II. LE DEVOIR. — LE BIEN ET LE MAL MORAL
et des circonstances, conformément au principe posé : bonum ex intégra causa, malum ex q^iocumque defectu.
Au sujet de ces trois éléments de moralité : la fin, Les l'objet et les circonstances, les philosophes ont posé ^?ndif. une dernière question assez embarrassante. Peut-il y avoir des actions indifférentes, c'est-à-dire qui ne puiseraient dans aucun de ces trois éléments, ni bonté ni malice? S. Bonaventure et l'école scotiste l'ont pensé, mais nous croyonsl'opinion contraire de S. Thomas beaucoup plus vraisemblable. 11 suffit de dissiper les équivoques dont on l'a entourée.
D'abord, il ne s'agit que des actes humains réfléchis et libres. Il est bien évident qu'une foule d'actions faites sans délibération on mécaniquement, comme tousser, cracher, se moucher, et une multitude d'autres mouvements insignifiants, n'entrent pas, directement du moins, dans l'ordre moral. Nous ne parlons que des actions réfléchies et volontaires (1).
11 ne s'agit pas davantage d'une action considérée, d'une manière abstraite, dans son objet séparé de ses circonstances et de la fin de l'agent. Il est sûr qu'il y a des objets qui matériellement sont indilférents, comme parler, se taire, se promener ou se reposer. Le débat porte sur une action concrète, considérée dans tous ses éléments, y compris l'intention de l'agent et les circonstances où elle est produite.
Accordons en outre que les circonstances de temps, de lieu, de manière, etc., puissent être indiflereutes, Il restera encore l'intention de l'agent, et c'est ici le point précis de la difficulté.
Cette fin que se propose l'agent est-elle raisonna-
(1) s. Thomas, 'la 2*, q. 18, a. 9.
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bl(i OU déraisonnable? Si elle est raisonnable, elle est conCoi-meà l'ordre, et partant, elle ordonne l'agent vers sa fin dernière : elle est donc bonne. Si elle n'est pas raisonnable, ni conforme à l'ordre, elle détourne l'agent de sa (in dernière, le met hors de la voie qui y conduit: elle est donc mauvaise. On ne voit guère de milieu possible entre ces deux alternatives : être raisonnable ou déraisonnable, ordonn('e ou désordonnée. Il n'y a donc pas d'intention indiiïérente, et l)artanl, il n'y a pas d'action concrète qui ne soit ni bonne ni mauvaise.
La conscience morale
La distinction du bien et du mal, l'obligation de la snuature,
" son inple
loi, la nécessité de notre fin dernière elle-même, se- r^'eraient pour nous comme nuls et non avenus sans la lumière de la conscience morale (1). Il nous reste à considérer ce nouvel élément intérieur et constitutif de nos actions morales.
Qu'est-ce donc que la conscience morale, et en quoi ditïère-t-elle de la conscience étudiée par la Psychologie? La conscience psychologique est cette faculté qui perçoit nos états intérieurs. Elle est un simple témoin de ce qui se passe au dedans de nous, et ne nous dit rien de nos devoirs. La conscience morale, au contraire, nous instruit de nos devoirs et nous donne l'appréciation de notre propre conduite. Avant chaque action, elle nous dit ce qu'il faut faire ou éviter ; pendant Faction, elle nous témoigne que nous faisons bien ou mal ; après l'action, elle nous adresse ses reproches par les remords, ou nous récompense par les joies et les espérances de la bonne conscience. En sorte qu'elle est pour nous un guide, à la fois théorique et pratique, de nos actions morales (2).
D'abord, c'est un guide théorique. C'est elle, qui ,. r.-.ic
perçoit avec évidence les premiers principes des coitden-
mœurs : il faut faire le bien, éviter le mal. Et dans l^acii^n^ cette première fonction, elle ne diffère pas de ce que
(1) « NuUus liyalur per praeceptuni aliquod, nisi mediante scientia illiui pra-cepti. » S, Thomas, De verilate, q. 17, a. 3. (y) S. Thomas, la, q. 79.
30n FONDEMENTS DE LA MORALE
les anciens appelaient la Syndérèse. Puis elle lire de ces premiers principes les conclusions plus ou moins éloif^mées qui sont l'objet jtropre de la science morale : l'injustice est un mal, l'usure est un mal... Ce n'est qu'en dernier lieu, qu'elle applique ces données morales à chacune de nos actions en particulier, pour devenir un guide pratique : l'action présente est un prêt usuraire ; donc elle est illicite (1).
Gomme on l'entrevoit déjà, d'après cette simple description, la conscience n'est pas une faculté distincte de la raison elle-même. C'est la même faculté qui perçoit la vérité spéculative et la vérité pratique. Elle perçoit, par exemple, les notions de Créateu r, et de créature, de père et de lils, de maître et de serviteur, et, en percevant ces notions spéculatives, elle y découvre plusieurs rapports : les uns spéculatifs comme celui d'antériorité de père sur le (ils, de créateur sur la créature ; d'autres i)ratiques ou moraux, comme le rapport de dépendance et de soumission du lils à l'égard de son père, de la créature envers son créateur, du serviteur envers son maître. Autant de vérités, morales ou spéculatives, qui doivent tomber sous le regard de la raison, puisqu'elle est la faculté du vrai. 11 n'en saurait être autrement ; et supposer dans l'homme deux raisons vraiment distinctes, serait le scinder arbitrairement et rompre son unité. Il suflit de distinguer deux fonctions de la même faculté, l'une théorique, l'autre pratique.
Le sens Qu douue uarfols à cetle partie de la raison praé'i.iivo- tique qui dirige les mœurs, ou conscience, le nom de
que» ilo , -^ , , , . . . ,
ce mol. sens inoral. C est la une expression moins heureuse, selon nous et malgré sa vogue, qui pourrait pr»"tt'r
(1| Les anciens théologiens restreit^nent à ceUe conclusion l'acte propre do la conscience. Les modernes «n eut un peu élargi le «cns.