‹ Études philosophiques (volume 2)Chapitre 155 sur 211 · II. LE DEVOIR. — LA CONSCIENCE MORALE · texte numérisé non relu

II. LE DEVOIR. — LA CONSCIENCE MORALE

sans avoir la volonté de mal faire (1). D'oîi Ton voit la nécessité de s'instruire et de s'éclairer de plus en plus, pour s'affranchir de Terreur, cause de tant de maux dans l'ordre physique et dans Tordre moral (2).

C'est ainsi que celui qui croit mentir, en disant telle chose, est vraiment coupable de mensonge, alors même qu'il dirait une chose vraie; et que celui qui croit faire l'aumône à un pauvre aveugle, n'en serait pas moins charitable, si.Taveugle n'était qu'un faux nécessiteux.

La conscience incertaine est celle qui ne sait quel çonsparti prendre, parce qu'elle ignore les motifs pour et contre. Sans doute, elle doit avant d'agir chercher à s'éclairer, par exemple, en consultant de plus habiles. Mais, si elle ne le peut, soit qu'aucun conseil ne soit à sa portée, soit qu'elle n'ait pas le temps, vu la nécessité pressante d'agir, elle doit agir pour le mieux ; et si aucun parti ne lui parait mauvais, elle est libre de choisir le premier venu, puisqu'aucun d'eux ne s'impose à sa conscience. La liberté, en effet, demeure entière lorsqu'elle ne paraît restreinte par aucun devoir ni certain ni probable : ce doute purement négatif est négligeable.

Le cas va devenir beaucoup plus embarrassant avec cons- \2i Q,o\\sc\Qi\GQ probable. Celle-ci, en effet, n'est plus p.obowe ballottée par un doute purement négatif, comme dans le cas précédent, mais par un doute positif plus ou moins grave. Or il est certain qu'on ne peut agir avec

(1) « Dicendum quod simpliciter omnis vohmtas discordans a ratione, sive recta, sive errante, seniper est mala. » S. Thomas, la 2œ, q. 19, a. 3, ^, 5. — « Unde etiam non sequitur obligari hominem contra legem Dei, cura obligaturad actum virtutis. Materialiter autem videtiir esse obligatio contra aliquam Dei legem, quœ tune non obligat, quia excusatur homo per ignorantiam et per aliam fortiorem Dei legem, obediendi prudenfi cnnscienti;i'. » Suarez, De Bonilate et mal., disp. XII, sec. 4. g 9.

(à) s. Thomas, Q. disp. de Malo, q. .S, a. 7.

312 FONDEMENTS DE r.A MOHALE

une conscience floutense delà licéité de son action Dans une telle action, en ellet, Tintention serait mauvaise, puisqu'elle accepterait de mal faire, dans le cas on l'action serait mauvaise. Le chasseur assez imprudent pour tirer dans l'obscurité sur un objet qui a quelque apparence humaine, consent hypothétiquement à commettre un homicide ; aussi sa volonté en contracte la malice.

Il faut donc essayer de sortir du doute avant d'a^'ir. et pour cela employer tous les moyens raisonnablement possibles, avec d'autant plus de soin que la vérité dont on manque est plus importante. Alors, pour l'ordinaire, la science dissipera le doute. Mais si l'on ne peut arriver à cette science, malgré sa bonne volonté, et qu'on soit dans la nécessité d'agir, la question se pose de nouveau ; ])uis-je agir (juand même, et quel parti choisir?

La science théorique ne connaît jias ces embarras. Si elle est dans le doute, elle s'abstient de se prononcer, et c'est tout; en pratique, on ne peut s'abstenir, car s'abstenir d'agir, c'est encore une manière d'agir.

Il faut donc pratiquement sortir du doute sur la moralité de l'action, et lorsqu'on ne le peut sur la question de la valeur objective de l'action, il faut au moins se fixer sur sa licéité ou valeur subjective, de manière à pouvoir dire avec certitude : je puis agir quand même. C'est ce que les casuistes ont appelé : se former la conscience. Dans ce but plusieurs systèmes ont été proposés.

Le luiio. Lg svstème tu/ioriste soutient (lue dans le doute, entre l'obligation et la liberté, il faut toujours prendre le parti deTobligalion qui est le parti le plus sûr. Ainsi si je doute ({u'aujourd'hui soit jour de jeûne, je dois jeûner quand même, alors même qu'une telle obligation paraîtrait fort peu probable.

ritnie.

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