II. LE DEVOIR. — LA LOI MORALE
tu ne voleras pas, tu ne tueras pas, tu ne mentirns pas, en un mot, toutes les grandes lignes du Décalo- ^ue. Même en supposant qu'une intelligence normalement cultivée puisse les ignorer quelque temps, cette ignorance peut être facilement dissipée avec un peu de réflexion.
Après avoir une fois commis ou vu commettre ces mauvaises actions ; le doute, tout au moins, surgira bientôt dans la conscience, et, avec le doute, le devoir de le dissiper. Cette ignorance ne sera donc jamais moralement invincible.
Quant aux applications de ces préceptes généraux à conciudes cas très spéciaux, parfois très embarrassants, ou eioignoef. aux règles de conduite dérivées d'une manière plus ou moins éloignée de ces premiers principes, il en est tout autrement, et le degré d'intelligence plus ou moins lente, de même que les préjugés d'éducation, peuvent très bien expliquer l'ignorance même invincible pour certains individus, et même pour certains peuples, de cette partie plus ou moins vague de la loi naturelle. Ces individus et ces peuples ont bien la puissance radicale de parvenir à la connaissance de la loi morale tout entière, mais certains obstacles extérieurs peuvent l'empêchei- de passera l'acte, et de connaître toute la vérité.
Dieu a pourvu à cette faiblesse native de la raison Deux
remèdes:
cbez un si grand nombre d'individus, on peut même n-aJii'on dire dans la masse des foules, qui ne parviennent ja- véiation. maisà une grande culture intellectuelle,par deux institutions qui doivent y remédier. D'abord la Tradition dont l'éducation familiale est le premier organe (1).
(1) « Quœdam vero sunt, qiue subtiliori consideratione rationis a sapientibiis judicantur esse servanda ; et ista sic sunt de lege naturre, ut tamen indi;^eant disciplina, quà minores a sapientibus instruantur. » S. Thomas, la '^», q. 100, a. 1.
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L'homme, comme on Ta dit, ost un < animal enseiifué » : sans cet enseignement, un développement rapide et complet de sa raison, et partant de sa moralité, est moralement impossible. La seconde institution est l'enseignement religieux par la Révélation chrétienne, qui complète l'enseignement traditionnel, et remédie à ses altérations et à ses défaillances, toujours possibles, comme l'histoire en témoigne surabondamment (1).
Epre- Ainsi, par exemple, certains peuples, tout en reconla naissant que le mensonge, le vol, le parricide, étaient ■^ "°°' desactions coupables et défendues,les ont jugés licites dans certaines circonstances.
On cite des tribus nomades d'Indiens, qni croyaient exercer la })itié envers leurs vieux parents, infirmes et incapables de les suivre dans leurs pérégrinations, enles débarrassant d'une vie misérable: ils les tuaient, plutôt que de les abandonner. Or ce n'était pas là une ignorance des préceptes de piété filiale, mais seulement une fausse application, faite de très bonne foi, suivant les usages traditionnels.
Jusqu'où Les peuples iilolàtres n'ont i)as ignoré davantage
peut aller , , -, 1 1. .,,••• . • ., .
la bonne Ic devou* de rendre un culte a la divinité, mais ils ont trop souvent égaré leurs hommages sur des objets indignes, produits de leurs mains ou de leurs passions,puisqu'ils « divinisaient > ainsi leurs passions les plus coupal)les.
«Ils ont mieux aimé les ténèbres que la lumière >, dit S. Jean (2).
Ici c'est le cœur qui a égaré l'esprit et qui demeure gravement responsable de cetégarement. surtout chez
(1) Cette ni'cessilé morale d'une Kévelation pour que la loi naturelle soit suflisainmcnt connue, et surtout appliquée, par le commun lies iiommes est une des preuves les plus saisissantes de la divinité de la Helij^ion chrétienne.
yi) Joan., III, H» : Uom.. I. -,'1 : II. I-2-lfi.
foi.