II. LE DEVOIK. — LE BIEN ET LE MAL MORAL
Mais il nous faut insister davantage, sur cette distinction capitale, si oubliée des modernes, entre les régions inférieures du strict devoir, et les régions supérieures de la perfection et des simples conseils de beauté morale. Il sera facile de leur montrer que l'homme est toujours obligé d'être bon, mais qu'il n'est pas toujours tenu d'être beau.
Si la conformité d'une action avec la raison suffit à pwiinc-
tion du
constituer un objet permis, elle ne suffit pas à le ren- f^f'/P'* dre conseillé, QwcovQ moins prescrit, Qi à produire une conseil. obligation formelle. Nous allons maintenant en saisir la raison. Mais auparavant donnons quelques exemples.
Après l'étude, il est raisonnable de se récréer; mais entre plusieurs jeux également raisonnables et bons, aucun peut n'être conseillé, encore moins imposé, et je puis user d'un libre choix, motivé par d'autres considérations que les règles de morale. Tel jeu me plaisant davantage,je le puis préférer ; mon action se portera alors sur un bien simplement permis.
Toutefois j'estime qu'il serait mieux de me priver de jouer et d'aller chercher le délassement intellectuel ou la distraction dont j'ai besoin, dans l'accomplissement de quelque œuvre philanthropique ou charitable, comme la visite des malades, le soin des pauvres, les réunions d'un patronage.
Aucun devoir d'état, aucune circonstance particulière ne m'imposant ce sacrifice d'un jeu favori, avec des amis d'enfance ou d'autres circonstances attrayantes, je le juge un sacrifice presque héroïque et nullement obligatoire. Voilà donc un bien purement conseillé et nullement prescrit.
Enfin, je puis faire l'hypothèse où c'est un devoir
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d'état qui me force à sacrifier le jeu pour secourir les ninlndcs, et ce bien devient aloi.sol)lii/^atoire.
I*()iiiquoi cette (lilk'rence? Le législateur peut et doit tour ;'i tour ou imposer, ou conseiller, ou simplement permettre une chose, raisonnable en elle-nn*'me, suivant le but (]u'il se propose et la fin qu"il poursuit.
Si le bien est absolument ou moralement nécessaire à la lin, il doit le prescrire; s'il importe trop peu ou aucunement à la fin, il le permet simjtlement ; enfin s'il serait utile mais trop difficile. béioï(iue... pour la i)lupart des sujets, et d'autre part nullement indispensable à la fin, il le conseille sans l'imposer formellement. Fin (in le bien et le mal pourront être imposés ou défendus, plus ou moins gravement, suivant les degrés divers où ils peuvent être utiles ou nuisibles à la fin. De là, la distinction du péché mortel et du péché véniel. Le premier détruit l'ordre absolu ; le second le blesse sans le détruire essentiellement.
D'où l'on peut conclure, que si le bien et le mal naturels proviennent de leur caractère essentiellement raisonnable ou déraisonnable, le caractère de bien prescrit, conseillé ou permis, dépend du rapport plus ou moins étroit de ce bien avec la fin dont l'obtention est commandée.
La conclusion s'impose. La raison divine est le dernier pourquoi de l'ordre et j)artani du bien et du mal ; mais, sans la volonté divine imposant la fin et les moyens, nous n'aurions pas la raison complète de l'obligation. S\, par i7n possible, la volonté divine pouvait ne pas vouloir imposer à. l'homme sa fin dernière, par exemple, elle serait bonne sans doute, mais pas obligatoire. L'homme qui la négligerait agirait contrairement à sa raison, mais non pas contre l'ordre de Dieu : ce serait de sa part une erreur, un égarement, et non pas un péché.