I. LA LIBERTÉ. — LA LIBERTÉ ET LA MORALE
que nous sommes maîtres de nous-mêmes et que, dans une certaine mesure, nous pouvons diriger nos actions et relever la valeur morale de notre vie.
Sans la liberté, et même sans la croyance en la liber- L'éducaté, non seulement l'homme ne s'élèvera pas dans les 'Tionié! sentiers les plus ardus des conseils de perfection, mais pas même au niveau de Thonnêteté élémentaire. Aux prises avec les passions violentes et parfois brutales de notre nature viciée, en présence de tous les obstacles qui s'accumuleront sur le chemin de la vertu et de l'honneur, l'homme qui ne croit pas en la puissance de sa liberté, ou qui en doute, devra logiquement se croire le jouet de la nécessité, et bien loin de réagir, de tenter la victoire par de nobles efforts, il se laissera aller à toutes les lâchetés et à tous les désordres, chaque fois du moins qu'il n'aura rien à craindre de la justice humaine, caria justice divine ne saurait plus atteindre celui qui n'est plus moralement responsable.
S'il a parfois honte de lui-même, il se contentera d'accuser la nature, la violence de ses passions, ou de maudire son triste sort, au lieu de s'accuser luimême et sa lâcheté ; il attendra sa conversion des circonstances futures, au lieu delà demandera sa propre initiative et à sa générosité. Gomme on le voit clairement, le seul doute sur la liberté peut briser le ressort moral d'une âme, en faire la triste victime d'une sorte de suicide moral.
En lui enlevant le ressort de sa valeur morale, ce Labeauté doute lui enlève encore le secret de sa beauté morale. "'"'"'*■ Gomme on l'a très finement remarqué : < la beauté n'existerait plus dans l'homme, si le libre arbitre cessait d'exister. Sans le libre arbitre, que devient l'héroïsme de Régiilus, la charité de S. Vincent de Paul, le patriotisme de Jeanne d'Arc ? Gela est si vrai que
si railisle doiiiio :'i ses figures l'aspect extérieur de l'al)sence de lil)erté. la])eaiité aussitôt s'envole... Aucune passion dominatrice de l'âme au point de la rendre esclave n'est belle ; l'extrême terreur, l'amour bestial, la fureur aveugle sont laids ; la joie et la douleur poussées à l'excès ne le sont pas moins. Ce qui est beau dans l'bomme, c'est Témotioii (jui excite aux grandes (imvres, mais laisse maître de soi. Aussi les Grecs ne représentaient-ils que des émotions tranquilles qui, n'altérant pas les lignes essentielles du visage et du corps, montraient que le personnage se possédait en entier > (1).
Se posséder soi-même, être maître de soi, en un mot la liberté, tel est donc le secret de la beauté morale, aussi bien ({ue de l'énergie et de la vie morale, u Mais ce n'est pas tant sur la lieauté morale de
hîmai'ne. Thomme (]ue sur sa valeur morale et sa dignité que nousdevons insister. Or d'où vient la dignité humaine, sinon de l'excellence de notre nature intelligente et libre? Ce qui fait que l'homme est un être à part, infiniment respectable, c'est qu'il est l'agent du devoir ; qu'il a le pouvoir de compléter l'œuvre de Dieu, c'est-à-dire l'ordre physique, par la réalisation de l'ordre moral sur la terre et en lui-même. Ce que le Christianisme appelle du ji^rand nom de « Règne de Dieu > sur la terre et dans les âmes, dépend de l'iiomme, de sa bonne volonté, car Dieu ne veut régner sur nous que par l'amour et non par la contrainte, tant est grand le respect que Dieu a lui-même pour ce don qu'il a déposé en nous : la liberté !
S'il n'y a plus de liberté, la dignité humaine est découronnée, sa valeur infiniment amoindrie. La vertu détrônée devra céder le pas à la science, car
(1) Fonsegrivo, Ksaai sur le lifire arbilif Inédit.), p 563.