‹ Études philosophiques (volume 2)Chapitre 68 sur 211 · I. LA LIBERTÉ. — LA LIBERTÉ ET LA MÉTAPHYSIQUE · texte numérisé non relu

I. LA LIBERTÉ. — LA LIBERTÉ ET LA MÉTAPHYSIQUE

y tend nécessairement par toutes les puissances de son être, comme à son objet propre et à sa fin dernière ; — d'autre part, étant donné qu'ici-bas cet être ne rencontre que des biens contingents, imparfaits, incapables de rassasier cette faim et cette soif infinie de bonheur; — ne devons-nous pas conclure logiquement que cet être porté nécessairement vers le bien parfait, sa fin dernière, et vers tous moyens jugés nécessaires à l'obtention de cette fin, devra au contraire se sentir libre à l'égard de tous les autres moyens? Si ces moyens peuvent Tacheminervers sa fin dernière, la volonté pourra bien y adhérer ; mais elle pourra aussi les refuser, puisqu'aucun d'eux n'étant indispensable à cette même fin, aucun d'eux ne s'impose nécessairement (1).

Pour faire ces distinctions parmi les moyens néces- ''Yj'^^"'' saires, simplement utiles ou indifférents, il suffit que J^ené^ l'être soit intelligent, qu'il soit capable de considé- """'son. rer les divers aspects des choses, d'analyser ce par quoi elles peuvent nous conduire au bonheur, ou ce qui leur manque pour nous y conduire certainement.

Mais cette analyse constatera que toutes les choses contingentes peuvent toujours être acceptées ou refusées, acceptées pour ce qu'elles ont de bon, refusées pour ce qu'elles ont d'imparfait et de mauvais. Plus l'être sera intelligent, plus il sera capable de voir la non-nécessité ou la contingence des êtres créés, plus il se sentira donc libre à leur égard.

C'est ce qui fait dire à S. Thomas que Dieu est

(1) « Finis uUimus ex necessitate movet voluntatem quia est bonum perfeclum ; et siniiliter illaquœ ordinantur ad luiiic linem sine quibus finis haberi non potest, sicut esse et vivere et hiijusmodi ; alia vero sine quibii.s Huis haberi potest, non ex necessitate vult qui vult finem ; sicut conclusiones sine quibus principia possunt esse vera, non ex necessitate crédit qui principia crédit. » S. Thomas, la 2», q. 10, a. 2, ad 3.

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le plus libre des ùtres, et que s'il peut vouloir ou ne pas vouloir les biens créés, ce n'est pas que sa volonté soit contingente et imparfaite, mais cela vient de la contingence même et de l'imperCection des êtres créés, dont aucun n'est nécessaire pour compléter sa parfaite béatitude (1).

Mais, nous dira quelqu'un, les êtres sans raison, les animaux, tendent naturellement eux aussi à leur complète perfection, pourquoi ne seraient-ils pas libres de refuser ou d'accepter à leur gré les biens qui ne leur donnent pas ce perfectionnement comi)let? L'êiro On va voir combien cette assimilation des tendanlaisonesi CCS dc l'hommc aux tendances animales est grave-

sans

liberté, ment inexacte.

La tendance d'un être, son désir, est toujours proportionnée à la connaissance de cet être. Or, comme l'animal est incapable de concevoir l'idéal, et de connaitreautre chose que les biens particuliers, tels qu'ils se présentent à lui, il lui sera impossible de désirer l'idéal, de tendre vers l'idéal, de comparer les biens imparfaits avec le bien idéal, de les estimer et de les juger d'après ce rapport idéal. Si donc il choisit, ce sera toujours entre deux sensations concrètes, et ne contemplant jamais, au-dessus de ses sensations présentes ou passées, le bien absolu, l'idéal, ne comprenant jamais la contingence et l'imperfection essentielle des biens créés, il n'aura jamais de raison de les refuser, d'aspirer à quelque chose de supérieur et de mieux que les réalités concrètes, ni d'aimer autre chose que ces biens périssables. Voilà pourquoi tous les biens particuliers qui conviennent actuellement

(1) <' Ouod Deiis non ex necessitale velit aliqiiideorum quœ viilt.non uccidit ex dcfectu volunlntis divin.i?, sed ex dcfectu qui competit volito secundiini suam rationem ; quia scilicetest talent sine eo esse posait perfccta bonilas Doi. Qui (juideni defectus consequitur omre bonuin creatuin. » S. ThoinH-^, 1«, i\. 1'.'. a. 3. ad 4 .

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