‹ Études philosophiques (volume 2)Chapitre 201 sur 211 · III. CRITIQUE. — MOKALES INDÉPENDANTES · texte numérisé non relu

III. CRITIQUE. — MOKALES INDÉPENDANTES

leur, homicide, etc.. Aussi se sent-il intérieurement lié absolument par ces commandements. Pourrait-il, s'appuyant sur notre principe, raisonner ainsi : Si Dieu est incertain, ces commandements sont également incertains ; or Dieu est pour moi incertain ; donc ces commandements sont pour moi pareillement incertains.

Nullement, il ne peut raisonner ainsi, puisque la conclusion de ce raisonnement est en contradiction manifeste avec un fait évident : l'obligation certaine que sa conscience lui promulgue. C'est donc un raisonnement inverse que la logique doit imposer à son esprit. Il doit se dire : l'obligation est certaine, comme ma conscience en témoigne ; or cette obligation serait inexplicable et déraisonnable sans l'existence de Dieu ; donc Dieu existe.

Pourquoi serait-elle inexplicable et déraisonnable pas de sans l'existence de Dieu ? Parce qu'une loi sans légis- légiX* lateur,est une conception contradictoire, et que d'autre part je ne puis me supposer moi-même législateur d'une loi qui est universelle, antérieure à mon existence,et supérieure à ma volonté et à celle de tous les autres hommes. Ce législateur, antérieur et supérieur à moi et àtous les hommes, ne peut donc être que l'Etre suprême, Dieu.

Sans cette simple explication, la loi de la conscience reste une énigme, un effet sans cause. Elle nous plie et nous écrase sous un joug aveugle. Elle nous commande sans nous montrer que l'autorité est légitime et l'obéissance raisonnable ; elle n'est donc pas raisonnable. Sans doute, nous pourrons quand même nous y soumettre, si nous voulons bien nous contenter d'une foi aveugle, et voilà pourquoi nous rencontrons des athées ou tout au moins des sceptiques de bonne foi, dignes d'estime au point de vue moral, qui

leur.

/i78 k()ni>i:mkms di: i.a mohalk

de fait, croient au devoir sans croire en Dieu. Grâce à une heureuse inconséquence, ou à d'heureuses habitudes déjà contractées, leur vie morale a gardé comme l'empreinte ou ladirection de leur foi religieuse disparue. Ils ont beau nier Dieu théoriquement, de fait ils ne peuvent étoufïer la voix de la conscience qui leur défend de faire le mal.

Mais ce n'est pas là une situation normale de la raison ; aussi la nature et la logique réclameront leurs droits tôt ou tard, et la conscience humaine, pour retenir la loi, finira par accepter aussi le législateur ; — ou bien reniant le législateur, elle secouera le joug de sa loi, comme celui d'un vieux préjugé que la science a démasqué. C'est la logique de l'erreur, mais c'est la logique. Tandis que retenir la loi après avoir rei)0ussé le législateur, c'est encore une fois une inconséquence, heureuse sans doute, mais condamnéeparla Logique. Sens et Le IccteuT volt désormais le seus et la portée pré- ""noire '' cise de notre thèse : Dieu est le fondement du devoir. Elle ne signifie nullement que, pour connaître l'existence du devoir, il faille nécessairement avoir déjà reconnu explicitement l'existence de Dieu. Assurément, ce serait Tordre logique, mais l'ordre de nos connaissances, surtout de celles acquises par l'éducation, est bien dillerent de l'ordre logique.

Elle ne signifie pas davantage qu'on ne puisse obéir au devoir, sans avoir l'intention formelle d'obéir à l'ordre de Dieu, quoique de fait, grâce à la réfiexion, ces deux choses : faire son devoir et obéir à Dieu, aient pu devenir inséparables.

Elle signifie encore moins, comme on nous le reproche à tort, que Dieu nous enseigne le devoir par une révélation extérievre. L'éducation de la raison et de la conscience suffisent, au contraire, à cette révélation intérieure et toute naturelle ; puisque le comman-

llièse .

Page 1