‹ Études philosophiques (volume 2)Chapitre 24 sur 211 · LA LIBERTÉ. — LA LIBERTÉ ET LA MORALE · texte numérisé non relu

LA LIBERTÉ. — LA LIBERTÉ ET LA MORALE

possible, au moins à peu près, suivant la réserve ingénieuse de Diderot, il n'en serait pas moins la condamnation définitive d'une tliéoi'ieque la pratique dément, puisqu'il faut la renier pour vivre et agir humainement.

Nos déterministes contemporains ont habilement Nouvelle changé de tactique. Ils ont cherché l'accord positif de ""dT' Faction avec la théorie déterministe, et se vantent ST.'' déjà bruyamment de l'avoir trouvé. Ils ont découvert, parait-il, que la morale peut fort bien se passer de la liberté. Que les notions de devoir, de mérite et de démérite, de récompenses et de châtiments, la vertu et le vice, l'éducation de la volonté, en un mot la science et la vie morale toute entière se passaient à merveille de l'idée de liberté. Bien plus, comme si de telles prétentions n'étaient pas assez étranges et assez ouvertement paradoxales, on est allé jusqu'à insinuer que la force du devoir et de la loi morale était même beaucoup plus grande encore dans l'hypothèse déterministe que dans la théorie de la libei-té. En sorte que la liberté, bien loin d'être le fondement premier delà morale, comme on le croyait autrefois, en serait devenue tout à coup la contradiction et la ruine (1).

Ces sophismes courent le inonde, depuis que des littérateurs et nombre de beaux esprits leur ont prêté le charme et la fascination d'un style magique. Une multitude de consciences en sont ébranlées, et Ton n'est plus admis à les traiter dédaigneusement comme des extravagances. On leur doit une réfutation sérieuse et approfondie.

L'explication de la responsabilité par les détermi- La

responsabilité.

jl) Cf. Sluart Mil!, La philosophie de Hamlllon, c. 26. — Taine, Cours de Philosophie. Catéchixn\e positiviste, p. 14(>. — Cîiiyau, Esquisse d'une morale sans obligalioi 7U sanclio>i. — Lévy Bruhl, Thè.9e sur l'idée de responsabilité. — Fouillée, Liberté et /déterminisme.

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nistes ëlait une des plus aisées. Nous distinguons, en effet, avec tons les spiritualistes, une responsiihilité morale au for interne, et une responsabilité matérielle ou légale, indépendante de la première, au for externe. Ainsi, qu'on ait volontairement ou involontairement porté tort au prochain, peu importe, le code vous déclare civilement responsable et tenu à réparation.

Nos déterministes n'avaient qu'à user de cette seconde notion. C'estce qu'ilsse sont empressés de faire. La responsabilité n'est pour eux que l'expression de la solidarité universelle. (Jue ma bonne ou mauvaise action soit libre ou non, elle est à moi, en moi, elle est pour ainsi dire une partie de moi-même : je suis lié à mes actes, je ne puis m'en séparer, je dois donc me les attribuer, j'en suis responsable, et responsable aussi de tontes leurs conséquences, c'est-à-dire du bien ou du mal qu'ils ont produit.

Mais il suffit (ïun i)eu de n'-llexion pour découvrir combien celte assimilation de la responsabilité fataliste à la responsabilité légale est superficielle et inexacte. Pourquoi la loi civile me déclare-t-elle responsable, sans examiner l'état de ma volonté? C'est que cet examen du fond de la conscience et de ses replis les plus cachés est d'ordinaire impossible au juge humain. Seul le juge divin peut prétemlre an discernement des consciences. Si le juge civil admettait l'excuse banale ; je ne l'ai pas fait exprès ! il ne punirait jamais, et la loi ne serait plus qu'une menace dérisoire et sans autorité. Le tribunal civil est donc forcé de présumer il'ordinaire la liberté du coupable : mais cette présomption b'gale cesse dès que la folie ou toute autre cause analogue est évidente, et le prévenu est déclaré aussitôt irresponsable.

La responsabilité civile est donc fondée sur une pré-

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