I. LA LIBERTÉ. — LA LIBERTÉ ET LA P3YCU0L0GIE
encore plus entraînant. On voit les foules qui l'écoutent, s'agiter joyeusement, et commencer spontanément l'exécution (les mouvements de danse. De même, les idées du bâillement ou du vomissement, les provoquent, lorsqu'elles deviennent intenses, et l'idée fixe du suicide finit souvent par le déterminer.
Chez les malades plus ou moins privés de l'usage de leur volonté, les effets moteurs de l'idée sont encore plus remarquables. Un hypnotisé, placé en présence d'un malade atteint de la danse de Saint-Guy, commence bientôt à agiter le bras, la jambe, puis tous les membres. Un vieux soldat hypnotisé, auquel on donne une canne coudée lui rappelant son fusil, se met en train de faire l'exercice militaire. Une autre hypnotisée, très pieuse, pense à la prière, dès qu'on lui joint les mains ; sa figure prend une expression extatique ; elle se lève, s'agenouille, se relève et marche comme pour aller à la sainte table, et reproduit le simulacre d'une personne qui communie (1). Il est donc incontestable que les idées et les associations habituelles d'idées tendent parfois à se réaliser, et ont une force motrice.
Mais sont-elles toutes motrices ? Il y en a, au contraire, qui loin de mouvoir provoquent une cessation de mouvement et un arrêt. Si parfois la peur nous ..lorwces. donne des jambes ou des ailes, souvent aussi elle nous glace et nous paralyse ; la paralysie de la langue est un effet bien connu non seulement de la peur, mais aussi de la crainte révérentielle, de fétonnement et de plusieurs autres émotions ; on a vu des parents, à la nouvelle subite de la mort de leurs enfants, tomber comme foudroyés et paralysés. Enfin, bien souvent, au cours de nos opérations, une idée
(1) Cf. p. Janct, Aiilomulisnie psyc/i., p. :.^0.
Tontes es idées ne sont
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survient tout à coup qui nous surprend, nous interrompt et provoque unarrêt. En général même on peut dire que toute idée, dans l'ordre raisonnable, }>rovoque plutôt un mouvement de réllexion, d'arrêt ; nous l'arrêtons au passage, nous voulons la voir mieux et la mieux comprendre (1). On a beau dire que c'est ridée qui me meut à mon insu, souvent c'est moimême qui fais ellbrt pour remuer l'idée et lui donner, soit dans ma mémoire, soit dans ma raison, plus de relief et de netteté. Et ce que nous disons d'une seule idée, à plus forte raison le dirons-nous d'un grand nombre d'idées, qui bien loin de provoquer une plus grande somme de mouvement ne provoijuent souvent qu'une plus grande indécision, et une véritable paralysie morale. C'est pour cela que les hommes méditatifs et les savants ne sont généralement pas des hommes d'action ni de commandement ou d'administration.
Voilà donc une première observation qui, ce nous semble, entame déjà singulièrement la théorie des idées-forces, car il sera bien dilTicile d'expliquer cette puissance inhibitive .de TidéC; au moins dans tous les cas énumérés, par une simple neutralisation de mouvements contraires.
11 y a lies , ... . ,
i.it'os in- Mais n'insistons pas ; VOICI qui nous parait plus '"■ concluant contre la célèbre théorie. Elle soutient (jue toutes nos idées, sans excei)tion, sont cause de mouvement. Or il me semble que nous en pouvons constater un très grand nombre qui n'ont pas ce caractère. 11 n'est donc pas essentiel.
(Jue d'idées ou de représentations me laissent par-
(1) « Le propre des idées, c'est de se poser devant l'enlcnilement connue ayant une valeur, et parla même de provoquer un acte qui les a|iprécie, un plu'iionu'ue de riflexion, un.trn't. Il est de l'essence de toute idée de faire outre la pensée et l'action une Imite qui est relTel de la liberté. » IMal. La LiUrlé, t. 1, p. 317.