‹ Études philosophiques (volume 2)Chapitre 67 sur 211 · I. LA LIBERTÉ. — LA LIBERTÉ ET LA MÉTAPHYSIQUE · texte numérisé non relu

I. LA LIBERTÉ. — LA LIBERTÉ ET LA MÉTAPHYSIQUE

dente ni conséquente à l'action humaine, l'accord de la volonté divine et de la liberté humaine est un accord intemporel, qui échappe à nos distinctions temporelles.

Ainsi la liberté humaine n'est plus un empire dans Evite l'empire de Dieu, comme le craignait Spinoza; il n'y a excès qu'un seul empire où la liberté a sa place, car Dieu sait arriver à ses fins, en tenant compte de toutes les contingences et de toutes les libertés qu'il a voulu faire entrer dans son plan ; en dépendant de la liberté humaine, dans la mesure où il lui plaît, il ne dépend que de lui-même. Tel est, ce nous semble, le principe de solution et d'harmonie qui évite les deux excès opposés : des déterministes qui nient la liberté de l'homme, pour sauver l'empire de Dieu, et l'excès de Scot Erigène, Jouffroy, Secrétan, etc., qui nient la prescience et le concours, c'est-à-dire l'empire de Dieu, pour mieux assurer l'empire de l'homme, comme s'il fallait supprimer la source pourmaintenirle fleuve, ou supprimer le fleuve pour maintenir la source ! Alors que les deux termes s'unissent et s'harmonisent dans une mystérieuse synthèse.

Corollaire La preuve métaphysique de la liberté.

Nous venons de parcourir les principales objections ceite contre la liberté que les déterministes ont tirées des ill-ëue premiers principes de la métaphysique : principes de p°*"'''^^ substance, de contradiction, d'identité, de causalité, de raison suffisante, et enfin principe d'ordre; et nous croyons avoir démontré que ces objections, parfois i ngénieuses et subtiles, étaient incapables de détruire

Thomas.

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le fait du libre arbitre, tel qu'il ressort du double témoiy:uage de la conscience morale et psychologique.

Ces objections ont eu l'avantage de nous faire démasquer les fausses idées que l'on se fait parfois du libre arbitre, et de nous forcer à préciser sa notion véritable, à la lumière de ces mêmes principes, fondement de toute métaphysique.

Cette lumière peut-elle conduire encore plus loin ? Après nous avoir montré que la notion de liberté est intelligible et possible, peut-elle démontrer que l'homme doit être libre parce qu'il est raisonnable, et qu'un être raisonnable ne peut pas ne pas être libre? Belle S. Thomas n'iiésite pas à nous l'affirmer (1). Il a

réponse '

de S. même insisté avec tant de force sur cette preuve a 'priori, que nous nous reprocherions de l'omettre, car elle complète à merveille la preuve psychologique et la preuve morale.

Etant donné, d'une part, un être raisonnable qui conçoit l'idéal, le bien universel, la béatitude, et qui

(1) « la motu cujuslibet potentise a suo objeclo consideraïula est ratio per qiiam objectum movet potentiam. Visibile eniui iiiovet visum sub ratione coloris actu visibilis : uuJe, si color proponalur visui, ex necessilate movet ipsuin nisi aliquis visutn avertat (quod perlinet ad exercilium actus). Si autein proponeretur aliquid visui quod non omnibus modis esset coloratum in actu, sed secundum aliquid esset taie, secundum autem aliquid non taie, non ex iiecessit.ite visus taie objectum videret; posset enim iutendere in ipsum ex ea parte qua non est coloratum in actu, et sic ipsum non videret. Sicut autem coloratum in actu est objectum visus, ita bonum est objectum voluntatis. Unde, si proponatur aliquod objectum voluntati quod sit universaliter bonum et secundum omnem considerationem, ex necessitate voluntas in illud tendit, si aliquid velit : non enim poterit velie oppositum. Si autem proponatur ei aliquod objectum quod non secundum aliquam consideralionem sit bonum, non ex necessitate voluntas fertur in illud. Et quia delectus cujuscumquo boni habet ratioiiem non boni, ideo illud solum bonum quod est perfectum. et cui nibil delicit, est taie bonum quod voluntiis non potest non velle, quod est beatitudo. Alia autem quielibet particularia bona, in quantum deûciunt ab aliquo bono, possuut accipi ut non bona ; et secundum banc consideralionem possunt repudiari. • S. Thomas, lu 2^^, q. lu, a. 2, c.

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