II. LE DEVOIR. — LA CONSCIENCE MORALE
Nous accordons facilement qu'en prenant toujours le parti de Tobligation contre celui delà liberté, on ne risque jamais de violer la loi, ni de mal faire. Mais comme les cas de doute, plus ou moins fondé, sont innombrables dans la vie quotidienne, où la certitude absolue est l'exception, et la probabilité le cas habituel, on voit quelle charge énorme nous imposerions à la volonté humaine ; elle serait écrasante pour le commun des mortels.
Cette règle du parti le plus sûr, qu'on pourrait assez exactement formuler de cette manière : agis toujours du côté qui te déplaît le plus ^ n'est rien moins que de l'héroïsme. Elle n'est même pas une règle raisonnable, car puisque la liberté est un principe non moins nécessaire que l'autorité, on la sacrifierait trop souvent sans raison, et même contrairement à la raison, en suivant toujours et aveuglément le parti le plus sûr.
Toutefois, si l'on voulait restreindre l'obligation de prendre le parti le plus sûr à certains cas où le péril de violer la loi est spécialement grave, le système ne serait pas entièrement faux. Il ne faut pas s'exposer à commettre une injustice, un meurtre, à administrer d'une manière nulle le baptême ou quelque autre sacrement ; parce que ce sont là des malheurs irréparables ou difficilement réparables. C'est là la seule parcelle de vérité contenue dans ce système, et encore une telle obligation, quelque grave qu'elle soit, n'est pas toujours absolue, et peut céder devant une raison supérieure. Ainsi je puis m'exposer à tuer l'injuste agresseur, pour sauver ma propre vie.
Le pur probahilisme ou minns-probabilisme est le Le pur système diamétralement opposé au tntiorisme. De >i=^n'emême que celui-ci prenait toujours le parti de l'obligation contre la liberté, celui-là prend toujours et
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aveuglément le parti de la lilj(M'té contre rohli^fatioii. dès qu'il y a des probabilités réelles contre l'obligation, et malgré les raisons les plus fortes qui pour raient militer en sens contraire. Ce parti pris n'est donc pas [)lus raisonnable que le premier : or c'est par la raison que le grave problème doit être résolu et non i)ar le sentiment, qu'il soit pour l'autorité ou pour la liberté.
Il n'y aurait qu'un cas, ce nous semble, où l'application de ce parti pris pour la liberté contre la loi serait vraiment motivé et raisonnable, c'est le cas où le doute porterait non sur l'obligation, mais sur l'existence de la loi elle-même par défaut de promulgation, doute qui viendrait par conséquent de la faute du législateur : ce que l'on ne peut supposer que pour les lois humaines, et jamais pour les lois divines ou naturelles, dont on ne peut croire les législateurs en défaut.
Une loi non promulguée ou insuffisamment promulguée est nulle : nos législateurs le savent : ils savent aussi comment on interprète leur pensée ; que s'ils s'obstinent à ne pas rectifier cesinterprétationsdeleur loi, et à ne pas parler plus clairement, c'est (ju'ils ne jugent pas opportun d'insister et de donner force à leur loi. C'est donc, si l'on nous permet l'expression vulgaire, tant pis pour eux. Leur silence est un acquiescement.
Mais transporter cet axiome : lexdubia non est promulgata, des lois humaines aux lois naturelles et divines, dont la promulgation ne saurait être vicieuse, ou bien encore du doute sur la promulgation de la loi. au doute sur son application dans tel ou tel cas. c'est tomber dans le sophisme: transitu^ de génère ad genus. Ainsi, par exemple : si je doute qu'aujourd'hui soit un jeudi ou nu vendredi, cela ne prouve en rien