‹ Études philosophiques (volume 2)Chapitre 153 sur 211 · II. LE DEVOIR. — LA CONSCIENCE MORALE · texte numérisé non relu

II. LE DEVOIR. — LA CONSCIENCE MORALE

à de graves malentendus, et a donné lieu, de fait, à de regrettables abus.

Un sens est, avant tout, une faculté organique et corporelle, incapable partant de s'élever au-dessus du matériel et du contingent, pour atteindre jusqu'à la vérité immatérielle, nécessaire et absolue. Aussi ce mot a-t-il eu les faveurs surtout des matérialistes, des positivistes et des partisans de l'évolutionisme.

Les uns ont imaginé que ce sens moral était analogue à Tinstinct aveugle qui avertit les animaux de ce qui est nuisible ou utile, sans les éclairer sur la raison de cette utilité ou nocivité. Ainsi le sens de la pudeur ou de Thonnêteté, par exemple, ne serait qu'une tendance instinctive et aveugle, fruit héréditaire d'une longue habitude chez nos ancêtres, et variable avec les habitudes contractées parles diverses races. D'où il suivrait que ces instincts, comparables à l'instinct du chien de chasse ou d'arrêt, par exemple, n'auraient pas plus de titres à la moralité.

Moins grossière assurément est l'opinion de certains spiritualistes, tels qu'Hutcheson et l'école écossaise. Ce serait bien encore pour eux une sorte d'instinct, mais d'un instinct supérieur et intellectuel, qui nous porterait aveuglément vers un bien moral réel et non fictif. Joulfroy et les sentimentalistes, pour distinguer le bien et le mal, font également appel au sentiment qui dirige, sans éclairer, en sorte que l'acte vertueux se ferait sans qu'on sût pourquoi et comment il doit être fait. Tel serait le sens moral, naturellement droit, mais aveugle.

En vérité, l'homme serait bien à plaindre s'il en était réduit là, et peut-être a-t-on analysé dans ce tableau un seul des côtés de l'homme, celui où l'habitude et la routine se substituent à la raison réfléchie, en masquant l'autre côté raisonnable et vraiment hu-

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main. C'est ce qui expliquerait la méprise de nos sentinientalistes.

De fait, nous le reconnaissons volontiers, leshahitutles personnelles et même héréditaires, bonnes ou mauvaises, peuvent laisser une empreinte i»lus ou moins j)rofonde dans l'âme, et notre sensibilité peut ainsi recevoir une orientation habituelle vers le bien ou le mal. Mais cet élément sensible s'ajoute à l'élément rationnel, bien loin de le supprimer 1).

Si ce sentiment irréfléchi est droit, parce qu'il a été dressé par le voisinage et la pratique de la vertu, on peut sans doute le consulter; rien de plus utile, car il est une force puissante. Mais nous nions (|ue ce soit là la règle première des mœurs, puisque tout en lui est dérivé et secondaire; encore moins serait-il une règle sûre, puisqu'il incline au mal ceux qui ont des habitudes vicieuses ; il n'est même pas une règle, puisqu'il n'est ni une lumière, ni un jugement, ni une vérité perçue : il n'est qu'une force aveugle.

Ce n'est donc pas au sens moral, ainsi entendu, ni à un sentiment quelconque, si délicat ou si divin (ju'on le suppose, mais à la raison elle-même, à la conscience, qu'il faut en délinitive l'aire appel pour distinguer le bien et le mal et diriger notre vie morale. Trop souvent, hélas ! les hommes, même les gens vertueux, ne se laissent guider que par les sentiments ; il faut que la raison reprenne en eux son légitime empire, s'ils ne veulent cesser d'être raisonnables !

11. R..io Le Second rôle de la conscience. avons-nous dit, est colTien- de Jjeaucoup plus pratique. Au lieu de décider ce qui mom"ut est bit'n ou ce ijui est mal en tbéorie, elle applique

de l'action.

(1) S. Tliomas, la 2*. q.Sti.a. 1 ; <J. 01, a. 1.

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