I. LA LIBERTÉ. — LA LIBERTÉ ET LA PSYCHOLOGIE
bitre, du sentiment que nous avons de notre liberté (1)?> Avant de discuter le l'ait alléq;ué par le D"" Beaunis, onpei.t
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nous pourrions nous permettre de rétorquer son ar- l'a'-
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gument et de lui dire : Mais ces pauvres malades ont aussi des hallucinationsdessens externesetinternes ; quel fond pouvez-vous donc faire, M. le Docteur, sur vos sens internes et externes, pour affirmer que vous voyez le soleil ou que votre personnalité existe ? Ces malades peuvent aussi avoir des troubles de la raison ; quel fond pouvez-vous donc faire, M. le Docteur, sur votre propre raison, pour vous démontrer votre thèse ? Quand donc avez-vous démontré que les illusions des malades et des fous doivent être communes aux hommes sains d'esprit et à l'état normal ?
Mais voici qu'un philosophe spiritualiste nous arrête, en nous défendant de nous servir d'un tel argument. < A raisonner ainsi, nous dit-il, on risque de donner complètement raison à l'adversaire, car on paraît lui accorder que la claire conscience peut se tromper, que la cei'titude de la conscience dépend, non de la clarté intrinsèque, mais de conditions extrinsèques, telles que l'état de santé ou de maladie des organes. Or, cette concession faite, la physiologie aura gain de cause, car elle n'aura pas de peine à démontrer que personne n'est pliusiologiquement bien portant (la santé n'étant qu'un équilibre très instable et tout relatif), et dès lors le témoignage de la conscience doit être toujours suspect (2). »
Nous pou vous rassurer les scrupules de notre auteur, vains
. ... , 1 , , scrupules
En raisonnant ainsi, nous n accordons nullement au physiologiste le droit de dire que tous les hommes
(1) Beaunis, liec/ieyches expérimenldles sur l'/iypitotisnie, p. 77, Revue phil., août 1885.
(2) Fonsegrive, Essai sm- le libre arbitre, p. -459, note.
sont à divers degrés fous ou hors l'état normal, et qu'il n'y a plus moyen, dans les cas ordinaires, de distinguer un fou d'un homme raisonnable, un malade d'un homme bien portant. Nous n'accordons pas davantage que l'évidence des raisonnements du fou, ou l'évidence de ses perceptions hallucinées, soit une évidence claire et véritable. Elle n'en saurait être qu'une obscure contrefaçon, contrefaçon suffisante assurément pour lrom[)er d'une manière invincible le malade ou le fou, mais nullement les autres hommes capables de soigner les malades et les fous, de les détromper et de les diriger. Ce n'est donc pas l'évidence elle-même que nous suspecterons jamais, mais le témoignage de gens incompétents.
Nous avons donc le droit de récuser le témoignage de tous ceux qui sont fous, qui rêvent ou qui sont hors de l'état normal ; et de récuser la valeur du témoignage allégué parles hypnoticjues. Mais ce témoignage est-il bien concordant et indiscutable? C'est là un second point de vue fort important, dans cette discussion.
d?rSe"'^ M. Delbœuf (1) et plusieurs autres physiologistes Disais- ont nié résolument l'observation du D' Beaunis. Il
sion des
f-''"«- est faux, disent-ils, que les hypnotisés se croient parfaitement libres. D'autres, beaucoup plus nombreux, ont obtenu de ces malades des réj^onses assez contradictoires.M. Pierre Janet. dans sa soutenance de thèse sur V Au fomatisme, à laquelle nous assistions, a fini par reconnaître loyalement, qu'en variant de sujets d'expérience, on variait les résultats, et que le même sujet, entre les mains de plusieurs expérimentateurs donnait souvent des résultats dissemblables. Ce fait du reste s'explique aisément : soit parce que ces mala-
(1) nevuep/iiL, mars 1887, p. '^83.