II. LE DEVOIR. - LE BIEN ET LE MAL MORAL
La notion du bien moral peut nous conduire faci- ^^^'^^ lement à celle de la beauté morale. La beauté est "'°'■■''«• quelque chose de plus que la seule bonté, elle en est comme la fleur et le rayonnement.
Accomplir un devoir facile et vulgaire, c'est bien, mais c'est un bien qui n'a rien de bien beau. Encore moins belle serait une action encore plus vulgaire et simplementpermise. Accomplir, au contraire, de grand cœur, un devoir très difficile, peut être héroïque : tomber au champ d'honneur en défendant la Patrie, c'est beau ! Enfin, se dévouer, sans qu'aucun devoir l'impose, au service des humbles et des déshérités de ce monde, comme la sœur de charité, affronter la mort comme elle, et donner sa vie en relevant les blessés sur le champ de bataille, c'est encore plus héroïijue et plus beau !
Que faut-il donc pour que le bien devienne beau ? Il faut quelque chose d'analogue à ce qui rend la vérité rayonnante et belle. II faut non seulement que tous les éléments requis soient au complet et dans l'ordre, mais encore que cette plénitude d'être et cette harmonie des parties, soit portée à un degré qui resplendisse avec assez d'éclat pour nous charmer (1). Certes, cette beauté morale est elle-même un bien, puisqu'elle est l'épanouissement suprême et parfois sublime du bien, et partant souverainement désirable (2). C'est la perfection même du bien.
(1) D'après S. Thomas, trois éléments sont requis pour la beauté: lo l'intégrité des parties ; 2° leur proportion harmonieu.se ; 3» la splendeur do la forme (Voy. dans notre Mamiel, l'Ontologie, liv. 2. sect. 2. ch. 2).
(2) M PLilchritudo non habet rationem appetibilis, nisi in quantum inducit rationem boni ; sic enim et verum appelibile est. » — « De ratione boni esl, qnod in eo quietelur app^titus ; sed ad rationem
290 ONDEMENTS DE f.A MORALE
Point de D'où l'on peut conclure au rôle capital que doit
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tiiciiMi.o jouer l'attrait de la beauté morale, non seulement (I.- 1,1 J '
morale. Jaus la uiorale chrétienne, où cet amour désintéresse
du l)eau se confond avec le jiur amour de Dieu, mais
jus([ue dans la morale païenne d'Aristote et des Grecs.
(Je rôle est double, en ell'et.
D'abord, il augmente puissamment la force du devoir obligatoire, en lui donnant un alliait et des charmes qui transfigurent ses rigueurs et ses austérités. La mort elle-même et le martyre, que le devoir impose, deviennent aimables et séduisants, car il est beau de mourir ainsi : /.a/oO evr/a aroOvy:r-'ov (1).
Ensuite, bien au-dessus du devoir strictement requis, se développe la sphère supérieure de la perfection morale, qui n'est plus obligatoire, et où l'amour de la beauté morale peut seul nous introduire et nous élever de plus en plus. Impossible à la morale de se passer de ces régions supérieures de la vertu parfaite, où aspire et où vit la meilleure et la plus noble partie de l'humanité; impossible de l'y conduire et de l'y maintenir, sans les lumières et le feu sacré qu'allument dans les âmes, la contemplation et l'amour de la beauté morale.
On a dit que les artistes et les saints mystiques étaient frères ; on peut ajouter qu'ils se complètent, et que si le sens du devoir est la base, le sens de la beauté morale est l'achèvement et le laite de la vie comme de la science morale, qui sans ce caractère esthétique serait découronnée et amoindrie (2).
pnloliri pertiiiPl, qiiod in ojus adspoclu seu oojriiitione quif^letiir ajipotiliis...Et sic palet, quod pulchnim addit supra boriuin queindam ordiiiein ad viin coKiioscitivam, ita quod boiniin dicalur id, quod simpiiciltir coniplacet appi-tilui, pulclirum autem dicatur id, cujus apfirehensio plact'l. » S. Thomas, in I Sent., dist. :!1, q. 'i, a. 1, ad 4 ; 1* 2», q . '^7, a. 1, ad H ; 2" 2*. q . 1 i.'), a. 2. etc.
(1) Arislote. Hlh. Sic., liv. Ill, cl», i», §5.
(3) Voir la iiole sur l'Idée du devoir dnns In Morale esthét-que dWrit-loio, p. 'XM H smIv.