I. LA LIBERTE. — LA LIBERTÉ ET LA MORALE
et de sa justice, en de simples instruments de la force brutale. C'est assez peut-être pour fonder sur la terre le règne de la force, ce n'est plus assez pour établir celui de la justice.
Le remords, la pitié, la joie de la bonne conscience lc
. . 1 p remords,
seront-ils des sentiments plus faciles à expliquer, pour 'a p't'éles déterministes ? Loin de là. Puisque les choses ne peuvent être autrement qu'elles ne sont, pourquoi regretter qu'elles soient telles, ou désirer qu'elles soient autrement ; pourquoi nous les reprocher si elles sont mauvaises, ou nous féliciter lorsqu'elles sont bonnes, comme si elles auraient pu être mauvaises? Tout arrive selon l'ordre de la nature, et bien insensé qui ose penser, vouloir, désirer autrement.
Bien plus, Spinoza nous paraît très logique en condamnant non seulement comme inutile, mais comme pervers tout sentiment de remords ou de pitié. Se repentir, dit-il, ou avoir pitié des malheureux, c'est vouloir supprimer le passé, supprimer l'univers et l'œuvre de Dieu elle-même. C'est se rendre coupable d'uneespèce de suicide et de déicide. Mais si sa conclusion est logique, elle est aussi inhumaine et contraire au sens moral du genre humain, .-.ussi nos nouveaux déterministes n'ont point voulu s'en contenter et lui ont préféré un système de défense diamétralement opposé.
Déjà Hume essayait de prouver que c'est seulement i» dans le système fataliste que le repentir acquiert toute sa valeur morale. En etiet, disait-il, si nos actions sont nécessairement liées à nos états habituels de conscience bons ou mauvais, nos repentirs seront la manifestation nécessaire mais sûre de notre vertu, comme nos fautes auront été la manifestation de nos vices. Si au contraire ces manifestations extérieures
repentir.
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sont libres, elles ne prouvent plus rien sur l'état habituel de notre âme.
Le sophisme est habile; bien loin de l'atténuer, nous croyons lui avoir donné un relief qu'il n'a pas dans le texte vague et obscur du philosophe anglais. Mais, si subtile qu'elle soit, rargunientation n'en est pas moins sophistique. Un repentir /"orc^, produit d'une vertu nécessaire, n'a pas plusde valeur morale qu'une faute nécessaire produit d'un vice nécessaire. En outre, ce repentir devient impossible ou déraisonnable, soit parce qu'il est impossible ou déraisonnable de se repentir d'une action dont on n'est pas coupable; soit parce que ce repentir venant après une faute, briserait la série continue et fatale des effets et des causes ; le dernier terme de la série contredirait les premiers termes par lesquels il aurait été produit. D'autre part, il est faux que, pour être méritoire, le repentir doive être la manifestation d'un état habituel de notre âme. Il sufiit ({u'il soit sincère, alors même (juil soit peu affermi dans l'âme du nouveau converti.
Les Aujourd'hui cependant, l'argument de Hume est
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utiles! bien moins en faveur; les déterministes aiment mieux se contenter de dire avec M. Fouillée que ces sentiments de pitié, de remords, de bon propos, ne sont pas à dédaigner dans la théorie, parce qu'ils créent des motifs de bien agir, et que ces motifs })euvenl linirpar exercer une inlluence prédominante ou déterminante. Mais cette théorie est gravement incomplète. Si elle met en lumière VntiUté de ces sentiments, elle est incapable de nous expliquer leur léyHimité, c'est-àdire leur caractère raisonnable et leur valeur morale. Cène sont plus que des /////5io;/5 de conscience, utiles sans doute, mais mensongères. Gela sufiit pour empêcher réclusion de ces sentiments dans l'âme humaine, car qui voudra avoir la naïveté de se repentir, lorsqu'il