II, LE DEVOIR. — LA LOI MORALE
à la raison. Mais, encore une fois, s'il ne me plaît pas d'être raisonnable, et s'il me plaît de suivre les plaisirs des sens plutôt que la raison, on ne peutm'imposer le contraire, s'il n'y a plus une volonté supérieure à la mienne. Ne relevant plus que de moimême, je ne relève de rien ; je suis mon maîti'e et j'échappe au devoir.
Tant il est vrai qu'on ne se commande pas à soimême, malgré soi-même, et que le commandement moral n'a plus aucun sens sans deux termes distincts : l'un inférieur capable d^obéir, et l'autre supérieur qui ait autorité pour commander. Toutes les fictions qu'on pourrait imaginer pour remplacer le Législateur réel par une abstraction quelconque, décorée du nom pompeux d'ordre moral ou tout autre, ne seront que des abstractions sans réalité, et partant incapables de produire une réelle obligation. Il faut une cause réelle pour produire un eÏÏet réel, un législateur réel pour diriger, ordonner, et commander réellement avec autorité. Nous le verrons encore mieux en critiquant plus tard la fameuse « autonomie > de Kant, ainsi que les « équivalents du devoir », imaginés pour remplacer le véritable devoir.
Concluons donc, avec Suarez, que toute loi morale suppose un vrai législateur, ou la direction d'un inférieur vers sa fin par un supérieur (1).
Après ces notions communes à toute loi morale, il Les c*. nous faut parler brièvement des espèces de lois, car ^"^oL il y a une loi éternelle et des lois temporelles ; parmi les lois temporelles, une loi naturelle et des lois positives ; et parmi ces dernières des lois divines et humaines, soit ecclésiastiques, soit civiles.
(1) « Lex, est coordinatio superioris ad inferiorein per proprium iniperium. «.Suarez. De Legib.
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u loi La loi éternelle, — que Clcéron liii-iuèuie met à la ëierneiie. ^^^^ j^ ^^^^ l'ordre iiioral, en la décoiaiit du nom
pompeux de loi princeps, d'où toutes les autres dérivent ou tirent leur force obligatoire, — a été dé-finie par S. Augustin : « La raison ou la volonté éternelle de Dieu, ordonnant de respecter l'ordre et défendant de le violer (1). »
Cette volonté divine, antérieure et supérieure à toutes les créations possibles, ne saurait être mise en doute. Si Dieu existe, sil est la sagesse éternelle, ordonnant toute chose, il ne peut pas, sans se renier lui-même, ne pas vouloir le maintien, par toutes les créatures, de l'ordre qu'il conroit et leur imjiose déjà de toute éternité. En conséquence, aucune créature ne peut apparaître en ce monde sans se trouver, dès sa naissance, sous lempire de cette loi éternelle : elle y naît sujette, et rien ne pourrait la soustraire à son empire. C'est là un ellet de la contingence essentielle à toute créature.
S' Loin de nous la pensée de faire de cette loi éter-
nelle, comme une seconde divinité, à la manière des Idées séparées de Platon. Elle n'est pas davantage une liction, ni une ajjstraction de l'esprit, car elle n'est autre chose que Dieu lui-même, en tant que sa sagesse éternelle est le principe et la règle souveraine de l'ordre universel, dans tous les mondes présents, passés, futurs ou purement possibles. De même que la Vérité divine est le fondement éternel d'une géométrie absolue, indépendante de notre monde sublunaire : ainsi sa Sagesse est le fondement d'une loi éternelle, dune morale absolue.
(1) <i Ilalio vel Volunlas Dei ordiinnn naliiralem conservari jubans et perturbari vetans. » S. Aug.. Conlra l'aHslum, XXII. '.27. ». Halio diviiiaî sapientiae, secundum quod est direcliva omnium aciuum el motionum. » S. Thomas, 1" 2*. q. 1)3. a. 1.