‹ Études philosophiques (volume 2)Chapitre 167 sur 211 · II. LE DEVOIR, — l'idée DE DEVOIR DANS ARISTOTE · texte numérisé non relu

II. LE DEVOIR, — l'idée DE DEVOIR DANS ARISTOTE

toute vertu et toute perfection, à la contemplation et au service de Dieu, -ôv Ozh-j Ocpv.Kivïtv /.cà Oswpîu, critère suprême qui doit régler notre estime pour tous les autres biens, car ils ne sont bien que par leur relation avec ce terme absolu. Citons ses belles paroles :

« Le choix et l'usage, soit des biens naturels, soit des forces de notre corps, ou de nos richesses, ou de nos amis, en un mot, de tous les biens, seront d'autant meilleurs qu'ils nous permettront davantage de connaître et de contempler Dieu. C'est là, sachons-le, notre condition la meilleure ; c'est la règle la plus sûre et la plus belle, et la condition la plus fâcheuse à tous ces égards est celle qui, soit par excès, soit par défaut, nous empêche de servir Dieu et de le contempler (1). »

Aussi Aristote répète-t-il que le vrai bonheur de l'homme est d'ordre divin, et digne d'un religieux respect, ziuii-j n. /.ai Qzïo-j (2), C'est une participation à l'action et à la béatitude de Dieu, qui est bienheureux par essence (3).

« Peut-être, ajoute-t-il, celte noble vie est-elle au-dessus des forces de l'homme, ou du moins, l'homme peut vivre ainsi non pas en tant qu'il est homme, mais en tant qu'il y a en lui quelque chose de divin. Et autant ce principe divin est au-dessus du composé auquel il est joint, autant l'acte de ce principe est supérieur à tout autre acte, quel qu'il soit, conforme à la vertu. .Mais, si l'entendement est quelque chose de divin par rapport au reste de l'homme, la vie propre de l'entendement est une vie divine par rapport à la vie ordinaire de l'humanité. Il ne faut donc pas en croire ceux qui conseillent à l'homme de ne songer qu'à des choses humaines, et à l'être mortel de ne songer qu'à des choses mortelles comme lui. Loin de là, il faut que l'homme s'immortalise autant que possible ; il faut qu'il fasse tout vivre selon le principe le plus noble de tous ceux qui le composent (4). »

(1) Mor. Eud., 1. VJI, c. XV, § IG (B. S. H.).

(2) Eth. Nie, 1. 11. c. xn, § 12; 1. I, c. xi, §7; 1. I, c. viii, § 14.

(3) To«î aiv yy.p fjzoiç y.TTKç h Sloq ^uy.ipio:, toi; 3 ù'jOoûnotç, è'f Stov fj'j.rjl.Mij.y. ~i t7); TOiKÙrn; èvîoyeiag ÙTry.rjyîl.. Elli. Nie, 1. X, C. vin, § S (bidon. — rolil., 1. vu, c, I, § ô; Mrutp/i:, l. XII, c. vit.

(4) Eth. Nie, 1. X, c. VII, § 8 (H. S. 11).

.Tli rONDF.MFNTS DE LA MORALE

l'Iacc à CCS hault'iirs sul)liino.s, jiaiiiii les choses élorrx'lles, imniual»Ies cl divines, le hoiilieui' de l'hoimne ne peut plus être l'objet d'un égoïsme bas et mercenaire. L'appel îi l'éguïsme ou à l'utilité bien comprise ne suffirait dtjnc plus il une morale si élevée. Il faut faire appel an devoir le plus rigoureux, pour commencer à dégager l'homme de l'animal, et puis faire appel à l'amour de la perfection et de la beauté morale qui complète le devoir et le couror)ne. L'objection d»- M. Brochard que le devoir e.st inutile dans une morale eudémonique est donc sans fondement.

Quoi qu'il en soit, le fait est certain, .Xrislule n'a jugé le devoir incompatible ni avec son caractère esthétique, ni avec ses espéi'ances de félicité, et ce serait dénaturer sa pens<''e de supposer qu'il n'a pu introduire dans sa morale ces deux derniers éléments, qu'en rejetant l'oblii^ation du devoir. Non, il a rejeté seulement, comme nous, la notion kantienne du devoir et les exagérations d'un formalisme contre nature, nous imposant « le devoir pour le devrjir ".

Ce qu'on peut reprocher plus légitimement à Aristote, c'est de n'avoir pas assez précisé les vrais rapports religieux de l'homme avec Dieu. Sans doute, il a nettement latlaché l'homme à Dieu, comme à son principe, à sa lin dernière et au premier moteur de son t\me (1) ; il a même indiqué*, quoique d'une manière un peu trop sommaire, comment la Loi avait son fondement suprême dans la Raison éternelle, mais les conséquences pratiques, les liens religieux envers Dieu, souverain législateur et juge, rémunérateur et vengeur, sont entièrement laissés dans l'ombre. (Vest à peine s'il fait de vagues allusions (2) à une vie future heureuse ou malheureuse, et les notions de mérite et de démérite ou de responsabilité devant Dieu sont omises.

Enfin, on a droit de s'elonner qu'après nous avoir donné

(I, Eudènie a m("'ine ajouté celle belle parole: « La relation nffeclueuse de Dieu à l'homme esl comme celle du père au lils, du bienfaiteur à l'oblii^è ; en un mot comme celle de l'élre qui commande par nature A lôtre qui doit uatun-Uement obéir. » Mor. Eud., I. VII. c. X, is 8 (H. S. H,. — Vovcz une idt-e analogue. Elh Sic, 1. X, c. ix, § 5, G.

(2; Elh. Me, 1. I, c.vn, S JIMr. ; |. |. c. ix, § 4-0 JB. S. ÎI.).

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