I. LA LIBERTÉ. — LA LIBERTÉ ET LA PSYCHOLOGIE
faitement indifférent ! Si une belle musique, un air de valse, peut m'agiter et m'entraîner, je puis aussi tirer des mêmes instruments des sons qui, par leur insignifiance, ne diront rien à personne. S'il y a autour de moi des tableaux, des images, des spectacles qui m'attirent, il en est un plus grand nombre d'indifférents. Les feuilles de papier blanc sur lesquelles j'écris ne m'exciteraient nullement à les regarder ou à les prendre, si je n'en avais pas besoin. Quant aux idées abstraites d'être, de non-être, de temps et d'espace, de substance et de prédicaments, vous pouvez les prononcer devant une multitude de gens, même instruits, sans surprendre en eux la moindre ébauche d'un mouvement produit.
La thèse des idées-forces est donc manifestement exagérée ; s'il y a des idées motrices, il y a aussi des idées-spectacles, purement statiques, qui sont incapables de nous faire'exécuter,à notre insu, le moindre mouvement.
Mais la seconde assertion des partisans de cette théo- sa rie est encore plus inexacte. Elle prétend que toute aSon. idée est non seulement cause de mouvement;, mais ""^"*'' encore cause directe elinimédiate. Elle n'est plus seulement cause finale, mais cause motrice proprement dite, c'est-à-dire cause efficiente du mouvement.
D'abord, il est incontestable qu'il y a au contraire un grand nombre d'idées qui ne produisent le mouvement que par l'intermédiaire de la sensibilité (1) : on les a appelées cùiesthésiques. Aussi provoquentelles des elfets différents, suivant la nature et le degré de sensibilité de chacun. Ainsi l'idée de tel ou tel
(1). « Sicut imaginatio formfc, sine ;cstiinatione convenienlis aut nocivi, non niovet appetitum sensitivum, ita nec apprehensio vori sine apprehensione boni et perfeclibilis. Undo intellectiis speculativus non movet, sed intellectiis practicus. » S. Thomas, 1* 2;n, q. 9, a. 1, ad. 1. — // Sent., dist. 38, q. 1, a. 'â, sol.
*J0 FONDEMENTS DE I.A MOHALE
mets, qui .iltirerun, ne provoque chez un auliequede la ivpulsion. On rapporte que Malebranclie, lmi lisant le 7'r((ité (le /' ho?n)/ie de Descartes, éprouva à culte lecture des palpitations de cœur si violentes, qu'il fut obligé à diverses reprises de cesser la lecture pour respirer à son aise. D'autres, après Malebranche, ont lu le même ouvrage, compris les mêmes idées, sans éprouver la moindre émotion violente ou palpitation de cœur.
Dans la même famille, une nouvelle triste ou heureuse, ne produit pas chez tous les mêmes meuve ments. On en a vu mourir de joie ou de tristesse, tandis qu'auprès d'eux d'autres personnes se contenaient fort bien. Une même image produisant le sentiment de la peur, tantôt donne des jambes et fait fuir, et tantôt plonge dans la stupeur et l'immobilité. Le vrai Le lecteur pourra à son gré multiplier lesexemples : n-e»Vpas 11 u'auia quc l'embarras du choix. Nous lui ferons
toujours , , , ,
apparent, seulemeut observer que, })ar la répétition des actes et l'habitude, le sentiment qui est le trait-d'union et l'intermédiaire ordinaire entre l'idée et le mouvement, s'elface peu à peu et tend à disparaître, en soudant directement le mouvement à l'idée. C'est là une îles grandes lois de l'association des idées ou des mouvements, trop connue pour ({u'il soit utile d'insister. Les idées cinesthcsiques deviennent alors purement cinétiques. Mais, (juon y prenne garde, ce n'est là qu'un phénomène secondaire et dérivé, comme renthymème est un mode dérivé du syllogisme. Car si le moyen ternie qui reliait les deux autres n'existe plus, il \\'e\\ demeure pas moins sous-entendu, subconscient : le sentiment est là, prêt à s'éveiller et à diriger le jeu autoniati(iut'du mécanisme, s'il venait àse fausser. Ainsi dans la marche rapide, le senlinient de l'éijuilibre, qui a groupé les associations de mouvements, sem-