‹ Études philosophiques (volume 2)Chapitre 48 sur 211 · LA LIBERTÉ. — LA LIBERTÉ ET LA PSYCHOLOGIE · texte numérisé non relu

LA LIBERTÉ. — LA LIBERTÉ ET LA PSYCHOLOGIE

ble endormi ; mais il se réveille tout à coup, au moindre faux pas, pour rétablir l'harmonie compromise. Tant il est vrai que jusque dans les actes réflexes, la sensibilité est le vrai ressort directeur de la motricité, — comme nous l'avons longuement établi ailleurs (1), — et que Fimage ou l'idée ne peut avoir de force motrice que par son intermédiaire. Il n'y a parmi les idées que celles « qui nous touchent >, qui puissent nous mouvoir.

Mais si l'idée n'est plus motrice par elle-même et directement, si elle n'est plus cause efficiente de nos décisions ni de nos mouvements, le rôle d'une volonté maîtresse d'elle-même et cause efficiente de ses décisions n'est plus compromis. La volonté n'est plus mue passivement, comme un rouage par un autre rouage, elle est seulement dirigée dans son essor vers tel ou tel but, par les causes finales ou les idées qu'elle a prises pour terme ou point d'orientation. Ainsi l'étoile polaire éclaire le matelot sans mouvoir sa barque ; c'est le matelot qui la meut et la dirige vers l'étoile.

Aristote et S. Thomas, dans leur analyse si pré- JeilS cise et si délicate de l'acte libre, comme fait psychologique, y ont facilement découvert deux causes : l'une qui éclaire, l'autre qui meut ; la cause finale c'est la connaissance^, l'idée ; la cause motrice c'est l'appétit, la volonté. Sans doute, disent-ils, d'un côté il faut un jugement qui guide notre choix, mais de l'autre il faut notre adhésion, un consentement volontaire à ces indications de l'esprit toujours plus ou moins réformables et contingentes (2).

(1) Le cerveau, l'âme et les fnctilléx, p. "242 et suiv.

(2) « Ad eleclionein conciirrit aliquid ex parte oogiiitiva^ virlutis, et aliquid ex parte appetitiv;e. Ex parte quideiii cogiiitiva^ recjuirilur coiisiliutn, per quod dijudicatur (|uid sit alteri pra-fcreiidum . Kx parte autem appetitiv;e,reqiiiritur quod appetciido acceptetur quod per consilium dijudicatur. Et ideo Aristotele», in VI Elliic. sub dubio reliu-

[)2 FO.NnEMKNTS I»E LA MOHALIÎ

(Juel sera le facteur principal de l'acte libre, serace le jiif,fenieiit de riiitclligence, ou le consentement de la voionlé ? S. Thomas nous fait observer au même endroit, qu'Aristote a d'abord semblé le mettre en doute, mais il a fini par se prononcer en faveur de l'élément volontaire. « L'acte libre, dit-il, est un acte de la volonté éclairée par la raison. »

On voit combien ces Docteurs étaient éloignés de la théorie des idées-forces, qui mettant toute la force dans l'idée, supprime ainsi la force et la maîtrise de la volonté. Pour eux, comme pour nous, il serait plus vrai de dire.au contraire, que l'idée serait impuissante sans l'attention qu'on lui prête, les désirs qu'elle provoque, le consentement qu'on lui donne, et l'activité volontaire qui la soutient et l'avive dans le champ de la conscience, en sorte que la volonté libre demeure toujours, dans tous les cas normaux, la véritable «. maitresse du logis », maîtresse de la direction de l'idée. Avetix.ie Nous dcvous reconnaître qu'à la suite d'une dis- Fouiiiee. cussion avec M. Spencer, M. Fouillée a dû finir par avouer que « l'idée n'est peut-être pas une force par elle-même », mais par de nombreux ressorts intermédiaires, notamment par le sentiment et la volonté. En sorte que l'idée n'aurait aucune force motrice sans le sentiment et la volonté (1). Mais alors que devient

quit uti-uin principaliiis pertineat electiu ad vim appetitivam vel ad vim co(^nitivam : dicit enim quod clectio vel est intellectus appelitivits, \e\ appelitus inlclleclivus. Sed in III Elliic. in hoc niatiis inclinai qiiod sit nppt'liliis inteilectivus, nominans elecUonem desiderium consitiabilis ». (S. Th., 1*, q. H3, a. 3) — « Electio malerialiter qnideni est volunlutis, formuliter autem rationis... » (1* 2x, q. 13, a. 1. (1) l'Une fois engendrée, Tidée en^;endl•eà son tour nne croyance dans la possibilité de sa propre réalisalion ; ceUe croyance produit un .sentiment, stinlilabli^ ;i l'attrait que l'artiste éprouve pour l'ouvre d'art dont il so reprisente la possiLililé ; le sentinuut produit une inclination, seuibiablo ;ui besoin de créer que ressent l'artiste ; l'inclination enfin su.-^cite lu.s moyens de .sa réalisation fiïective. elle entrain»' l'acte et l'idée est ainsi devenue réalité. ■• Fouillée, Crilioue des suslèmes, p. 'ii. '.'.-.. '

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