I. LA LIBERTÉ. — LA LIBERTÉ ET LA PSYCHOLOGIE
l'originalité de la conception de M. Fouillée, que devient Fidée-force ? On ne le voit plus clairement. Cependant le mot d'idée-force était trop bien trouvé pour être sacrifié par son heureux inventeur. On maintiendra donc le mot, en en changeant le sens, au risque de produire de fâcheuses confusions, car le mot idée ne peut signifier à la fois : idée, sentiment et volonté. Puis, à Tahri du mot, on rétablira tant bien que mal, une théorie qui n'a plus de raison d'être, si l'idée, réduite au rôle de cause finale, dirige désormais les forces de la sensibilité et de la volonté, sans les produire, et sans pouvoir les remplacer.
Le lecteur peut déjà entrevoir les graves conséquences, au point de vue moral et pratique, de cette théorie psychologique. Si l'idée, sans la sensibilité et la volonté, n'a pas la force nécessaire pour nous mouvoir et réaliser l'action, il ne suffira pas de cultiver l'idée, il faudra aussi cultiver le sentiment et la volonté, dans la grande œuvre de l'éducation morale, comme nous l'expliquerons en son lieu.
Concluons donc qu'aucune objection psychologique ^""|oVr n'est venue jusqu'ici contredire le témoignage de no- s^"'^''»'^tre conscience expérimentant l'existence de notre liberté. Ni la prétendue puissance dominatrice des idées-forces, qui sont impuissantes, au contraire, sans la volonté, et soumises d'ordinaire à la direction de cette même volonté ; ni les prétendues illusions des hypnotiques, des malades ou des fous, qui ne sauraient rien prouver contre l'état normal des gens sensés et maîtres d'eux-mêmes ; ni la prévalence soi-disant fatale des désirs ou des motifs, qui ne prévalent réellement que lorsque la volonté a jeté son poids dans la balance ; ni l'ignorance des parties incon-
scicntes de l'âme, (jui par son caractère négatif ne saurait prévaloir contre le témoignage clair et positif de la conscience elle-même, — rien, en un mot, n'a pu infirmerie grand fait de notre liberté consciente, clairement constaté dans son passage de la puissance à l'acte, par la simple analyse des j)liénomènes psycliologiques, notamment de l'elfort rélléchi et conscient, soit de l'effort d'attention, soit de l'elfort de délibération, soit de l'effort de résolution, soit même, quoique d'une manière plus complexe, de l'effort musculaire, où j'expérimente clairement l'effet de ma causalité volontaire et libre.
La preuve de notre liberté par le témoignage de la conscience, reste donc ac(iuise à la science de nousmêmes ; il a sufli d'appli({uer la méthoiie psychologique dans toute sa rigueur, pour constater le fait même et l'exercice de notre liberté. Bien suiiérieure à la preuve morale démontrant seulement que la liberté doii être, la preuve parla conscience a constaté qu'elle est réellement. Aussi est-elle la preuve par excellence, que la i)hilosophie traditionnelle a eu mille fois raison de considérer comme la jiierre angulaire de la morale.
La Liberté et la Métaphysique.
Nous arrivons au point le plus délicat, et qui partant ^'ÏT'' devrait être le plus intéressant, de cette étude sur la jÎTiiÎÎl liberté. Déduire des données delà conscience morale la nécessité de la liberté ; la constater comme un fait lumineux an dedans de la conscience psychologique, était une tâche relativement facile. Au contraire, tenter l'explication de ce fait mystérieux; montrer non seulement qu'il n'est pas contradictoire, mais qu'il est possible, intelligible, et que sa non existence serait pkitôt inintelligible dans des êtres raisonnables tels que nous sommes ; en même temps, éclairer les difficultés si nombreuses, et parfois si subtiles des adversaires de la liberté, au nom des principes fondamentaux de la métaphysique, c'est une difficile tâche qu'il nous faut entreprendre maintenant, sous peine d'être gravement incomplet. Sans doute, si nous ne pouvions y réussir, au moins en partie, la liberté demeurerait encore un fait indispensable et dûment constaté, contre lequel la raison impuissante n'aurait aucun droit de s'élever, car rien ne saurait prévaloir contre un fait. Mais la raison se doit à elle-même de ne pas accepter l'humble rôle de vaincue et de soumise, avant d'avoir essayé de combattre, et fait un effort suprême pour arracher à la nature et à la vérité, au moins une partie de leur secret.
Pour mettre quelque ordre et quelque lumière dans pia,, de cette recherche, nous allons parcourir les notions ci.apure. fondamentales et les principes premiers de la métaphysique, avec tous les arguments que l'on peut y trouver pour ou contre la liberté : la notion de
la niilion
do swIjs
lance.
.subsi(tnce,\e pv'mcipe dHdentité OU de contradiction, celui de cavsalité et celui de raison suffîsd.nte, enfin le principe d'ordre.
Le résultat ddsiré serait de ])i-t'ciser dans nos esprits la notion de laliljerté, et de nous faire une idée vraie de son fonctionnement.
libeNé et Le fait de la libei'lé, le! (|ue la conscience le manifeste, est essentiellement l'exercice d'une activité ré- Ik'cliio, (jui jaillit des profondeurs de notre être ; c'est une causalité. Il sui)pose donc au dedans de nous ce principe d'opération que nous appelons la substance. Une action sans agent, un phénomène sans substance sont des conceptions inintelligibles, et voilà pourquoi le })liénoménisme, qui nie la causalité et la substance, devait fatalement aboutir à nier la liberté, parce qu'il est incapable de la comprendre.
S'il n'y a que des faits qui se succèdent sans rien qui les produise, par exemple s'il n'y a au dedans de nous que des idées, des images, des sentiments, des volitions, des mouveraents,qui se succèdent en série comme les ombres de lanterne magique sur un écran, sans qu'il y ait en nous aucune source d'énergie, aucune puissance, qui les produirait en les tirant de son jiropre fonds ; en un mot, s'il n'y a plus de place sous la trame ininterrompue des phénomènes pour une force capable de les produire, de les diriger et de les modifier, nous reconnaissons volontiers qu'il n'y a plus de liberté ; mais, que l'on y prenne garde, il n'y a pas davantage de déterminisme. C'est ce que les déterministes feraient bien de méditer.
Ils ont remplacé la causalité par une simple succession. Mais alors comment un phénomène qui n'est pas causé ou produit par un autre phénomène vien-