III. CRITIQUE. — MORALES INDÉPENDANTES
tif peut seul expliquer rhorreur de certains librespenseurs pour toute métaphysique : ils ont peur de mettre le doigt dans l'engrenage syllogistique qui conduit à Dieu. Cependant, ils ne voudraient pas pour cela supprimer toute morale, et nous allons juger du succès de leurs efforts pour construire une morale sans Dieu.
Parmi les partisans de la morale sans Dieu, les i. sans plus modéi'és, ont la prétention de détacher de l'idée décevoir de Dieu la vieille morale, sans l'altérer sensiblement. ° ri!"' Ils retiendraient le caractère absolu du devoir, voire même les principaux préceptes ou conseils de l'Evangile,mais sans l'Evangile, et même sans le secours de la religion naturelle. Bref, ils pourraient prendre pour devise cette parole d'un homme d'État organisateur des écoles sans Dieu : < Rien ne sera changé dans l'enseignement de la morale : il n'y aura que Dieu en moins. »
Examinons cette nouvelle conception de la morale : nous n'aurons pas de peine à montrer qu'elle est fausse en théorie, et ruineuse en pratique.
Nous disons conception « nouvelle», car l'histoire Preuve de l'humanité nous montre que chez tous les peuples, ''que"" et dans tous les siècles, la morale a toujours revêtu un caractère religieux. Jamais l'humanité n'a pu vivre sans croire que la loi de conscience dépend d'un principe supérieur et divin, d'une Divinité vengeresse ducrime. Jamais la morale indépendante n'aétéle code d'aucun ancien peuple, barbare ni civilisé. Non seulement dans l'Inde, la Perse, l'Egypte, mais même en Grèce et à Rome ; et si la philosophie grecque s'est constituée indépendante des cultes établis, sa morale n'est nullement athée.
La preuve en a été faite plus d'une fois, et récem-
Preuve (le raUon
ment encore par le savant abbé de l)ro<,'lie, dans son beau livre de la Morale sans Dieu.
Mais à quoi bon insister sur une preuve de tradition que nos adversaires n'admettent pas? N'ont-ils pas précisément la prétention d'être plus sages que tous les sages des siècles passés, de changer hardiment l'axe du monde moral, et de remj)]acer les idées qui ont dirigé jusqu'ici le progrès moral de l'humanité, pardes inventions nouvelles fraîchement écloses de leur cerveau ? Il faut donc leur montrer que leurs inventions sont fausses, et destructives de cette morale qu'ils ne voudraient pas détruire, mais affermir.
Et d'abord, il est faux que le devoir moral, le devoir vraiment obligatoire et catégorique, puisse logi(iuement se passer de l'idée de Dieu, qui en est au contraire le fondement, soit comme législateur, soit comme juge et suprême sanction.
Nous l'avons déjà établi contre Kant, et nous devons le redire contre les fauteurs de morale indéj)endante : l'obligation morale ne saurait être indépendante de l'existence de Dieu. Mais (jue l'on ne se méprenne pas sur notre pensée : nous ne disons pasque, de fait, l'obligation ne peut être connue sans la connaissance préalable et explicite de Dieu ; nous disons seulement que, de droit, elle ne i)eut être./us//- /?^^et démontrée raisonnable, sans l'existence deDieu. C'est là un point important, source d'objections spécieuses pour nos adversaires, et qu'il nous faut un peu développer.
^L^ Supposons un homme de bonne foi.cjni ne soit pas ipnorV encore arrivé à la connaissance explicite de Dieu, ou qui, ébranlé dans sa croyance en Dieu, garde encore ses habitudes île loyauté et d'honnêteté. Sa conscience lui parle clairement et catégoriquement, comme à tous les autres hommes : ne sois pas injuste, menteur, vo-