DKS SYSTÈMES DE MORALE CONTEMPORAINS
Origine Noiis veiioiis créci'ire < systèmes de morale », alors
des
nouvelles qu'll cùt été plus cxact (le dire, sans jeu de mot, «morale des systèmes» de philosophie. Chacune de ces nouvelles morales n'est, en ellet, qu'une conséquence plus ou moins logique du système philosophique qui l'a engendrée, en sorte qu'elle ne vaut pas mieux que ce système, dont elh; a contracté les défauts héréditaires. Bien plus, souvent elle vaut encore moins, car ayant été imaginée pour le service ou de par les nécessités d'un système préconçu, sa légitimiti' devient encore plus suspecte.
Il est clair, par exemple, qu'une fois admise l'idée d'évolution universelle à la base de la Cosmologie et de la Psychologie, elle ne peut se borner à produire une révolution dans l'histoire naturelle et la Psychologie. Elle entraîne une nouvelle conception de tout l'homme, et partant de la morale : le bien et le mal, loin d'être absolus, doivent évoluer comme tout le reste. Tous les principes de la vieille morale risquent donc d'être niés, ou interprétés à contre-sens, pour se plier à l'évolution. La conscience aura beau protester, sa voix devra se taire, on lui fera violence, pour ol)éir «i la logique dt^ lliypothése arbitraire et sans preuve,
m. — CRITIQUE DES SYSTÈMES DE MORALE
qui est la favorite. Non, ce n'est plus là une science libre; elle n'est plus reine et maîtresse, elle n'est qu'une très humble servante.
Prenons encore pour exemple la morale de Kant. Après avoir nié la valeur des notions de la raison, ce philosophe était logiquement conduit à nier la valeur desnotions etdesaxiomesdemorale.Maiseffrayé, il recule devant cette nouvelle ruine,qui répugne à sa conscience d'honnête homme. Alors il vole au secours de la morale, menacée par son propre système, et au prix de quelques concessions, pour ne pas dire de quelques graves mutilations, soit du système, soit de la morale, il essayera de les réconcilier tant bien que mal et de les faire vivre ensemble. Cette construction de la morale Kantienne n'a rien de commun avec la conception d'une science libre qui se respecte. Elle répond bien moins à la question : quelle est la vérité morale ? qu'à cette autre question : comment se tirer d'affaire, sans causer trop de tort à la morale ; comment plier tant bien que mal la morale au système préconçu ?
Cette œuvre soulève donc contre elle, par ses origines mêmes et son point de départ, les plus légitimes défiances.
Une autre raison de défiance se tire des résultats ^■^^^1 lamentables où ont abouti tous ces nouveaux systè- ^^^"[^ll^ mes de morale, dont chacun a eu la prétention, — non pas d'ajouter un nouveau progrès àla vieille morale, — ce qui eût été légitime ; — mais de la détruire et de la remplacer. Pour juger du peu de succès de ces aventures audacieuses, il sulTirait de lire cet aveu d'un de nos plus éminents adversaires, constatant que jusqu'ici tant d'ell'orts n'ont abouti qu'à la confusion et an chaos :
« Tout est remis en question, dit-il, aucun prin-
cipe ne paraît encore solidement établi ou du moins à lui seul suffisant, ni celui de rintér«H personnel, ni celui de l'utilité ^a-nérale, ni celui de révolution universelle, ni l'altruisme des positivistes, ni la iiitic et le nouveau iiirtànd des pessiuiistes, ni le devoir des Kantiens, ni le bien en soi et le devoir transcendant des spiritualistes; la morale du libre arbitre et de l'obligation semble près de disparaître pour faire place à la «r pbysique des moiurs >, soit individuelle, soit sociale. On a écrit jadis des pages émouvantes pour montrer comment les dogmes religieux finissent ; on pourrait en écrire aujoiinriiui de plus émouvantes eucore sur une question bien plus vitale : comment les dogmes moraux finissent. >
Ce qui n'empècbe pas notre brillant auteur de nous proposer,à la page suivante,un nouveau dogme moral : celui de « la morale future », ou de < la pbilosopliie de Fespérance », tantôt, il est vrai, avec une modestie et une défiance qui nous toucbe, tantôt avec un ton dogmatique qui s'emporte jusqu'à traiter la foi chrétienne de « la plus monstrueuse absurdité et la plus monstrueuse immoralité >>, et le pape lui-même de € la plus fidèle image de Satan (1)>. Nouvelle preuve que si les dogmes pouvaient finir, ils seraient bientôt remplacés et aggravés par ceux qui les auraient détruits.
Division Au milieu de ce pele-mele chaotuiue d opinions lèmesp.r R's plus diverses, essayer d imaginer un ordre et une comin- clnssilication rigoureuse, n'est assurément pas très
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facile. Pourtant il nous faut l'essayer, pour donner de tous ces systèmes une vue d'ensemble (jui ne soit pas trop confuse.
[W Fouillée, Critique des systf^»ies, pn f. p. V. XIII.