I. LA LIBERTÉ. — A BERTÉ ET LA PSYCHOLOGIE
elles sont gravement incomplètes. A côté et au-dessus de cette vie animale des sens, pourquoi n'y aurait-il pas une vie supéj-ieure de l'esprit? pourquoi les tendances aveugles de la nature et des sentiments ne seraient-elles pas éclairées par la raison, et les appétits inférieurs dominés par la volonté raisonnable ? Trop souvent dans le langage vulgaire, nous appelons volonté ce-qui ne mérite que le nom d'appétit et de désir. Mais pourquoi tous ces conflits d'appétits et de désirs sensibles, ou de tendances insensibles et physiologiques, qui luttent, s'opposent ou se combinent et se coordonnent, d'après le mécanisme complexe si savamment décrit par M. Ribot, ne seraient-ils pas gouvernés par une puissance plus haute et plus éclairée, qui mériterait seule le nom de volonté libre ?
La méthode d'observation purement extérieure où n faut M. Ribot s'est enfermé, est incapable de donner une piéte'?.' réponse à cette grave question. Il faut élargir cette méthode, joindre l'observation intérieure à l'observation extérieure, contrôler et compléter les données de la première par la seconde, si l'on veut arriver à la vérité complète.
La conscience seule peut nous apprendre que ni le tempérament ni le caractère ne sont des résultantes fatales. Loin de là, chaque individu peut entrer comme facteur important dans la constitution de son caractère et de ses tendances. Il peut même les modifier par de longs et persévérants efforts. Les preuves abondent: tel, comme S. François de Sales, d'un naturel impétueux et irascible, est devenu le plus doux des enfants des hommes. Que si nous pouvons combattre et transformer ainsi le fond de notre nature, à plus forte raison pouvons-nous combattre et transformer ces tendances accidentelles qui traversent notre cœur, qui le sollicitent pour ainsi dire du dehors, et que le
iiiours.
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langage chrétien a si bien ap[)elé du nom de tentation. C'est l;"i un fait (roi)servati<tn quotidienne et universelle.
Mais poui' voir tout cela, l'observation extérieure, serait-elle armée du microscope, ne suffit pas, il faut aussi et surtout la droiture et Tacuité de la vision intérieure, qui elle aussi a ses myopes.
tairncc D'autres philosophes, à la suite de Leibnitz, admetjj,*;;^ tent sans hésiter dans la nature humaine cette région de l'esprit supérieure aux sens, cette sphère des raisons ou des motifs raisonnables, supérieure aux instincts et aux mobiles du sentiment. Mais là encore, ils pensent que tout est régi par la nécessité. Comparant de nouveau aux plateaux dune balance la volonté raisonnable, ils croient qu'elle doit toujours pencher fatalement du côté du motif le plus fort. La lutte n'est plus entre des tendances aveugles et les images des sens, comme dans la théorie précédente, elle est encore entre les motifs de la raison, mais là aussi c'est le plus fort qui l'emporte.
Tout d'abord, Leibnitz constate que nous n'agissons jamais d'une manière volontaire et rélléchie sans un motif. Vouloir sans aucune raison de vouloir serait d'ailleurs contradictoire. Choisir tel objet plutôt que tel autre sans aucun motif, ne serait plus un choix, mais un acte aveugle ijui n'est pas du domaine des actes raisonnables.
P„, ,io Sur ce premier point, nous sommes complètement d-iml'iffc- d'accord avec Leibnitz, et nous rejetons comme lui la prétendue liberté cV indifférence. De fait, nous ne sommes presque jamais complètement indilTérenls entre deux actions possibles ; il y a toujours quel<iuo motif qui nous sollicite plutôt dans un sens que dans
rcnco.