation, l'immense majorité des ci- son rôia toyens étaient vraiment convaincus que telle est leur fin dernière, s'ils savaient lever leur tête vers le ciel, au lieu de la tenir constamment courbée sur la matière, ils seraient des hommes de devoir, fidèles à tous leurs devoirs individuels et sociaux^ partant ils seraient laborieux et tenaces au travail intellectuel ou manuel, amis de la sobriété, de l'ordre, de l'épargne, de la discipline et de toutes les vertus civiques, ils seraient aussi patients et courageux dans les épreuves et les souffrances de la vie. Cette nation aurait des citoyens d'élite, dont les forces naturelles seraient ainsi centuplées pour l'avancement des lettres, des sciences, des arts et de l'industrie, en un mot pour toutes les grandes œuvres qui font les peuples puissants et })rospères.
C'est en regardant briller l'étoile polaire que le matelot avance vers le port ; c'est en l'oubliant qu'il court aux abîmes.
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inuiiio 11 est donc inutile, comme l'ont fait certains penimë lin seurs, d'ajouter à la fin céleste, qui est notre fin dernière, une fin secondaire et subordonnée, une fin terrestre, pour ainsi dire, qui serait la prospérité de la nation ; cette prospérité matérielle et temporelle, outre qu'elle ne saurait être obligatoire pour tous, est un résultatqui découle naturellementde raccomplissement par tous de tous nos devoii's individuels et sociaux. 11 suffit de mettre au nombre de ces devoirs, comme l'ont fait Aristote et S. Thomas, le soin de sa santé, la loi du travail, le soin d'acquérir une quantité de biens extérieurs utile à la vertu (1); en un mot, il suffit d'aimer le devoir dans son intégrité : lout le reste nous sera donné par surcroît.
L'homme ne peut avoir deux destinées ; il n'en a qu'une seule, qui suffit à son bonheur dans cette vie et dans l'autre.
4. Difii- Mais la plus grave difficulté, ou du moins lapins /jEudé- spécieuse, a été tirée par les disciples de Kant du caractère é;«c/^mo>i7^ «(6% que ces lins dernières donnent à notre morale.
Une morale qui permet à l'homme, et même lui ordonne, d'orienter sa vie vers le Bonheur véritable, T/^v ^joxiuo'jix'j, el de rechercher ainsi dans ses actions son propre intérêt,mèmeenle subordonnant au devoir et à Dieu, — est-elle une morale vraiment [lure et désintéressée? Sans doute, on ne reproche pas àcetEudémonisme d'être une forme déguisée de l'égoïsme, — ce
(1) s. Thomas met au nombre lies coiulilions du lionheur terrestre : « buiiam dispositionem corpons, aliqua Loua exteriora et societatem amicoriim... uoii quasi de cssentia beatitudinis (liujus vila*) existeti* lia, sed quasi inslrunientaliter desevvicaii-d bealitudiiii, quae consistit in operalioue virtutis. » 1" 2*, q. -4, a. G-8 ; — Cf. Aristote, Mui'. Aie, liv. l, ch. (>, S 14 (H. S. H).
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Réfula-
tiOD.