II. LE DKVOIR. — LA CONSCIENCE MORALE
moignage pourrait être quand même un acte de vertu et de courage.
Cette excuse de la conscience peut porter soit sur l'acte lui-même, soit sur ses conséquences indirectes et plus ou moins éloignées. En principe, on est en effet responsable de son acte et de toutes les conséquences indirectes qu'on a pu et qu'on a dû raisonnablement prévoir. Ainsi celui qui tire un coup de revolver dans une foule, quoiqu'il ne vise personne, et ne veuille faire qu'une mauvaise plaisanterie, n'en est pas moins responsable des blessures causées par son imprudence et faciles à prévoir au moins confusément.
Que si le bruit de la détonation effrayant un cheval, qui passe par hasard en cet endroit, lui fait prendre le mors aux dents et commettre d'autres malheurs en sa course furieuse, voilà d'autres conséquences indirectes, impossibles à prévoir, et partant involontaires, dont il serait excessif de le rendre responsable en conscience : c'est un nouveau malheur ; ce n'est pas une nouvelle faute.
L'ignorance est donc parfois une excuse ; pouvonsnous en dire autant des passions?
2" Les passio7is sont des mouvements plus ou moins 2° Les violents des appétits sensibles de l'âme et des organes qui en sont le siège (1). Leur violence peut aller jusqu'à provoquer parfois le délire et la folie, et partant à supprimer la liberté. Dans ce cas, l'excuse est complète. Mais ce cas est très rai'e ; d'ordinaire les passions les plus ardentes ne font que diminuer le pouvoir de réffexion et la force de la volonté. Gela est surtout vrai lorsque la passion est devenue une habitude, dont le réveil subit prévient plus ou moins toute
(1) s. Thomas, l'2«, q, 2iJ, a. 1.
passions.
3iO FONDEMENTS DE LA MORALE
réflexion, et pèse de tout son poids sur la volonté. Sous son empire, la liberté se trouve donc plus ou moins affaiblie, et la responsabilité réduite à des degrés que la conscience elle-mùnie ne parvient pas toujours à déterminer, tellement ces nuances morales peuvent être subtiles.
Là aussi les distinctions des moralistes sont importantes. La passion, disent-ils, peut prévenir et surprendre la volonté, ou la suivre au contraire ; elle est antécédente ou conséquente.
Passion Si elle est conséquente et provoquée parla volonté, quTnTe*.' qui a mis en branle l'imagination et les autres organes des passions, il est clair qu'elle n'est plus une excuse. Celui qui volontairement met le feu aux poudres est responsable de l'explosion et de ses conséquences faciles à prévoir.
Sans doute, les actes passionnels d'un homme ivre, qui s'est volontairement enivré, ne sont plus volontaires in actu, comme disent les scolastiques, mais ils le sont dans leur cause librement posée, in causa. et n'échappent point à la responsabilité morale, pourvu toutefois qu'ils aient été prévus ou faciles à prévoir.
On peut dire, il est vrai, que la passion une fois librement allumée, peut ensuite devenir odieuse, et être rétractée, — de même pour une habitude vicieuse, — mais alors de conséquente qu'elle était, elle devient antécédente par rapport aux elfels suivants, et se soumet à ses règles.
Aniécé- La passion antécédente, qui surprend la volonté et •^ ^ trouble la réflexion, est donc la seule qui diminue le libre exercice de la volonté, et rend {tlus ou moins excusable. Un homme d'un tempérament irascible et emporté, malgré sa diligence et ses efl'orls pour corriger cette mauvaise habitude, pourra laisser échap-