‹ Études philosophiques (volume 2)Chapitre 13 sur 211 · LA LIBERTÉ ET LE DEVOIR · texte numérisé non relu

LA LIBERTÉ ET LE DEVOIR

La Morale est la partie de la philosopliie cfiii a le Le re-

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plus vivement suscité l'activité des esprits contem- 'leia

'■ Morale.

porains, si l'on en juge par le nombre surprenant et la variété des travaux publiés sur ce sujet, dans la dernièi'e moitié du XIX' siècle ; et ce mouvement, loin de se ralentir, semble vouloir s'accentuer encore avec le siècle qui commence.

Les moralistes sont devenus léoion, tandis que ses

^ ' ^ causes :

les métaphysiciens demeurent toujours rares. Il est en effet relativement aisé d'entendre la morale et de se croire appelé à la vocation de moraliste, voire même de réformateur delà morale. La métaphysique, au contraire, est beaucoup plus ardue: il sera toujours moins facile d'en éclairer les profondeurs que de la railler avec esprit. Cependant là n'est pas la raison adéquate de cette surabondance de publications sur la morale. En voici deux autres causes, ce nous semble, plus dignes de remarque : une crise sociale qui se prépare, et une crise intellectuelle qui se termine. Les questions sociales sont à l'ordre du jour. Bon ^"fi"!*^

* o qui se

gré, mal gré, elles s'imposent à tous les esprits ré- p'^p""fléchis. Jamais peut-être, dans tout le cours de l'histoire, l'ordre social n'a été si violemment attaqué dans ses fondements les plus essentiels. Or ces fondements reposent sur les principes de la morale. Il n'est donc pas étonnant qu'en obéissant à un besoin, soit ins-

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tiiictif. soit rûnéclii, de conservation sociale, de nombreux écrivains soient accourus sur la brèche pour défendre les bases morales chancelantes de la société contemporaine, 'et repousser les assauts furieux de l'ennemi.

Mais il est une autre cause non moins puissante, croyons-nous, et non moins curieuse et instructive, du mouvement intellectuel dont nous parlons. iinecri«e Lcs philosophes contcuiporains, ayant abandonné leni'inc. Ics scuticrs explorés de la métaphysique traditionnelle et objective d'Aristote et de S. Thomas, pour s'engager dans les voies nouvelles de Kant et du scepticisme sul)jectiviste,ont bientôt éprouvé leur impuissance à rien construire de solide dans le domaine de la philosophie spéculative. Ne pouvant se résigner à ce lamentable échec, ni avouer leur impuissance, ils ont évolué sur un autre terrain qui leur paraissait plus favorable : celui delà philosophie morale.

Du reste, cette évolution s'imposait. Pourrait-on s'abstenir de penser, il faut de toute nécessité vivre et aj^^ir. Le besoin de vivre ne se discute pas. Il faut donc trouver une science de l'action et de la vie, une science morale, alors même qu'il n'y aurait plus de science spéculative pour la pensée. C'est ainsi qu'après avoir ébranlé ou ruiné la raison pure, ils ont espéré se dédommager dans le domaine de la raison pratique. Plusieurs même ont espéré y trouver un ]ioint d'appui nouveau, inattendu, pour réédilier, au moins en partie, la science spéculative si imprudemment détruite.

Quoi qu'il en soit, tous étaient d'accord pour orienter désormais les esprits vers les recherches morales, avec d'autant plus d'ardeur qu'ils avaient discrédité et fermé avec plus de soin l'accès de tous les autres domaines de la pensée spéculative.

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