LE DEVOIR. — LA LOI MORALE
Les païens eux-mêmes, comme Platon, Aristote et Cicéion, ont reconnu cette vérité, et l'ont célébrée avec admiration (i). C'est, en effet, à la loi éternelle, comme à leur support essentiel, que toutes les autres lois, même les lois humaines, empruntent leur force et leur solidité, en sorte que sans elle toutes les autres lois crouleraient.
Pourquoi les lois civiles de nos assemblées légis- Fo"Je-
'^ " ment des
latives nous obligent-elles en conscience, supposé iois.huqu'elles soient justes et pour le bien public, in bonuni commune, comme il a été dit plus haut ? C'est parce que étant conformes à l'ordre, étant l'expression même de l'ordre dans la société actuelle, nous sommes tenus de respecter l'ordre établi par l'autorité compétente partout où il se trouve ; telle est la volonté de la Sagesse éternelle, sans laquelle l'ordre du monde ne serait plus qu'anarchie.
Suffirait-il, pour constituer uneobligationvéritable, d'invoquer la fiction d'un pacte social antérieur, ou la volonté arbitraire d'un monarque absolu, ou d'une majorité quelconque ? Nullement. Toutes les fois qu'on a séparé la loi civile de la loi éternelle, le droit humain du droit divin, l'on n'a abouti qu'à l'apothéose d'une volonté humaine, que ce soit celle d'un seul homme, de plusieurs ou d'une majorité numérique, il importe peu, car elle reste toujours une vo-
(1) « Haiic video sapienlissiinorum fuisse sententiani, legem neque homitiis ingeniis excogitatarn, nec scitiim aliquod esse populorum, sed œ/enium quiddam, quod uniuersum mundum regeret, imperandi prohibendique sapicntia. Ita pvincipem legem illam et ullimani mentem esse dicebant omnia ratione aut cogentis aut vetanlis Dei : ex qua illa lex, qiiam dii hiimano generi dederunt recte est laudata... Erat enim ratio profectaa rerum natura et ad recte facienduin iiupellens et adelicto avocans, quœ non tiim denique incipit esse lex, cum scripfa est, sed cum orta est. Orta auteiii simul est cum mente divina. Quamobrem lex vera atque princeps apta ad jubendum et ad vetandum ratio est recta summi Jovis. » Cicéron, Ds Legibus, II, ch. 4.
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lonté humaine, incapable par ce seul titre de commander et d'imposer son joug à d'autres volontés humaines, égales à elle par leur origine et leur nature. Cette orgueilleuse apothéose de l'homme, divinisant tantôt la volonté royale, tantôt la volonté populaire, ne pouvait produire que ce ({u'elle a produit tôt ou tard : le despotisme odieux ou la licence eilrénée, aboutissant à un nouveau desi)otisme : la force jirimant le droit.
Une saine morale doit condamner également ces deux excès non moins funestes: elle doit proclamer hautement que ni la volonté du prince, ni la volonté du peuple, ne suffisent par elles-mêmes à créer une loi vraiment digne de ce nom, c'est-à-diie obligatoire en'conscience. Il faut en outre que leur loi participe à la Majesté de la loi éternelle, en étant l'expression, temporelle et contingente, de l'ordre essentiel et naturel des choses ; qu'elle protège l'ordre raisonnable de la société et réprime le désordre. Dans ces conditions, la loi civile sera juste et sainte, elle sera une extension et comme une émanation de la justice éternelle et de la sainteté divine, et s'imposera à nos consciences en leur nom, au nom de celte Loi éternelle commandant que toujours et partout l'ordre soit respecté et l'autorité légitime obéie.
Au-dessus du pouvoir politi(jue })lane donc l'ordre divin qui l'ait toute sa force, comme elle lui trace les limites qu'il ne peut dépasser sans dégénérer en usurpation et tyrannie [\).
Touie Ainsi, comme toute paternité découle de la Patervienide nlté (Ic Dicu, comiiie toute autorité dérive de son Autorité i)reinière, toute loi humaine puise sa force obligatoire ;i la source de la loi éternelle, expression
(1) « OniiK'5 It'ues. iii (luanlum participant de ration» recta, dprÏTantur a le^'c ii'lenia. » S. riiomMs, 1» •>». q. 9;<. a. 'A.