‹ Études philosophiques (volume 2)Chapitre 144 sur 211 · II. I.K DEVOIR. — LE BIEN ET LE MAL MORAL · texte numérisé non relu

II. I.K DEVOIR. — LE BIEN ET LE MAL MORAL

rence essentielle entre la notion du bien moral et les autres notions.

Le bien en soi et le bien simplement utile, le bien physique et le bien sensible, peuvent être en même temps un bien moral, s'ils sont dans Tordre raisonnable, mais ils ne le sont pas nécessairement, et peuvent même devenir un mal moral, chaque fois qu'ils impliquent un désordre moral. Ainsi un plaisir réprouvé par la droite raison est un bien sensible et un mal moral ; il est au contraire un bien moral, lorsqu'il est dans l'ordre et raisonnable. De même, les choses qui sont utiles ou nuisibles, soit à l'individu soit à la société, ne sont pas par là même bonnes ou mauvaises moralement. 11 leur faut en outre un autre caractère, celui de conformité ou d'opposition à l'ordre raisonnable.

La vertu elle-même ou le vice, ne sont pas chose moralement bonne ou mauvaise à cause de leur utilité ou nocivité, mais à cause de leur conformité ou de leur opposition à l'ordre. Que l'utilité, surtout l'utilité sociale ou le bonheur social, soit le plus souvent d'accord avec la bonté morale, et la nocivité avec le mal moral, cela est incontestable : « ce qui rend l'homme bon, dit S. Augustin, c'est aussi ce qui le rend heureux (1) > ; mais l'un n'est pas la raison de l'autre, et l'utilité toute seule ne sera pas plus un critérium assuré de bonté morale que de vérité.

Après avoir saisi ces notions fondamentales, écou- So7,'5; tons la démonstration, si lumineuse et si profonde à '^ ""^*®la fois, que S. Thomas va faire de notre thèse. Il commence par un rapprochement avec le bien et le mal physiques, et cett^ comparaison, en nous faisant comprendre que le bien pour un être est d'être conforme à sa nature, sera pour nous comme une révélation.

(1) « Inde necesse est ut fiât homo beatus unde fit bonus. » S. Augustin, Epist., 180. ch. 2, n» 3.

'■2HH FONDEMENTS DR LA MoHALE

« Du bien et du mal dans les actions, il faut raisonner comme du bien et du mal dans les choses (l)... Dans la réalité physique, une chose est bonne dans la mesure où elle possède de l'être... Ur Dieu seul a, dans une infinie unité et simplicité, toute la plénitude de son être; au-dessous de lui. chaque cicaturealteint. suivant diverses mesures, la [d'Jnilude d'être (jui lui convient. Parfois certaines créatures possèdent l'être jusqu'à un certain point, mais il leur man(|ue (juelque chose pour avoir la plénitude d êlie exi^^ée par leur nature. Ainsi l'homme, pour atteindre la plénitude de l'être humain, doit être un composé d'âme et decorps, ayant tontes ses puissances, tous ses instruments de connaissance et de mouvement, et s'il lui manque ceci ou cela, la pléiiilude <le son être lui fait défaut. Dans la mesure où il a l'être, il a la bonté; et dans la mesure où lui fait défaut la plénitude de son être, on dira qu'il manque de bonié et qu'il est mauvais.

(1) De bono et inalo in actioiiibus oporlet loqui. siciit de hono et malo iii rel)us... lu r^biis aiiteiii uiiiim quoique taiiliiiii liabet de boiio quantum habet de esse... Solus autem Deu.s babet lotani pleniludinf-m in fssu sncunduni aliqnid nninn et siinp'ex ; unaqia»que re.s vero liabet pleiiitudin^rn e.sseiidi .sibi ciinvemenlein secunduni diver.sa. Unde in aliqnibiis, contin^it qimd quantum a'I aliquid b.ibent esse, et tamon eis aliquid dklicil ad pleiiiluilint-m es'^f'ndi eis debilam ; sicut ad pleniludineni esse huniani rf-'iuiiilur qnod sit cOni|i()situui qnoddam ex anima et corpoiv liab»*nK omiM'S polentias cl inslruiueiita co>;iiiiio"iis et iiiolus. U^ide si ali<juid bonnin deQcial alicui lioinini, defi'-it ei aliquid de pit»iiilu line .sui e>se. O"»"lum Vero i^'itur lialiel de e-<se. tantuni liab-l de bmulate; in quantum vero aliquid l'i delicit de pl^-nitiidine eNgeiidi, in tanluin defn it a i)onilate et dicitui malum ; sicut honio cœcus habet de bonil.ite quod vivit, et malum est ei quod car^t visu... Sed quia de ratione bon est ipsa pleniiudo essendi, si quidem alicui dcfuerit de débita es.>iendi plenitudiiie, non dicetur sinipliciter lionum. Sic i^ 'n"" dicendum est quod omni.s ai'tio.in quantum Imbet aliqiii<i de e.s^e in tantum h;U>t;t de bonitute ; in quantum vero déficit ei aliquid d<' plenituJine esse.idi, (juse debelur aitioni huinnnœ, m tantiini deli< M a bonitute et dicitur main ; puta si deliciat ei detfTmiiiata quatititas se{Unlum rationtni, vel deltitus locus. vel aliquid hujusmodit. S. Tboinaii. 1* ■-2.T. q.lH. a. 1 : — a. 8 ; — q.T.'. a. I, ad. 3.

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