LA LIBERTÉ ET LE DEVOIH
Il serait ici prématuré de dire si cette conception d'une morale sans base métaphysique, ne serait pas elle-même ruineuse, et si l'orientation de l'action humaine est })ossible sans l'orientation préalable de la pensée spéculative, en d'autres termes, s'il est possible d'élever une science pratique sans les principes et les raisonnements d'une science théorique. Bornons-nous, pour le moment, à constater le fait contemporain qui a donné un si grand essor aux sciences morales : le besoin d'agir et de vivre devenu d'autant plus impérieux dans Fàme humaine, qu'elle s'est crue plus impuissante à satisfaire son besoin de penser et de savoir. Puisqu'on ne peut supprimer à la fois dans une âme la vie spéculative et la vie pratique, — ce serait le nihilisme et la mort, — il est clair que les forces non utilisées par l'une de ces deux vies, seront des forces disponibles au profit et à l'accroissement de l'autre.
Cette multitude de nouvelles publications sur là oppoKu-
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morale, loin de nous laire considérer comme inutile Je ce
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et superflu le présent ouvrage, nous a fait croire qu il serait au contraire plus opportun que jamais. On n'est pas médiocrement surpris et attristé, en ell'et, confessons-le simplement, en voyant la confusion et parfois l'anarchie des idées morales, — suite logique et nécessaire de l'absence d'idées métaphysiques, — qui régnent dans la plupart de ces publications.
Sans vouloir en rien diminuer la valeur des recherches souvent très érudites, et des conceptions parfois' élevées et originales que l'on y rencontre çà et là, nous croyons que ces travaux auraient beaucoup gagné à être orientés par des études préalables, soit de la métaphysique, soit de la morale traditionnelle. Leurs principes, toujours anciens et toujours nouveaux, comme la Vérité éternelle, sont le phare lumi-
l'ouvrage.
neux qui iloit éclairer le nioralislo. et le guider à travers les écueils innombrables où tant d'autres barques ont péri dans de téméraires aventures. pbn<ic (^est à la lumière de ces principes que nous voudrions étudier les deux fondements essentiels de la science morale : la Liberté et le Devoir, principe régulateur de la Liberté. Nous verrons ensuite, dans une troisième partie, s'il est possible d'édifier une morale sérieuse bors de ces bases, comme l'ont imaginé des novateurs, plus brillants que solides, rêvant une morale sans liberté, sans obligation ni sanction, c'est-à-dire une contrefaçon de morale qui n'en serait qu'un vain simulacre sans force et sans vertu.
Mais avant de réfuter ces erreurs pernicieuses, avec tout le soin qu'elles méritent, nous commencerons parétudier la doct rinemêmede la Liberté et du Devoir, et par vérifier la manière dont ces deux fondements soutiennent l'édifice grandiose de la Morale traditionnelle.
A" La bienveillance assurée de nos lecteurs, déjà démontrée par les six éditions écoulées de nos précédentes Etudes philof^ophiques, nous aidera puissamment dans cette longue et laborieuse entreiirise. Après six années d'interruption et d'attente, que nous a imposées l'obéissance à de nouveaux devoirs d'état, puissions-nous les dédommager un i)eu, ou du moins ne pas être trop au-dessous de ce qu'ils ont droit d'attendre de nous ! Nous le demandons humblement à l'assistance divine.
lecteur