‹ Études philosophiques (volume 2)Chapitre 29 sur 211 · I. LA LIBERTÉ. — LA LIBERTÉ ET LA MORALE · texte numérisé non relu

I. LA LIBERTÉ. — LA LIBERTÉ ET LA MORALE

forces par l'addition successive de tous ces petits accroissements. L'idée de liberté devient ainsi une source croissante d'énergie morale, un levier permanent de l'ordre universel perçu par l'entendement, un principe d'harmonieuse évolution, un facteur personnel de l'impersonnel progrès (1). »

Sans doute, répliquerai-je, l'idée de liberté produit L'iih.sion tous ces merveilleux effets, mais à une condition, c'est libenl qu'elle ne soit pas reconnue pour une illusion et une vaine chimère. Car si ce n'est qu'une illusion facile à dissiper, un préjugé et une erreur, comme vous l'enseignez avec tous les déterministes, il ne vous reste plus qu'une idée sans force et sans empire. Le seul doute que je ne suis pas libre suffit à briser ce ressort secret,et à paralyser ma volonté. Ce ressort, en effet, n'est pas l'idée pure et simple de liberté, mais la croyance sincère que je suis libre, et qu'en conséquence je puis et dois user de mon énergie morale.

Vous en convenez, du reste, vous-mêmes, mais vous me dites qu'il n'est pas nécessaire d'être libre ; qu'il « suffit de se croire libre » ; et je vous demande comment un déterministe convaincu, comme vous prétendez l'être, pourrait parvenir à se croire libre ? Gomment surtout oserait-il fonder le devoir, l'amour du bien, l'éducation de la volonté, le progrès moral de l'individu et de l'humanité, en un mot la science et la vie morale, sur une illusion et une hallucination de conscience? Le fondement du bien ne serait donc plus la vérité, mais le mensonge ?

Non. cela est trop invraisemblable; et si M. Fouillée Aveu

' 1 17 do M.

avait pris la peine de relire avec un peu plus d atten- Fouiiiée. tion la belle description psychologique que nous venons (le citer de lui, et où il nous trace une peinture si

(1) Fouillée, Liberté et Déterminisme, l""» p., cli. 1 ; 2" p., 1. H, cl

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fine de sus idc^es- forces qui « j)roYO(iuent la réllexion >, laquelle provoque « un accioisseraent de l'idée >, d'où un « nouvel accroissement de la réllexion >, il aurait facilement découvert, avec la force de l'idée, la force propre de la réllexion personnelle, qui nous fait regarder ou fermer les yeux, voir tel ou tel autre côté de la question, à notre gré; énergie personnelle qui entre comme un facteur si important dans la décision définitive, et qui n'est autre que la liberté. En conséquence, M. Fouillée aurait pu voir que son nouveau système déterministe estprécisémentfondé, sans qu'il s'en doute, sur le fait de la liberté, surla forceproprede l'attention etde la réflexion volontaire, qui dans le conflit de plusieurs idées-forces fait pencher la balance, comme l'épée de Brennus, du côté qu'il lui plaît; et que s'il parvient ainsi à « élargir le déterminisme », comme ilj s'en flatte, c'est en y introduisant, sans le dire, avec la croyance sincère en la liberté, la puissance et l'exercice même de la réllexion voulue et delà liberté.

Conclu- Nous reviendrons en son lieu sur cette question si du la capitale du rôle de l'idée et de la réflexion libre sien, dans le fonctionnement de la liberté humaine; il nous suffit ici de le laisser entrevoir, et de conclure qu'aucun système n'est encore parvenu à fonder la morale, ni comme science, ni comme vie pratique, sans la notion vraie de la liberté.

Sans 1,1 liix'rlé, toutes les notions de devoir et de droit, de mérite ou de démérite, de récompense ou de châtiment, de remords ou de bonne conscience, sont des plantes déracinées destinées fatalement à se dessécher et à périr. On peut encore se donner l'illusion de retenir les mots, mais ces mots, ces étiquettes,

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