III. CRITIQUE. — KANTISME ET NÉO-KANTISME
mal antérieurement à la loi ; mais Kant espère pouvoir le déterminer « après cette loi, et par cette loi ». . Pour cette détermination il n'y a qu'un seul raison- c'est la
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nement possible : « puisque la loi commande, ce qu'elle commande doit êtrehon ;puisqu'elledéfend, ce qu'elle défend doit être mauvais. » Mais pour arriver à cette équation : commandé = bon, il faut en sous-entendre préalablement une autre : loi = bien. Car si la loi n'était pas bonne, si nous étions le jouet soit du « malin génie » de Descartes , soit d'une nature indifférente ou mauvaise, comme les pessimistes le soutiennent,il ne serait plus évident qu'elle ne commandeque le bien et ne défende que le mal. La foi, et une foi aveugle, en la bonté et la sainteté de la loi, est donc une fois de plus invoquée pour fonder la distinction essentielle du bien et du mal.
La même idée nous est présentée sous une autre O" "«
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forme, dès les premières pages de la Métaphysique volonté. des mœitrs. Kant y déclare que la seule chose « bonne absolument et sans restriction », c'est la « bonne volonté». — « Dans cette bonne volonté seule il faut chercher le bien suprême et absolu y> ; — « elle seule constitue la valeur absolue de l'homme, et aussi la seule chose d'après laquelle il doit être jugé par tout être, même par l'Etre suprême (1) ». Kant nous explique, à cette fin, que le bien absolu ne consiste, en effet, ni dans les talents de l'esprit, ni dans les qualités physiques, ni dans les biens extérieurs de la fortune, dont on peut faire un bon ou un mauvais usage, et qui, à cause de cette ambiguïté même, ne peuvent être dits biens absolus. La volonté conforme à la légalité, ou bonne volonté, est seule bonne absolument et sans restriction. Mais pourquoi Kant appelle-t-il bonne,
(1) Kant, Métaph. des mœurs, (Barni), p. 25, 88,
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la volonté conforme à la légalité ? c'est encore par un acte (le foi aveugle en la bonté de cette légalité, uigoris- Mais pour que celle volonté soit absolument bonne, exacéié. il faut qu'clls soit pure et dégagée de tout autre désir que celui de la légalité. Elle ne doit vouloir (ju'une simple forme: la légalité pour la légalité; le devoir pour le devoir. Pour exclure ainsi de la notion de bonne volonté toute considération d'autres biens raisonnables ou sensibles, tels que l'attrait de la beauté morale, le désir de sa |)erfection, de son bonheur, de son salut éternel, etc., Kant allègue aussi d'autres prétextes, plus subtils que réels, qui n'ont convaincu personne de la possibilité pratique d'un tel rigorisme. La léga- Telle est donc la vraie pensée de Kant : le bien abvcrseilë!' solu, c'est la légalité seule. Et comme la légalité morale doit être universelle et absolue, et s'appliquer à tous les êtres raisonnables, il en conclut assez ingénieusement que les maximes universelles pouvant servir de règle de conduite à tous, sont la pierre de touche de la légalité. «. Agis toujours de manière que ta conduite puisse servir de régie à la conduite de tous. » Ainsi on ne peut ériger en loi l'égoïsme universel, la souffrance universelle, etc.... Tandis ({u'on doit ériger en loi la justice universelle, la charité universelle, etc.. Ce caractère d'universel entrera même dans la définition de la loi : < une loi doit avoir la qualité d'un principe de législation universelle (1). > Ce même principe donnerala solution de la fameuse antinomie entre l'égoïsme et l'altruisme; ni le bien égoïste, ni le bien altruiste n'est le souverain bien ; mais seulement le bien universel, c'est-à-dire le bien de soi et des autres, parce que le b'ien de l'ensemble est supérieur au bien de telle ou telle partie.
(1) Kant, Critique de la raison pratique, p. 16'.).